Les 4 médicaments qui envoient le plus les personnes âgées aux urgences

Quatre médicaments et classes médicamenteuses seraient responsables de plus de 100 000 hospitalisations en urgence liées à un effet secondaire, révèle une étude réalisée aux Etats-Unis, et dont les résultats sont publiées dans la revue The New England Journal of Medicine. Ces 4 médicaments ou classes médicamenteuses, tous indispensables et reconnus pour leur efficacité thérapeutique, sont capables de créer des effets secondaires du fait des difficultés d’ajustements de leur dose minimale nécessaires. Il s’agit en premier lieu de la warfarine, un anticoagulant, de l’insuline, des antiagrégants plaquettaires et des antidiabétiques oraux.

Les auteurs, après avoir suivi un groupe de 5077 patients âgés de plus de 65 ans, de 2007 à 2009, retrouvent que ces 4 médicaments ou classes thérapeutiques sont chaque année responsables de 100 000 hospitalisations du fait de la survenue d’un effet secondaire grave. Les deux-tiers de ces hospitalisations sont liées à des surdosages non-intentionnels ou parce que les doses prescrites ont eu un effet trop important chez les patients.

Le premier médicament, responsable à lui seul de 33% des hospitalisations en urgence est la warfarine. C’est un anticoagulant de la famille des antivitamine K (AVK), dont il existe d’autres représentants (syntrom, previskan); la warfarine est utilisés en prévention des évènements thromboemboliques vasculaires, chez des patients ayant une valve cardiaque, une fibrillation auriculaire, ou qui ont fait une phlébite ou une embolie pulmonaire (les indications peuvent varier en fonction des pays). La warfarine empêche donc la constitution de caillots sanguin. La contrepartie, c’est qu’elle augmente le risque de saignement brutal. L’effet secondaire principal retrouvé dans l’étude est d’ailleurs un saignement lié à un surdosage de la Warfarine dont la quantité minimale nécessaire reste difficile à équilibrer et se fait en réalisant régulièrement des dosages sanguins. C’est un médicament à index thérapeutique étroit.

Vient ensuite, en deuxième plus gros pourvoyeur d’hospitalisation pour effet secondaire, 13,9%, l’insuline. L’insuline est utilisée par voie injectable ou sous-cutanée dans le but d’équilibre un diabète. Son adaptation est souvent complexe et changeante. Un surdosage peut provoquer une hypoglycémie.

Les antiaggrégants plaquettaires arrivent en troisième position avec 13,3% des hospitalisations. Ils sont eux-aussi très utilisés en cardiologie dans la prévention des accidents cardio-vasculaire. On compte parmi eux l’aspirine ou le clopidogrel.

Enfin, la quatrième classe thérapeutique est celle des anti-diabétiques oraux, avec 10,7% des hospitalisations,eux aussi sont des médicaments destinés à équilibrer un diabète.

Si les auteurs ne se disent pas surpris de retrouver ce taux d’hospitalisations pour effet secondaire médicamenteux, en revanche ils témoignent avoir été étonné que seulement 4 classes de médicaments provoquent deux tiers d’entre eux.

En revanche, les médicament connus comme étant à risque ne provoquent que 1,2% des hospitalisations pour effet secondaire retrouvées dans l’étude chez des patients de plus de 65 ans.

Ls effets secondaires de ces 4 médicaments ou classes médicamenteuses sont évitables, insistent les auteurs, mais requièrent un suivi et une attention toute particulière de la part des médecins, des pharmaciens et des patients.

Source

Emergency Hospitalizations for Adverse Drug Events in Older Americans
Daniel S. Budnitz, M.D., M.P.H., Maribeth C. Lovegrove, M.P.H., Nadine Shehab, Pharm.D., M.P.H., and Chesley L. Richards, M.D., M.P.H.
N Engl J Med 2011; 365:2002-2012 November 24, 2011

 

Crédit Photo Creative Commons by hessiebell

One thought on “Les 4 médicaments qui envoient le plus les personnes âgées aux urgences

  1. J’avais publié une réaction à cette étude ici: http://www.denisesilber.com/silberblog/2011/11/hopital-medicament.html

    Nouvelle étude concernant les médicaments responsables des hospitalisations d’urgence
    Certes, on imagine que pour un directeur d’hôpital, la gestion des priorités entre les ressources est une tâche très difficile. Comment trancher en faveur de l’informatique, lorsqu’il manque des infirmières et médecins, lorsqu’il faut rénover les fenêtres ou le toit…Et pourtant les données que seule l’informatique peut analyser sont précieuses. J’ai appris par le blog d’Antoine Flahault la publication par le NEJM, d’une étude américaine consacrée aux hospitalisations d’urgence pour raison médicamenteuse, des personnes de plus de 65 ans. C’est une étude dans laquelle on découvre que 67% de ces hospitalisations sont dues à 4 médicaments ou types de médicament : la warfarine (coumarin), un anticoagulant par voie orale responsable pour 33% des hospitalisations, les injections d’insuline pour 14%, les anti-agrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel) pour 13% et les traitements anti-diabétiques oraux pour 11%. La conclusion des auteurs est que la majorité des hospitalisations est provoquée par des produits couramment prescits et non pas par les produits considérés à haut risque. Quel est l’impact opérationnel de cette étude ? Il peut être très significatif.

    Si je répète l’information ici, c’est parce que cette étude soulève des questions :

    — avons-nous une étude équivalente en France concernant les hospitalisations d’urgence pour raison médicamenteuse ?

    — exploitons-nous assez (réponse, non) les données dont nous disposons ou pourrions disposer concernant les hospitalisations — qu’il s’agisse des problèmes médicamenteux, ou d’autres aspects améliorables de notre système de soins, comme la non-application des recommandations, les mauvais diagnostics, le non suivi post-opératoire, la non-communication des résultats d’un patient aux autres professionnels concernés ?

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