vendredi 30 septembre 2016

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Pour arrêter de fumer, faut-il tentez la e-cigarette?

Avec un milliard d’êtres humains fumeurs dans le monde, la cigarette est un véritable fléaux qui a des conséquences non seulement sur la santé mais également sur son coût. Or le risque de pathologies produites par la fumée de la cigarette, téléphone que, les cancers du poumon, de la vessie, les maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux,  décroit rapidement peu de temps après l’arrêt de l’intoxication tabagique.

Malheureusement, l’addiction au tabac est très forte et arrêter de fumer est très difficile : 80% des fumeurs qui tentent d’échapper à la cigarette rechutent dès le premier mois et moins de 5% parviennent à maintenir une abstinence de 6 mois. Et même si certains produits actuellement en vente permettent d’arrêter de fumer, aucun n’atteint un niveau d’efficacité élevé. D’autres méthodes sont donc indispensables. C’est dans ce contexte qu’est arrivée la cigarette électronique, la e-cigarette. Sous son apparence extérieure, la e-cigarette a la forme et la couleur d’une cigarette, mais son enveloppe en plastique cache d’un côté un système de délivrance de nicotine muni d’une batterie (inhalateur) et de l’autre un bout faussement incandescent qui émet un semblant de fumée inodore et non toxique. Des fumeurs achètent cette e-cigarette pour débuter un sevrage, réduire leur consommation de tabac ou simplement leur permettre de “recevoir” une dose de nicotine dans les endroit où fumer reste interdit par la loi.

Curieusement, la  e-cigarette fait débat. Et ce n’est pas le lobby des fabriquants de tabac qui est derrière ces attaques subies par les e-cigarettes actuellement sur le marché. Ce sont des membres des gouvernements et des groupes antitabac. Un article du New York Times explique que les motivations de ces groupes, puissants aux Etats-Unis, trouvent leurs racines dans une certaine philosophie de la lutte pour de la santé publique. Quand les conservateurs prônent l’abstinence afin de lutter contre l’usage de la drogue chez les plus jeunes, ou contre les grossesses des jeunes filles mineures, les libéraux eux vantent les méritent de la méthadone et de la pilule. Pourtant, en ce qui concerne la nicotine, les promoteurs de l’abstinence sont des démocrates qui ont tenté de stopper la vente des e-cigarettes et leur utilisation dans les lieux publics. La FDA elle-même a tout tenté pour les détruire : en assimilant les e-cigarettes à un appareil délivrant un produit médicamenteux, elle a réclamé à ses fabriquant des études cliniques montrant son efficacité et sa sécurité d’emploi. La FDA arguait également que la e-cigarette empêchait les consommateurs de quitter leur addiction à la nicotine et que des jeunes pourraient devenir accro à la nicotine en les utilisant. C’est là que des société médicales puissantes sont entrées dans le jeu : l’American Cancer Society, l’American Heart Association, Action on Smoking and Health, le Center for Tobacco-Free Kids, l’American Association of Public Health Physicians, l’American Council on Science and Health, ne voyaient elles aucune raison pour priver les fumeurs d’un outil d’aide au sevrage tabagique et dénoncèrent une tentative de régulation “irrationelle et immorale”. D’ailleurs, les arguments fallacieux des anti et de la FDA n’ont pas résisté  au combat judiciaire qui s’était engagé. Depuis le nombre d’utilisateurs ne fait que croitre, 3 millions d’américains l’ont déjà utilisé.

Mais quelle en est l’efficacité de la e-cigarette pour arrêter de fumer? C’était le but de cette étude italienne. Le Dr Riccardo Polosa et son équipe du centre de prévention du tabagisme de l’université de Catane, ont recruté des fumeurs majeurs fumant au moins depuis 10 ans et ayant une consommation égale ou supérieure à 15 cigarettes par jour.  Aucun n’était alcoolique ou dépressif ni ne souffrait d’une autre pathologie psychiatrique. Bien que n’ayant pas été recrutés particulièrement par leur volonté d’arrêter de fumer, ces participants se sont vu proposer d’utiliser une e-cigarette pour tenter un sevrage. Ils ont eu 5 entretiens avec des médecins spécialisés dans l’arrêt du tabac, un au début de l’étude puis un par mois pendant les 6 mois que durait l’expérience. Il leur était proposé d’utiliser la e-cigarette autant de fois qu’ils le souhaitaient. 26 hommes et 14 femmes ont participé à l’étude.

Sur l’ensemble des fumeurs, l’utilisation de la e-cigarette a entrainé une chute de 80% du nombre moyen de cigarettes fumées par jour, passant en moyenne de 25 cigarettes à 5 par jour à la fin de l’étude. A la 24 ème semaine, 13 participants sur 40 avaient déjà réduit leur consommation de plus de 50%. Neuf participants ont totalement arrêté de fumer, six ayant poursuivi un usage de la e-cigarette après avoir fumé leur dernière cigarette.

Parmi l’ensemble des 40 participants, 22 (55%) qui fumaient 25 cigarettes par jour ont réussi à faire chuter leur consommation à 3 cigarettes quotidiennes, correspondant à un chute de 88% de la consommation.

Les utilisateurs ont consommé en moyenne 2 cartouches de nicotine par jour : le nombre de cartouches de nicotine consommées était corrélé à la réduction du tabagisme.

Les effets secondaires rencontrés étaient une irritation de la bouche (20,6%), une irritation de la gorge (32,4%) et une toux sèche (32,4%). Les effets habituellement ressentis par les personnes essayant d’arrêter de fumer, dépression, anxiété, insomnie, irritabilité, faim, constipation, n’ont jamais été ressentis par les participants de l’étude.

Ces résultats d’une petite étude pilote comprenant peu de patients, sont intéressants puisqu’ils qu’ils ont été obtenus chez des individus qui ne cherchaient même pas à arrêter de fumer. Selon les analyses sanguines destinées à évaluer le taux de nicotine, celui-ci reste faible. Pour les auteurs les effets bénéfiques de la e-cigarette ne seraient pas uniquement liés à la délivrance de nicotine, mais aussi à la capacité du système d’offrir aux fumeurs la capacité de poursuivre la gestuelle qui en conditionne certains, en bref une action psychologique pure? Les auteurs italiens concluent que la e-cigarette, en remplaçant la cigarette ne pourrait que sauver des vies. Certes mais alors en ne l’autorisant que dans ce cadre (une fois qu’une véritable étude en aura démontré l’efficacité) et en interdisant toute autre utilisation.

Source

Effect of an electronic nicotine delivery device (e-Cigarette) on smoking reduction and cessation: a prospective 6-month pilot study
Riccardo Polosa, Pasquale Caponnetto, Jaymin B Morjaria, Gabriella Papale, Davide Campagna, Cristina Russo
Polosa et al. BMC Public Health 2011, 11:786

A Tool to Quit Smoking Has Some Unlikely Critics
JOHN TIERNEY
New York Times November 7, 2011

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