samedi 1 octobre 2016

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Les données expérimentales sur un virus mortel de la grippe créé par l’homme, censurées par peur d’actes terroristes


Selon une information du New York Times, le gouvernement américain a pour la première fois, demandé à un journal scientifique de censurer les détails d’une étude expérimentale par peur qu’ils puissent être utilisés par des groupes terroristes pour créer un virus mortel et déclencher une épidémie.

En effet, des scientifiques américains et des Pays-Bas ont mis au point un virus mortel de la grippe possédant en plus une contagiosité extrêmement élevée. Cette facilité de transmission interhumaine rend le virus capable de diffuser rapidement à travers le monde entier. Ce travail expérimental a été mené chez des ferrets, un bon modèle prédictif de la  transmission inter-humaine du virus de la grippe.

Le virus sur lequel ont travaillé les scientifiques est un virus de la grippe aviaire, le H5N1, détecté pour la première fois en 1997. Il avait été rendu responsable de l’infection de 550 personnes et en avait tué 60% depuis 2003, la majorité des cas étant survenus en Asie, sans compter la dévastation de milliers d’élevages de volailles. Les scientifiques ont débuté leur travail sur ce virus, d’abord pour mieux le comprendre, inquiet de ses effets si il réussissait à acquérir une capacité accrue de transmission à l’homme.

Le Conseil Scientifique National pour la Biosécurité, un organe de conseil et de surveillance rattaché  au gouvernement américain (National Science Advisory Board for Biosecurity, supervisé par l’Institut National de la santé (National Institutes of Health), a demandé aux deux journaux dans lesquels les scientifiques allaient publier leurs résultats, Nature et Science, deux des plus prestigieux journaux scientifiques mondiaux, de garder secret certains détails des expériences présentées par les auteurs dans leurs articles, en particulier les détails des expériences et les résultats obtenus sur la mutation du virus qui pemettraient de reproduire les expériences.

Les scientifiques des Pays-Bas ont déjà présenté leur résultats au cours d’un congrès scientifique à Malte en septembre dernier et la revue de vulgarisation scientifique américaine scientific America y a consacré un article (non référencé). L’objectif de ces travaux scientifiques est de “prévoir l’imprévisible”, a expliqué Ab Osterhaus, professeur de virologie au centre Médicale Erasmus de Rotterdam au cours du 4ème congrès Européen sur le Grippe (the fourth European Scientific Working Group on Influenza (ESWI) conference). Car pour ces scientifiques la question n’est plus de savoir si une véritable nouvelle pandémie grippale surviendra mais quand, et le pire scénario viendrait justement d’une mutation du virus H5N1, le rendant hautement contagieux pour l’homme. Et justement leurs recherches démontrent qu’il est très facile de faire évoluer le virus vers une forme se transmettant facilement par l’air, et donc transmissible par la toux ou les éternuements.

Il semble que les revues puissent accepter ces propositions de censurer une partie des résultats à la condition que le gouvernement mettent en place un système permettant de délivrer l’information aux scientifiques qui en auraient besoin.

Ces études ont été financées par le National Institutes of Health américain à la fois au Pays-Bas et au Etats-Unis à l’université de Wisconsin-Madison où elles ont été menées par Yoshihiro Kawaoka. L’idée de ces recherches était de mettre en évidence les modfications génétiques qui permettraient au virus d’acquérir un potentiel épidémique, permettant ainsi de lancer une alerte mondiale si cette mutation était identifiée sur un virus sauvage, mais aussi de mettre au point un vaccin.

Ces études peuvent évidemment être critiquées : selon le Dr Anthony Fauci, directeur de l’institut nationale américain des allergies et des maladies infectieuses, ces recherches posent de véritables questions de santé publiques mais avoue t-il, “Je suis certain qu’il y aura des gens pour dire que ces études n’auraient jamais du être réalisées”.

Source

Seeing Terror Risk, U.S. Asks Journals to Cut Flu Study Facts
DENISE GRADY, WILLIAM J. BROAD
NYT, 20 décembre 2011 

What Will the Next Influenza Pandemic Look Like?
Predicting pandemics might still be impossible, but with millions of lives at stake, researchers are using the latest science and lessons from history to best prepare for the next big one
Katherine Harmon, Monday, September 19, 2011

Crédit Photo Creative Commons by dionhinchcliffe

 

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