Samedi 19 avril 2014

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Rougeole pendant la grossesse : un risque évitable par une vaccination préalable

La rougeole a repris pied en France du fait de l’insuffisance de la couverture vaccinale. Chaque mois de plus en plus de nourrissons et de jeunes adultes sont touchés par la maladie. La rougeole peut aussi survenir au cours de la grossesse car le virus est capable de franchir le placenta, exposant la femme enceinte à des complications non seulement pour son enfant à naitre mais aussi pour elle-même, pouvant par exemple entrainer une fausse couche ou d’un accouchement prématuré.

De 2000 à 2007, la vaccination a permis de réduire la mortalité liée à la rougeole de 74% dans le monde entier. En 2005, en France a été mis en place un plan de vaccination destiné à créer une couverture vaccinale de 95% des moins de 2 ans. Pourtant encore une fois, les autorités sanitaires françaises n’ont pas été capables de mener à bien ce plan, ce qui a concouru à la reprise de l’épidémie du fait de l’insuffisance de couverture : moins de 45% des enfants sont vaccinés.

Conséquences, en 2008-2010, plus de 7000 cas de rougeoles ont été déclarés. La rougeole frappe surtout les moins de 1 an et les jeunes adultes. La transmission du virus se fait par voie aérienne (voir article Docbuzz). Le malade est contagieux 5 jours avant l’éruption cutanée et jusqu’à 5 jours après. L’éruption cutanée est précédée par 2 à 4 jours difficiles associant forte fièvre, toux et écoulements du nez. Les lésions cutanée débutent en général derrière les oreilles et descendent le long du corps. Dans 90% des cas, l’évolution est bonne.

Les complications sont plus fréquentes chez les très jeunes enfants, les adultes immunodéprimés et les femmes enceintes. Tous les 100 cas de rougeoles, on comptera entre une à six pneumopathies capables de se compliquer d’une détresse respiratoire. Viens ensuite le risque d’encéphalite aiguë, plus rare, évaluée à un cas toutes les 1000 cas de rougeole. 30% des patients touchés par une telle encéphalite en décéderont.

Les autres complications possibles sont une méningite, une otite, des diarrhées. Au total, la mortalité de la rougeole est estimée entre 1 et 3 cas pour 1000 cas, rappelant l’impérative nécessité de la vaccination.

Les connaissances que nous avons des conséquences du virus de la rougeole sur le femme enceinte sont issus de cas survenues au cours d’épidémies. Par exemple lors de l’épidémie de Houston en 1988, 12 femmes enceintes ont été touchées par le virus de la rougeole et un cas est survenu juste après l’accouchement. Toutes les femmes étaient jeunes sans histoire médicale particulière. Toutefois 7 ont développé des complications pulmonaires dont une fut mortelle. Une autre épidémie survenue à Los Angeles en 1993 toucha entre autres 58 femmes enceintes dont 60% nécessitèrent une hospitalisation : 26% des femmes ont développés une pneumonie et 2% des femmes sont décédées. En comparaison avec des femmes non enceintes, le taux d’atteintes pulmonaires est multiplié par 2,6 et le taux de mortalité par 6 en cas de grossesse.

Le virus de la rougeole est donc capable d’atteindre le placenta. Il ne crée pas de malformation congénitale mais est capable de provoquer une infection pulmonaire avec détresse respiratoire chez la mère. Il peut aussi entrainer un dysfonctionnement placentaire potentiellement responsable du décès de l’enfant in utero. Toutefois au moins jusqu’au dernières semaines de la grossesse, le placenta semble présenter une barrière efficace au virus.

La rougeole peut également atteindre le nouveau-né. Le risque est surtout la survenue d’une atteinte cérébrale, la panencéphalite subaiguë sclérosante. So risque de survenue est multiplié par 16 avant 2 ans. En cas d’infection congénitale, la mortalité des enfants reste élevé, pouvant toucher 1 enfant sur 4. Ces cas restent extrêmement rares.

Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique. Des immunoglobulines polyvalentes peuvent être utilisées. La seule prophylaxie reste la vaccination. En cas de contact avec une personne infectée par la rougeole, la vaccination reste possible si elle est administrée dans les 72 heures, sinon des immunoglobulines pourront être utilisées jusqu’à 6 jours après le contact.

En revanche, la vaccination ne peut pas être administrée chez la femme enceinte (bien qu’aucun évènement grave n’ait jamais été rapporté en cas d’injection au cours de la grossesse) ni chez le nourrisson de moins de 6 mois. La consultation est donc indispensable en cas de contact. Seule des immunoglobulines peuvent être utilisées dans ce cas. Cette injection doit être réalisée dans les 6 jours.

La vaccination reste la meilleure méthode de prophylaxie de la rougeole. Les enfants doivent recevoir deux injections (12% des enfants touches par le rougeole en 2010 n’avaient reçu qu’une seule injection). Avant la conception, il est important d’évaluer la couverture vaccinale de la future maman et si besoin de la corriger, afin de réduire les complications de la rougeole chez les mères et chez les nouveaux-nés.

Source

Rougeole et grossesse
Olivia Anselem, Vassilis Tsatsaris, Emmanuel Lopez, Anne Krivine, Camille Le Ray, Pierre Loulergue, Daniel Floret, Francois Goffinet, Odile Launay
La Presse Médicale Volume 40, numéro 11 pages 1001-1007 (novembre 2011)

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