samedi 1 octobre 2016

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Quel est le coût pour les pays sub-sahariens, de l’émigration de leurs médecins vers les pays occidentaux?

L’émigration des personnels de santé des pays en développement vers les pays développés est une des causes de la faiblesse des systèmes de santé des pays pauvres. C’est une des raison qui a fait que la World Health Assembly a adopté un code de bonnes pratiques du recrutement des personnels de santé, demandant par exemple une compensation financière aux pays développés recevant cette émigration, et destinée à aider les systèmes de santé pénalisés des pays pauvres.

Selon l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, la plupart des pays sub-sahariens connaissent un déficit en infirmières, en sages-femmes et en médecins, car nombreux sont ceux qui ont tenté une nouvelle carrière à l’étranger. Alors que l’Afrique subit 24% du total des pathologies mondiales, elle doit y faire face avec seulement 2% du total de médecins et 1% des dépenses de santé mondiales. Ce cas de figure est encore plus dramatique dans ces pays affectés par un fort taux de personnes touchés par le HIV. Le HIV est une des autres causes des carences en personnels de santé, qui ne sont pas épargnés par le virus. Par exemple 1 personnel de santé sur 10 est décédé du HIV au Malawi dans les 5 premières années de l’épidémie de sida. Il ne reste donc qu’un nombre insuffisants de personnels de santé qui subissent une fatigue importante voire un burnout.

Le manque de médecins est attribuable non seulement au nombre insuffisant de médecins formés mais aussi au départ très fréquent d’un grand nombre de ceux qui ont terminé leur formation. Et de nombreux pays développés, qui eux aussi forment un nombre insuffisants de médecins, puisent cette ressource au sein des pays en voie de développement. Nombreux sont ainsi les candidats au départ vers le Canada, l’Australie, les Etats-Unis, et l’Angleterre. Des épidémiologistes de ces pays de destination ont tenté de chiffrer la perte financière que ces départs représentaient pour les pays en voie de développement, en plus de la perte humaine.

Les 9 pays africains considérés par l’analyse étaient l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya, l’Ouganda, la Namibie, la Zambie, la Tanzanie, l’Ethiopie et le Zimbabwe. L’Afrique du Sud  a la plus grande densité médicale (8 médecins pour 10 000 habitants, mais une densité médicale 14 fois plus faible à la campagne qu’en ville), et le Nigeria, le plus grand nombre d’universités de médecine. Tous deux font aussi partie des pays les plus impactés par le virus HIV.

Le coût total de la formation d’un médecin, incluant la formation en école primaire, secondaire, puis à l’université, est estimé de 21 040 dollars en Ouganda, jusqu’à 38 860 dollars au Zimbabwe et 58 698 dollars en Afrique du Sud. Dans ces pays le coût de l’université est financé par les deniers publiques ; sinon au maximum, une université médicale peut au plus couter 1000 dollars par an à un étudiant.

Les scientifiques ont estimé que le montant des investissements perdus par ces pays du fait de l’émigration des médecins vers  l’Australie, les Etats-Unis, l’Angleterre et le Canada atteint 2,2 milliards de dollars. La plus grande perte est enregistrée par l’Afrique du Sud avec 1,42 milliards de dollars, puis par le Nigeria avec une perte de  655 millions de dollars. La plus faible perte est enregistrée par la Tanzanie avec 3,5 millions de dollars. L’étude des flux migratoires médicaux montre qu’environ 10 822 médecins Sud Africains ont émigrés, 7106 Nigerians, 567 Ethiopiens, 328 Kenyans, 380 Médecins du Zimbabwe, 206 de Zambie, 409 Ougandais, 81 Tanzaniens. Il est actuellement estimé que 30% des médecins formés en Afrique du Sud ont quitté leur pays. Plus inquiétant, une enquête menée au sein des personnels de santé a estimé que 58% d’entre eux étaient prêts à émigrer.

Et quand certains perdent, d’autres gagnent : Les pays de destinations n’ayant pas eu à financer l’éducation de ces médecins qui arrivent, économisent eux de l’argent, au total une économie estimée à 4,55 milliards de dollars : Ainsi, le gain représente 2,7 milliards de dollars pour l’Angleterre, 384 millions de dollars pour le Canada, 846 millions de dollars pour les Etats-Unis, et 621 millions de dollars pour l’Australie.

L’immigration choisie de personnels médicaux qualifiés représente donc un gain important pour les pays développés mais une perte majeure, financière, humaine et de la qualité du système de santé publique pour les pays les plus pauvres. Actuellement les 4 pays Anglo-saxons qui profitent de cette main d’oeuvre médicale qualifiée ne compensent financièrement qu’une très faible partie de la perte engendrée. Une obole de 130 millions de dollars a été versée pour améliorer le financement du personnel de santé de l’Afrique Sub-saharienne.

Source

The financial cost of doctors emigrating from sub-Saharan Africa: human capital analysis
Edward J Mills, Steve Kanters, Amy Hagopian, Nick Bansback, Jean Nachega, Mark Alberton, Christopher G Au-Yeung, Andy Mtambo, Ivy L Bourgeault, Samuel Luboga, Robert S Hogg
BMJ 2011;343:d7031

Crédit Photo Creative Commons by  IHH Humanitarian Relief Foundation/TURKEY

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