dimanche 4 décembre 2016

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Quand l’eau du robinet est un poison : En Auvergne, l’eau du robinet, chargée d’arsenic accroit de 20% le risque de cancer du poumon chez l’homme

L’Auvergne, pays des volcans mainte fois évoquée par certaines publicités d’eau minérale, est aussi la région de France où une première étude vient de faire le lien entre la pollution de l’eau du robinet par l’arsenic et le risque de cancer du poumon.

L’étude a été réalisée par l’Institut de Veille Sanitaire dans le but d’évaluer si une exposition régulière voire quotidienne à de faibles doses d’arsenic (de 1951 à 1991), inférieures à 50 µg/L, était capable de provoquer un cancer du poumon, des voies urinaires, des reins ou de la peau. L’étude  a été menée au sein de 3 départements, l’Allier, le Cantal et le Puy-de-Dôme en reprenant les données de cancers survenues entre 1998 et 2005.

L’arsenic est reconnu comme étant cancérigène. S’ il peut être effectivement présent dans l’eau en petites quantité à l’état naturel, une pollution secondaire est également possible du fait des activités humaines telles que l’agriculture (en particulier la vigne) ou certaines activités de l’industrie (141 sites industriels polluant ont été considérés en Auvergne pour l’étude).

D’où provient l’eau du robinet en Auvergne : La rivière Allier et sa nappe représente la principale ressource régionale, alimentant en eau potable 51 % de la population du département du Puy-de-Dôme , 46 % de l’Allier, soit 500 000 personnes. Les ressources en eau des complexes volcaniques (monts Dômes, monts Dore, Cézallier, Cantal, Velay) fournissent quant à eux environ 30 % de la production d’eau potable. Le reste (environ 20 %) est issu des arènes granitiques qui recouvrent le socle cristallin (60 % du territoire). Ces formations renferment des nappes diffuses très superficielles, jamais puissantes. Elles sont cependant suffisamment répandues pour constituer les ressources des communautés de petite taille en zone montagneuse.

Et alors que le seuil légal d’arsenic dans l’eau a été abaissé de 50 à 10 µg/L en 2003, des milliers de français d’Auvergne ont continué à être approvisionnés avec une eau dont la teneur est supérieure à 10 µg/L.  En 2001, en Auvergne, on recensait près de 140 000 habitants alimentés par une eau dont la concentration en arsenic était supérieure à 10 μg.L : 8,4 % de la population de l’Allier, 1 % de la population du Cantal, 0,2 % de la population de la Haute-Loire, et 15,4 % de la population du Puy-de-Dôme.

L’étude a confirmé cette surexposition : dans les 3 départements étudiés,  l’Allier, le Cantal et le Puy-de-Dôme, la teneur moyenne en arsenic retrouvées par les scientifiques en 2011 était de  15,7 µg/L avec des pics pouvant atteindre 140 µg/L.

Les analyses statistiques ayant fait correspondre les zones desservies par une eau polluée par l’arsenic à la survenue de cancers, retrouve une augmentation de 20% du risque des cancers du poumon dans les zones où l’eau est la plus polluée. L’étude a recensé 3114 cancers du poumon chez l’homme et 817 chez la femme, une différence importante (mais l’étude n’a pas pris en compte les facteurs confondants). L’étude ne retrouve pas ce risque de manière significativement augmentée pour les cancers du poumon chez les femmes ni pour les autres cancers, même si, en ce qui concerne les cancers des voies urinaires, avec 2026 cancers chez l’homme et 463 chez la femme, le risque lié à l’arsenic est proche de la significativité (p=0,06) chez l’homme.

«Les résultats de notre étude mettant en évidence une association entre l’exposition à l’arsenic à de faibles doses et la survenue du cancer du poumon chez l’homme sont en accord avec ceux des rares publications internationales » concluent les auteurs.

Source

Etude de la relation entre l’exposition chronique à l’arsenic hydrique d’origine naturelle et la survenue de cancers en Auvergne
Rapport d’étude
Mouly D, Jusot JF, Bérat B, Goria S, Stempfelet M, Beaudeau P
Institut de veille sanitaire, décembre 2011

Crédit Photo Creative Commons by Vincent Desjardins

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