samedi 3 décembre 2016

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La nitroglycérine, de la dynamite pour le coeur : l’utilisation de dérivés nitrés augmenterait la sévérité des infarctus

La revue Science Translational Medicine publie une étude qui risque de surprendre plus d’un cardiologue : un médicament utilisé depuis plus de 100 ans en cardiologie aurait en fait un effet totalement opposé à celui qu’on lui prêtait jusqu’alors. En effet, la nitroglycerine, est un médicament utilisé depuis fort longtemps dans le monde entier pour traiter les patients souffrant d’une maladie coronaire, une atteinte des petits vaisseaux irriguant le coeur. La nitoglycérine est transformée au niveau des vaisseaux en NO (monoxyde d’azote) qui peut favoriser leur dilatation, permettant alors un meilleur passage du sang. La première utilisation de la nitroglycérine en médecine remonte à 1867. La même année, Alfred Nobel obtenait un brevet pour la dynamite, composée de nitroglycérine.

Pourtant, le bénéfice thérapeutique de la nitroglycérine est rapidement limitée dans le temps par le développement d’une tolérance, c’est à dire que le médicament devient de moins en moins efficace. Cette tolérance résulte de l’inactivation de l’aldéhyde déhydrogénase 2 (ALDH2), une enzyme essentielle à la protection cardiaque lors de la survenue d’un infarctus du myocarde, causé par une obstruction totale d’une artère coronaire.

Une équipe de scientifique de l’université Stanford, a testé l’hypothèse que cette tolérance qui se développe suite à l’usage prolongé de nitroglycérine, accroît les dégats cardiaques lorsque survient un infarctus. Ainsi loin d’être utiles, les dérivés nitrés aggraveraient les patients qui les reçoivent dès qu’un infarctus survient.

Evidemment l’expérimentation a été menée chez l’animal. Pendant 16 heures, un premier groupe d’animaux recevaient un traitement continu de nitroglycérine avant qu’un infactus soit provoqué. Un autre groupe ne recevait pas de traitement particulier. Et effectivement, les scientifiques retrouvent une taille de l’infarctus deux fois plus important chez les animaux traités par la nitroglycérine en comparaison avec ceux n’ayant reçu aucun traitement, et leur fonction cardiaque, la capacité du coeur d’éjecter le sang est largement plus altérée, en conséquence de la plus large nécrose du muscle cardiaque.

C’est une histoire édifiante,” témoigne le professeur Daria Mochly-Rosen, auteur de l’étude, “Nous avons ici un traitement utilisé depuis plus de 100 ans en médecine. La nitroglycérine est un médicament si ancien qu’aucune étude clinique fiable n’a jamais été réalisée. Notre étude démontre qu’il est temps pour les cardiologues de réexaminer la valeur de la nitroglycérine“. La nitroglycérine est prescrite pour réduire la survenue de crises d’angine de poitrine chez les coronariens, sous forme de comprimés, de patch ou de spray. Elle est également utilisée par voie intraveineuse aux urgences. Pour tenter d’éviter la survenue de la tolérance à la nitroglycérine, les médecins demandent aux patients de passer 16 heures sous traitement et 8 heures sans, en général, la période nocturne.

C’est en 2008, que l’équipe du professeur Mochly-Rosen identifia le rôle de l’enzyme ALDH2 : Car en plus d’être capable de convertir la nitroglycérine en monoxyde d’azote, c’est une enzyme essentielle pour la protection du coeur en cas d’ischémie et cela chez tous les patients. C’est en imaginant les conséquences que pourrait avoir la disparition de cette enzyme en cas d’infarctus chez les utilisateurs de nitroglycérine, que les scientifiques ont voulu mener cette dernière expérimentation. “Nous savions que la nitroglycérine était un traitement très utilisé dans le traitement des ischémies cardiaques” explique Daria Mochly-Rosen,”Et alors nous nous sommes dit – attend, tout le monde reçoit de la nitroglycérine lorsqu’ils arrivent aux urgences pour une douleur thoracique, d’autre fois sous forme de comprimés ou de patch, et qu’est-ce qui se passe alors s’il font un infarctus? Ce sera encore plus sévère que s’ils n’étaient pas traités”.

Du fait de l’importance de l’enzyme ALDH2 dans la protection de différents tissus, dont le tissu cardiaque, la tolérance à la nitroglycérine ne doit pas être considérée comme une simple perte d’eficacité d’une traitement” ajoute le Dr Julio Cesar Batista Ferreira, autre auteur de l’essai, “Notre étude est la première à montrer que la tolérance à la nitroglycérine s’associe à une vulnérabilité accrue du coeur“. 

Source

ALDH2 Activator Inhibits Increased Myocardial Infarction Injury by Nitroglycerin Tolerance
Lihan Sun, Julio Cesar Batista Ferreira, Daria Mochly-Rosen
Science Translational Medicine, 2011; 3 (107): 107ra111

Continuous Use of Nitroglycerin Increases Severity of Heart Attacks, Study Shows

Crédit Photo Creative Commons by  Jeff Hester

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