dimanche 4 décembre 2016

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L’implantation de prothèses mammaires peut augmenter le risque d’un cancer rare

Une équipe de chirurgiens plastiques de l’université de Pise a mené une étude visant à évaluer si le risque de lymphome non Hodgkinien, un cancer, pouvait être augmenté par l’implantation de prothèse mammaires en silicone. Cette étude est intéressante au moment où ces prothèses en silicone font débat en France. Les prothèses mammaires sont des produits médicaux faisant l’objet d’une autorisation de mise sur le marché. Le manque de sérieux des contraintes légales et de validation de l’AFSAPPS ou d’autres agences à travers le monde visant ce type de dispositifs médicaux à déjà été souvent critiqué que ce soit par exemple des prothèse cardiaques, des prothèses de hanches ou d’autres dispositifs implantés à l’intérieur du corps humain (cf article Docbuzz).

Selon ces chirurgiens plastiques, des inquiétudes sont effectivement nées après que plusieurs cas de lymphome non Hodgkiniens, s’étant développé tout au contact d’une prothèse en silicone ou d’une prothèse gonflée au chlorure de sodium, aient été rapportés.

En particulier, un risque accru de lymphomes anaplasique à grandes cellules chez les porteuses de prothèses mammaires a été proposé (C’est d’ailleurs le décès d’une française suite à ce type de cancer qui a déclenché en France l’affaire des prothèses PIP). Les scientifiques Italiens ont revu les données cliniques et anatomopathologiques (étude des prélèvements de tissus) de 40 patientes, porteuses de prothèses mammaires, chez qui un diagnostic de cancer du sein non hodgkinien avait été posé, et ont comparé ces résultats à ceux de 27 femmes chez lesquelles un diagnostic également de cancer du sein de même type (lymphome anaplasique à grandes cellules) avait été posé. Ces 27 femmes constituaient tous les cas de ce cancer retrouvés dans la littérature médicale existante.

Parmi les 40 cas rapportés de cancer du sein associés à une prothèse de leur série, 28 étaient des lymphomes anaplasiques à grandes cellules, dont l’étude des cellules montraient qu’elles étaient négatives pour la lymphome kinase-1 (ALK négatif), un marqueur permettant de différencier ces cancers. Etonnamment, parmi les 27 cas retrouvés dans l’ensemble de la littérature, seulement 10 patientes étaient également négative pour la lymphome kinase-1 (ALK négatif),

Cette mise en évidence de 28 cas de lymphomes anaplasique à grandes cellules (ALK négatif) comparé à seulement 10 cas dans toute la littérature chez des femmes non porteuses de prothèses est en faveur d’une association entre prothèse mammaire et cancer du sein de type lymphomes anaplasique à grandes cellules (ALK négatif).

Et même si heureusement ce type de lymphome reste rare dans la population générale, l’implantation de prothèses mammaires s’étant beaucoup répandue depuis plusieurs dizaines d’années, leur mise en causes dans différentes conséquences cliniques et pathologiques devient de plus en plus évident » écrivent les auteurs

Les similarité histologiques, phénoménologiques et cliniques de la majorité des lymphomes anaplastique à grandes cellules suggèrent un mécanisme commun, en particulier quand on les compare avec ceux retrouvés chez les femmes n’ayant pas eu d’implant mammaire, chez lesquelles très peu de ces cancers sont détectés, concluent-ils.

Ainsi, même si ce type de cancer reste heureusement rare, cette étude tend à démontrer que le risque de développement d’un cancer au contact d’une prothèse mammaire peut exister.

Ce que dit l’Institut Gustave Roussy sur le cancer anaplasique à grandes cellules : 

Lymphomes anaplasique à grandes cellules 
Maladie très protéiforme, le lymphome anaplasique à grandes cellules peut se présenter comme une localisation tumorale apparemment unique infiltrant souvent la peau et/ou des ganglions. Á l’opposé, il existe des formes très étendues avec des manifestations fébriles et inflammatoires très marquées. Les lymphomes anaplasiques à grandes cellules ont d’abord étaient décrit comme une maladie particulièrement fébrile avec des ganglions douloureux et inflammatoires, initialement appelée « histiocytose maligne ». Dans les années 1990, ils ont été progressivement mieux définis grâce à une description biologique affinée. 

La forte positivité des cellules tumorales pour le marqueur CD30 est un bon élément d’orientation, même si ce marqueur n’est pas spécifique (exprimé dans la maladie de Hodgkin). 
Biologiquement, les lymphomes anaplasiques à grandes cellules sont le plus souvent associés à une translocation t(2;5) qui juxtapose le gène d’une phosphoprotéine nucléolaire (nucléophosmine) et le gène d’une protéine à activité tyrosine kinase (protéine ALK). Ces marqueurs jouent un grand rôle dans la reconnaissance diagnostique et pronostique de ces lymphomes : la survie des lymphomes anaplasiques à grandes cellules exprimant la protéine ALK est meilleure que celle de ceux qui sont ALK négatif (absence de réarrangement du gène ALK dans 15% des cas). 

C’est une maladie rare : 12 à 15 cas par an en France. C’est grâce à une grande étude européenne faite à partir de 1999, que la prise en charge thérapeutique a été mieux définie. Actuellement, les taux de guérison sont de l’ordre de 80%. Même après rechute, les chances de guérison restent élevées.

Source

ALK-1–Negative Anaplastic Large Cell Lymphoma Associated With Breast Implants: A New Clinical Entity
Davide Lazzeri, Tommaso Agostini3, Guido Bocci, Giordano Giannotti, Giovanni Fanelli, Antonio Giuseppe Naccarato, Romano Danesi, Marco Tuccori, Marcello Pantaloni, Carlo D’Aniello
Clinical Breast Cancer Volume 11, Issue 5, October 2011, Pages 283-296

Crédit Photo Creative Commons by Malingering

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