dimanche 2 octobre 2016

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La surdité de Beethoven et ses trois styles

Beethoven, né le 16 décembre 1770, évoque pour la première fois sa perte d’audition dans un courrier au docteur Franz Wegeler daté du 29 juin 1801 : “Au cours des trois dernières années, mon audition est devenue plus faible…je peux vous donner une idée de cette surdité particulière en vous disant que je dois me tenir très proche de l’orchestre pour comprendre les musiciens, et qu’a cette distance je n’entends pas les notes hautes des instruments ni des chants…Parfois également, je n’entends pas les personnes qui parlent doucement. J’entends bien un son, mais pas les mots. Et si quelqu’un cri, je ne le tolère pas”.

C’est l’oreille gauche de Betthoven qui est la première touchée et il évoque dans ses courriers des acouphènes bilatéraux. Czerny rapporte qu’après 1812, les gens doivent crier pour se faire comprendre. En 1818, Beethoven communique par notes écrites. Après 1825, on ne trouve plus de preuves qu’il puisse comprendre une discussion : sa surdité était dès lors probablement complète. Ces symptômes évoquent une perte d’audition qui trouve son origine dans l’organe de Corti. Wagner et Rokitansky, le père de l’autopsie moderne, performèrent un examen post-mortem du compositeur et retrouvèrent des anomalies nerveuses et artérielles au niveau du système auditif. Certains auteurs ont proposé qu’une syphilis soit responsable de la perte d’audition, d’autres, une maladie de Bowel avec sclérose.

Trois périodes sont distinguées dans la composition de Beethoven, appelées les trois styles, pouvant correspondre à trois stades de progression de sa surdité.

Les contemporains de Beethoven ont immédiatement lié sa surdité à l’incompréhension de ses travaux tardifs, en particulier de ses dernières sonates et quatuors à cordes. Pour Richard Wagner, les dernières compositions de Beethoven sont “une révélation d’un autre monde”, pas à cause, mais grâce à la surdité qui forçait le compositeur à vivre dans son monde intérieur. En partant du fait que la surdité du compositeur débuta pour les sons élevés, Liston et al ont tenté de corréler l’utilisation de ces sons à la progression de la surdité : ils ont analysé le spectre de puissance d’un CD des neufs symphonies en se concentrant sur les fréquences de 2500 Hz à 5000 Hz. Mais ils n’ont pas trouvé de modification d’utilisation des notes élevées et ont donc conclu que Beethoven ne comptait pas sur l’audition de ses compositions pour créer. Ce constat contraste avec le fait que Beethoven, à partir de 1814 commença a utiliser un cornet, et qu’en 1817, il réclama au fabriquant de piano Andreas un piano produisant un volume sonore plus élevé, auquel fut ajouté une plaque de résonnance qui, placée sur le pianoforte, l’aidait à entendre les sons plus distinctement. De plus, un CD ne reproduit pas forcément les sons tels que pouvaient les entendre Beethoven et ses contemporains. Il serait donc intéressant que Liston et al répètent leur analyse mais avec des compositions jouées sur des instruments d’époque.

Les auteurs de cet article, publié dans la revue britannique BMJ, se sont intéressés à ce que Beethoven écrivit (comme compositions musicales) plutôt qu’à tenter de reconstruire ce qu’il avait pu entendre. Les quatuors pour cordes sont habituellement regroupés en compositions “précoces”, “contemporaines” et “tardives” et sont considérées comme les meilleures représentation de ses trois styles. Les périodes de leur création coïncide avec les états de sa condition auditive (quatuor précoce : opus 18, 1798-1800), aggravation de la perte de l’audition (quatuor contemporain : opus 59, 1805-1806, et opus 74 et 95, 1810-1811), et enfin surdité supposée totale (quatuor tardif : opus 127,130, 131, 132 et 135, 1824-1826). Et alors que les opus 18, 59, 127-135 sont stylistiquement homogènes, les opus 74 et 95 sont des oeuvres isolées marquant des transitions de style. Toutefois, du fait que Beethoven pouvait travailler à plusieurs compositions en même temps, les auteurs ont préférés considérer 4 périodes 1798-1800, 1805-1806, 1810-1811, 1824-1826. Et pour chacune, ils se sont concentré sur la partie écrite pour le premier violon du premier mouvement de chaque quatuor, afin de compter le nombre de notes au dessus de 1568 Hz. Ils ont comptabilisé le nombre de notes élevées de chacun des quatuors au cours des 4 périodes considérées, en tenant compte du nombre total de notes, du pourcentage de notes élevées et de la durée des passages. Leurs analyses montrent l’existence d’une relation possible entre la progression de la surdité  et l’utilisation de notes élevées dans sa musique. Sur la période 1798-1800, les auteurs retrouvent environ 8% de notes élevées, 5,5% sur la période 1805-1806, un peu plus de 1% sur la période 1810-1811, suivi d’une remontée à 4% sur la période de surdité totale, 1824-1826. Ce résultats n’est donc que partiellement en accord avec ceux de Liston et al et suggèrent que Beethoven privilégia l’utilisation de notes de fréquence moyennes et basses, qu’il pouvait entendre quand la musique était jouée.

Ces résultats ne se basant que sur un extrait des compositions de Beethoven, ne peuvent pas être considérées comme définitives. Prouver ou infirmer le fait que la surdité du maitre eu un  impact sur les styles musicaux de ses compositions nécessite une analyse exhaustive de ses oeuvres.

Source

Beethoven’s deafness and his three styles
Edoardo Saccenti, Age K Smilde, Wim H M Saris
BMJ 2011;343:d7589

Crédit Photo : Trompettes acoustiques de Beethoven

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