samedi 3 décembre 2016

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Quelles conséquences à une rupture de prothèse PIP trouve t-on dans les revues médicales?


Les conséquences d’une éventuelle rupture de prothèse mammaire produite par la société PIP sont actuellement au coeur des discussions. Un article publié en avril 2011 dans la revue Journal of Plastic, Reconstructive and Aesthesic Surgery, mais envoyé à la revue en septembre 2010, alors qu’une mesure de suspension de la commercialisation des prothèses PIP avait été décidée  en Angleterre, dans la suite de la suspension française, apporte d’intéressants compléments d’informations quant-à l’état de la science actuel vis-à-vis de ces prothèses. L’article rapporte le cas d’une patiente dont le gel de la prothèse a disséminé loin de la zone d’implantation et les conséquences qui s’en sont suivies.

Les deux auteurs de l’article évoquent en introduction, les raisons pour lesquelles cette décision française a été prise et en particulier «l’inacceptable taux de rupture prématuré des implants», référençant pour soutenir cette affirmation seulement deux publications de 2006 et 2007, publiées dans la même revue. Que disaient ces publications?

La première rapportait le cas d’une patiente de 45 ans qui avait eu à 39 ans une implantation bilatérale de prothèses mammaires. Cette femme  consultait deux ans après l’implantation pour l’apparition de plusieurs ganglions au niveau du creux axillaire gauche. Finalement, après plusieurs hésitations, les médecins ponctionnèrent l’un des ganglions et y retrouvèrent du silicone. L’implant avait fuit. Il fut retiré. La patiente n’eu pas de complication. L’implant mammaire était une prothèse PIP. Ce que l’on peut retenir de cet article qui n’évoque qu’un seul cas, c’est que ce type de cas est suffisamment rare pour générer une publication et qu’il s’agit d’un cas isolé, pas d’une série. Par ailleurs, en introduction l’auteur écrit «au moins 15% ou plus des implants mammaires modernes se rompent entre la troisième et la dixième année d’implantation. Une rupture extra-capsulaire peut entrainer une dispersion du silicone. La peur de maladie systémique causée par cette dispersion du silicone est infondée. Cependant, des granulome lié au silicone ou des adénopathies ne sont pas rares» (le cas de la patiente). Nous étions alors en 2006.

La seconde, publiée en 2007, rapportait un cas identique, impliquant également une prothèse fabriquée par la société PIP. La patiente âgée de 36 ans présentait un ganglion au niveau axillaire droit et un élargissement du sein droit. Le chirurgien qui l’opéra retrouva une grande déchirure de l’implant. Un volumineux liquide séreux s’était accumulé autour du silicone, ce qui était responsable de l’élargissement du sein. “Qu’un implant contenant du gel ait pu souffrir d’un tel défaut après seulement 3 années est très inquiétant, et dans ce cas, non seulement le silicone a migré mais le gel a provoqué une réponse inflammatoire” écrivait l’auteur, R.B. Berry, avant de conclure : «A la vue de ces deux publications, la confiance que nous avions dans les prothèses PIP doit être remise en question, et pour ma part, j’ai l’intention d’arrêter d’utiliser ces implants en faveur de ceux d’autres fabriquants».

On sait aujourd’hui que ces mises en gardes publiées dans la presse médicale référencée de langue anglaise (mais lit-on l’anglais à l’AFSSAPS ?) n’ont pas été suivies par les agences gouvernementales responsables de la surveillance des dispositifs médicaux. D’un autre côté, il semble également que peu de cas aient été réellement publiés.

Mais revenons à notre article de 2011. On a pu voir que le gel de silicone, une fois sorti de la prothèse du fait d’une rupture, était capable de migrer vers des ganglions et d’y créer un granulome. Le dernier cas rapporté par cet article de 2011, toujours par une équipe anglaise, est survenu chez une patiente de 30 ans qui a eu recours à une implantation bilatérale de prothèses PIP pour corriger une hypoplasie des seins. Cinq années après la pose, elle revoit son chirurgien pour une inflammation du sein gauche associé à des douleurs touchant également le creux axillaire. L’examen clinique révèle effectivement un gonflement du sein et des ganglions du côté gauche. Une ponction retire environ 200 ml d’un liquide jaunâtre, non infecté, qui n’était pas du gel de silicone, faisant croire au chirurgien que l’implant n’était pas rompu. Après quelques jours, une poche liquidienne se forma à nouveau et des lésions cutanées apparurent, des petites papules rougeâtres, sur les mains et les avant bras. Une chirurgie de changement des prothèses PIP fut décidée. Les chirurgiens retrouvèrent alors les deux prothèses PIP dont la capsule est intacte mais laissait transpirer du gel de silicone. Les abords étaient inflammatoires. Les biopsies des lésions papuleuses de la peau, étaient compatibles avec une migration à grande distance du silicone. Les auteurs précisent que les analyses pratiquées par le MRHA (Medicines and Healthcare products Regulatory Agency) sur des prothèse PIP hydrogel, ne supportent pas une recommandation de retrait des prothèses sauf en cas d’indication clinique précise, et que les études menées par l’Angleterre et la France montrent que le gel contenu dans les prothèses ne présente pas de toxicité ni de génotoxicité particulière nécessitant de recommander un retrait systématique, un avis repris et renforcé par BAPRAS (British Association of Plastic, Reconstructive and Aesthetic Surgeons). Ils recommandent cependant, comme il est possible dans l’avenir que des patientes se présentent avec des symptômes similaires, un examen clinique précis voir des biopsies dirigées de lésions cutanées particulières soient réalisées pouvant aider à poser une indication de retrait des prothèses.

Source

Locoregional silicone spread after high cohesive gel silicone implant rupture
Anindya Lahiri, Ruth Waters
Selly Oak Hospital, University Hospitals Birmingham, Raddlebarn Road, Birmingham B29 6JD, UK
Received 3 December 2005; accepted 28 December 2005
Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery (2006) 59, 885–886

Rupture of PIP breast implants
R Berry
Department of Plastic surgery
Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery, Volume 60, Issue 8, August 2007, Pages 967-968

Cutaneous manifestation of silicone dissemination from a PIPimplant- a case for prophylactic explantation?
N.H. Cawrse, M.A. Pickford
Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery (2011) 64,e208-e209

Poly Implant Prosthese (PIPbreast implants update : MHRA

Crédit Photo Creative Commons by micha cárdenas

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