lundi 26 septembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Bébé crie et pleure beaucoup? Raisons et conséquences

La moitié des parents estime que leur bébé, à deux mois, crie et pleure beaucoup. Les cris excessifs sont habituellement un phénomène transitoire lié au développement neurologique de l’enfant, même si cela peut être un signal d’un problème plus sérieux. Plusieurs études ont montré que confrontés aux cris jugés trop importants de leur nouveau-né, de nombreux parents ont du mal à trouver une aide et une écoute, et qu’ils cumulent les consultations y compris dans les services d’urgence, recevant souvent des avis contradictoires. 

Les données cliniques issues de études confirment que les comportements cris/pleurs des enfants varient beaucoup entre les bébés, avec une estimation moyenne de 110-118 minutes quotidiennes pour un bébé âgé de 6 semaines et moins de 72 minutes quotidiennes pour un bébé de 10 à 12 semaines. La plupart des bébés connaissent des épisodes de pleurs inconsolables au cours des premiers mois de leur vie, mais les pleurs représentant un problème sont de durée plus longue et plus fréquents.Les bébés bien portant signalent leurs besoins pour obtenir une réponse de ceux qui s’occupent d’eux selon un processus graduel, qui débute avec une modification de la respiration, de coloration de peau, passant à une agitation du corps accompagné de mouvements et de vocalisation, jusqu’à une désorganisation motrice complète accompagnée de pleurs et de cris à leur maximum.

Cinq pour cent des bébés qui pleurent beaucoup continuent à être instables  à5 mois selon les études, mais il n’est pas possible de prédire quels bébés continueront à pleurer beaucoup après 3-4 mois. Et si la très grande majorité des bébés pleurant de manière excessive à 3 mois n’en auront aucun effet secondaire, , ces pleurs excessives ne sont pas insignifiants car elles placent les familles sous une tension extrême. Dans une étude ayant inclus 3259 familles, 6% des parents rapportaient rétrospectivement avoir eu des comportement abusifs et violents à l’encontre de leur enfant qui pleurait. Une autre étude montrait que les mère consultant pour des coliques de leur enfant ou des pleurs excessifs avaient un risque de dépression plus élevée même quand les pleurs du bébé avait cessé. Quand aux enfants, une méta-analyse de 22 études montrent un lien entre des cris-pleurs excessifs et des problèmes comportementaux dans l’enfance. Le risque est plus grand pour les enfants qui associent en plus des problèmes de nutrition et de sommeil, ou qui vivent au sein de familles faisant face à des problèmes sociaux ou ont des facteurs de risques psychiques.

Quels causes traitables peuvent-être à l’origine des cris/pleurs excessifs?

Selon les experts, un reflux gastro-oesophagien (RGO) ne peut pas être la cause de cris/pleurs excessifs au cours des premiers mois de la vie. Les inhibiteurs de la pompe à proton (un des traitements proposés dans le cas de RGO) augmentent le risque d’infections et d’allergies alimentaires. Ces médicaments ne sont pas indiqués pour un bébé qui a seulement des problèmes de pleurs excessifs, même si les cris sont associés à une refus de se nourrir. Les vomissements fréquents sont un phénomène normal chez le jeune enfant de 3-4 mois, et les parents peuvent être rassurés en sachant que le pH du reflux est neutre pendant 2 heures après la prise alimentaire ( du fait de l’effet tampon du lait) et ne cause pas d’inconfort à l’enfant.

Problème d’alimentation (allaitement maternel)

Il existe un lien important entre les pleurs/cris excessifs et les difficultés à s’alimenter pour un bébé. Si on a initialement pensé que ces pleurs étaient liés à un reflux acide, cette hypothèse est aujourd’hui repoussée. des difficultés lors de l’allaitement maternel (nutrition au sein), lié à la position, à l’attachement, à une surcharge en lactose, une dysfonction motrice de la bouche de l’enfant, une ankyloglossie (malformation du frein lingual, trop court ou trop rigide, qui entraîne un déficit de mobilité de la langue), ou des problèmes du processus sensitif, peuvent favoriser les cris excessifs et créer un comportement d’évitement alimentaire. Une étude mené avec 4427 nouveaux-nés, nés avant terme pas césarienne a montré que les bébés qui continuaient à pleurer et avaient des problèmes d’alimentation à 5 mois, avaient plus de risques d’avoir des problèmes alimentaires et comportementaux à 4-5 ans. de nombreux médecins et infirmières favorables à l’allaitement maternel, ont parfois peu conscience de leur manque de connaissances concernant l’identification et la prise en charge de ces problèmes d’alimentation.

Surcharge fonctionnelle en lactose

Au fur et à mesure que l’allaitement maternelle progresse, et que le volume de lait consommé par bébé décroit, le taux de lipides s’accroit. Ce lait crémeux réduit la vitesse du transit intestinal du bébé et stimule la satiété. La surcharge fonctionnelle en lactose apparait quand le lait maternel n’est pas assez riche en graisse, provoquant un transit rapide du lait à travers l’intestin. Le lactose non digéré fermente alors dans le colon, réduisant la satiété, créant des selles mousseuses ou explosives, un abdomen tympanique, des pleurs et générant un désir de se nourrir plus souvent. Dans une étude ou 302 enfants étaient allaités selon des techniques différentes, la surcharge en lactose était significativement associé avec la fréquence des pleurs.

Allergie au lait de vache

L’allergie au lait de vache, l’allergie pédiatrique la plus répandue, peut entrainer des pleurs importantes chez l’enfant. Pour l’instant aucune autre allergie n’est reconnue comme pouvant être impliquée dans ce changement de comportement des enfants dans les premiers mois de la vie. Une étude menée chez 46 enfants de 2 à16 semaines, nourris aux seins, et présentant des pleurs excessifs, ont bénéficié d’une amélioration importante de leur comportement lorsque toute alimentation lactée a été supprimée chez les mamans et que quelques gouttes d’un probiotique, lactobacillus reutiri était ajouté quotidiennement à leur alimentation.

Infection

Une infection doit absolument être éliminée par le médecin qui suit l’enfant. Une étude mené chez 237 enfants présentant des cris/pleurs excessifs mais sans aucune fièvre, retrouva que 5% des enfants souffraient d’une infection sous-jacente, la lus fréquente d’entre-elles étant une infection du tractus urinaire.

Autres causes 

Une étude comparant 3 approches de soins à l’enfant, qui différaient essentiellement par le durée quotidienne de contact des parents avec l’enfant a clairement établi que 10 heures de contacts physique quotidiens étaient associé avec une réduction de 50% des enfants présentant des cris/pleurs excessifs.

Quels conseils peuvent être proposés aux parents?

Les auteurs conseillent bien sur de consulter des spécialistes, par exemple de l’allaitement si c’est la voie d’alimentation choisie, de toujours répondre de manière calme aux premiers symptômes de pré-pleurs. Et si l’enfant atteint rapidement un niveau de cris important, associer les paroles rassurantes aux contacts physiques peau contre peau jusqu’à ce que l’enfant se calme suffisamment pour s’alimenter.

Les parents doivent avant tout être rassurer sur le fait qu’un enfant qui pleure est quelque chose d’habituel et de limité dans le temps : un bébé peut être prédisposé à présenter des cris/pleurs excessif du fait de leur tempérament, de leur développement neurologique, ou d’autres facteurs encore inconnus. Des études ont montré que les parents doivent savoir laisser leur enfant en pleur dans un endroit où il est en totale sécurité, s’ils se sentent à risque de  ne savoir se contrôler totalement face à l’enfant, et de ne retourner auprès de lui que lorsqu’ils se sentent parfaitement calmes.

Substituer l’allaitement pour un lait industriel n’est pas indiqué lorsque l’enfant présente des signes d’allergie au lait de vache, mais la mère doit tenter d’éliminer les apport en lait de vache de son alimentation. Une amélioration du comportement e l’enfant après deux semaine de suppression totale du lait de vache chez la maman pose le diagnostic d’allergie au lait de vache. Si cette stratégie ne fonctionne pas, les parents, sur les conseils d’un pédiatre pourront se tourner vers un lait industriel.

Une étude ayant suivi des enfants qui présentaient des cris/pleurs excessifs à 5-6 semaines, a montré qu’ils ne se réveillaient pas plus fréquemment que les autres enfants la nuit. Les besoins en sommeil des enfants sont très variables en fonction des individus : si à la naissance, un nouveau-né a besoin de 19 heures de sommeil par jour, à deux mois, ces besoins peuvent varier de 12 heures à 21 heures par jour : par exemple seulement 37% des enfants bien portants de 3 mois dorment régulièrement 8 heures par jour sans perturber leur parents. en cas de problème de sommeil, le poids des évidences va dans le sens d’une plus grande réciprocité parents-enfant et éventuellement dans le fait que l’enfant dorme dans la même pièce que les parents.

Les enfants qui présentent des problèmes de cris par exemple lors d’un contact, d’un mouvement ou de sons, peuvent présenter  une hypersensibilité sensorielle. Ils auront besoin de consulter un pédiatre thérapiste. Les études ont montré que le meilleur moyen pour tenter de réduire ces cris so,t les contacts mère-enfant, peau contre peau, les plus précoces possibles.masser son enfant aide également à améliorer ce contact.

Au total : les causes des cris/pleurs excessifs de l’enfant ont de multiples facettes.les auteurs recommandent une intervention précoce, afin que la mère soit prête et que la réponse soient centrée sur la vie de la famille, après avoir éliminé des difficultés de l’enfant à s’alimenter, un problème mental post-natal, ou encore une pathologie sous-jacente comme une allergie au lait de vache.

Source

Managing infants who cry excessively in the first few month of life
Pamela Douglas, Peter Hill
BMJ 2011;343:d7772

Articles sur le même sujet