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L’histoire de la plastie mammaire n’a jamais été un long fleuve tranquille (partie 1) : les débuts de l’augmentation mammaire

Depuis l’antiquité les artistes ont toujours représenté les nus féminins avec de petits seins. Même les voluptueuses femmes de Rubens n’avaient que de petites poitrines, et les premières visions cinématographiques de seins féminins oubliées de la censure ne laissaient voir que de petits seins. Les choses commencent à changer au cours de la seconde guerre mondiale où les GIs, loin du pays lisent des bandes dessinées où les héroïnes ont de très fortes poitrines. Les pin-up deviennent alors un modèle et les gros seins un symbole sexuel largement exploité par Hollywood. Trois périodes jalonnent l’histoire de l’augmentation mammaire, avant 1945, entre 1945 et 1962, et enfin depuis 1962. Vous allez pouvoir constater que les femmes ont payer un lourd tribut à la science de la prothèse mammaire.

Avant 1945, peu de femmes font des demandes d’augmentations mammaires et les résultats sont catastrophiques. En 1900, un allemand, Gersuny puis en 1911, un américain, Kolle, recommande des injections de paraffine, une pratique qui si elle disparue rapidement en Europe et aux Etats-Unis, se poursuivie longtemps en Amérique du Sud et en Asie. L’injection de paraffine avait des conséquences locales, nodules, placards, nécroses et des conséquences à distance lorsqu’elle migrait à travers les vaisseaux provoquant des embolies pulmonaires ou des accidents vasculaires cérébraux.

D’autres préconisent alors l’injection ou la transplantation de graisse de l’abdomen mais peu de cas ont véritablement été publiés. Quelques essais d’implants d’ivoire, de celluloïd ou de verre ont été rapportés.

1945-1962 : les véritables débuts de l’augmentation mammaire

Plusieurs chirurgiens, craignant les corps étrangers poursuivent les premières tentatives de transplantations de lambeaux cutanés et graisseux prélevés sur l’abdomen ou les fesses. L’opération est longue, l’asepsie hésitante, les cicatrices importantes, et au final la graisse se transforme en tissu graisseux. Les échecs de la techniques conduisent les chirurgiens à tenter des autoplasties graisseuses, musculaires ou de glandes mammaires. Nouveaux échecs. Une dernière technique d’introduction de peau déséperdimisée échoue également.

Les chirurgiens se détournent alors des tissus biologiques et définissent les règles à remplir pour qu’un matériaux externe puisse être implanté : qu’il ne provoque pas de modification physique des parties molles, qu’il soit chimiquement inerte, qu’il n’entraine pas de réactions inflammatoire, ni allergie ou hypersensibilité, qu’il résiste aux contraintes mécaniques, puisse être fabriqué selon la forme désirée et enfin soit stérilisable.  Toutes ces conditions sont remplies par un nouveau produit développé avant la guerre, le silicone. Le silicone est fabriqué à partir de silice.

Les premières utilisations pratiques du silicone sont pour des isolants électriques, puis des lubrifiants pour avions et des peintures résistantes aux hautes températures. Après la guerre des applications médicales apparaissent : des tubes de silicone sont utilisés pour remplacer une urètre, ou drainer des hydrocéphalies. Puis suivent des drains, des cathéters, des enveloppes de pacemakers. En 1946, au Japon, Sakurai injecte du silicone associé à de l’huile animale pour entrainer une fibrose locale réactionelle en arrière du sein. Aucune expérimentation préalable n’est réalisée. La méthode est abandonnée devant les complications parfois mortelles qu’elle entraine sauf au Japon où des patientes continuèrent à en subir les conséquences dramatiques.

Entre 1950 et 1960, apparaissent les premières prothèses mammaires. Pangman est considéré comme le premier chirurgien à avoir conçu une prothèse en matière plastique l’Ivalon. La prothèse a la structure d’une éponge qui a l’inconvénient de se remplir de tissu fibreux et de durcir le sein. Pangman et Wallace mettent alors un sac de polyuréthane autour de la prothèse et déposent le premier brevet d’une prothèse mammaire en 1958. Ils font état de 400 cas. Mais le procédé est vite interrompu devant l’accumulation de fluides entre les deux parties de la prothèse, les infections et les fistules. Suivirent le Polystan, des bandelettes placées à la main dans une enveloppe puis l’Etheron issu du polyméthane. Mais en 1963 sont présentées les premières prothèses en silicone qui allaient supplanter toutes ces techniques. A suivre.

La suite : “L’histoire de la plastie mammaire n’a jamais été un long fleuve tranquille (partie 2) :  Les prothèses mammaires se démocratisent”

Source

L’histoire de l’augmentation mammaire
J Glicenstein
Annales de chirurgie plastique esthétique 50 (2005) 337-349

Petite histoire de l’augmentation mammaire
Muriel Perrault de Jotemps
La Lettre du sénologue 2000

Normes régissant les implants mammaires
D Gangloff, JC Ghislain, JL Grolleau, JP Chavoin
Annales de chirurgie plastique esthétique 50 (2005) 408-421

Le marché des prothèses mammaires en France
F Petit
Annales de chirurgie plastique esthétique 50 (2005) 685-693

Crédit Photo Newspaper of the India-China Division Air Transport Command  United States Army Air Force China-Burma-India Theater of World War II

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