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L’histoire de la plastie mammaire n’a jamais été un long fleuve tranquille (partie 2) : les prothèses se démocratisent

Suite de l’article “L’histoire de la plastie mammaire n’a jamais été un long fleuve tranquille (partie 1) :  les débuts de l’augmentation mammaire”

1962-2011 : les prothèses se démocratisent

C’est en salle d’opération que Cronin, en regardant une poche de sang en plastique, a l’idée d’un sac en élastomère de silicone rempli de silicone fluide. Après des essais chez le chien, Madame Timmie Jean Lindsay est la première femme à porter des prothèses en silicone. Le résultat est présenté en 1963 à un congrès médical à Washington et 10 ans plus tard, le résultat reste excellent. Pour éviter le déplacement des prothèses, Cronin avait placé à l’arrière de la prothèse une pastille de dacron pour faciliter l’adhérence. En France, sont utilisées des sacs de silicone dans lesquels sont injectés du silicone après la pose

En 1965, en France, Arion met au point une prothèse en élastomère de silicone, qui est introduite vide, qui est emplit ensuite d’un liquide, le dextran. Mais le système reste mal achevé ; le tuyau d’introduction du liquide est fermé par un fil et un bouchon et les fuites sont fréquentes. Aux Etats-Unis, d’autres chirurgiens reprennent l’idée,  mais font poser une valve sur le tuyau évitant les fuites et remplacent le dextran par du sérum physiologique.

En 1970, nombreux sont les chirurgiens à utiliser les prothèse de Cronin. Toutefois, rapidement, les inconvénients apparaissent : il faut créer une large cicatrice pour introduire la prothèse, le dacron provoque une réaction inflammatoire et le développement dune fibrose, la prothèse se colle à la paroi thoracique. Suivent d’autres complications, séromes, hématomes, infections, malposition, formation d’une capsule fibreuse autour de l’implant. Les premières pose d’implants en derrière du muscle pectoral sont réalisées.

En 1970, un questionnaire envoyé à 265 chirurgiens permet de faire un premier bilan des complications de la pose de 10 941 prothèses dont 2/3 en silicone: on parle alors d’infections, de séromes, d’expulsion de la prothèse mais aussi d’un risque faible de cancer. On parle très peu de durcissement du sein lié à la formation d’une capsule fibreuse autour de la prothèse. Mais à partir de 1972 de nombreuse publications l’évoquent et tentent d’en préciser la fréquence. On arrive finalement à évaluer le risque à près de 50%. Une classification des coques ou capsules est même éditée en fonction du durcissement induit du sein.

Alors que de nombreux auteurs proposent de multiples interventions pour réduire ces coques, c’est la technique de l’écrasement qui va connaitre un succès considérable suite au récit d’une patiente qui, serrée très fort par un joueur de football américain, put constater que ses prothèses étaient redevenues souples. Mais cet écrasement, ou squezzing selon les anglo-saxons, portait sont lot de complications : rupture de prothèse, migration du gel de silicone dans les aisselles, hémorragies. Finalement, à la fin des années 1970, la formation de coques est considérée comme un phénomène normal après prose de prothèse.

En parralèle de la prothèse de Cronin, le développement des prothèses gonflables permirent de réduire la taille de l’incision et en 1978 Pitanguy préconise la voie trans-alvéoliare, une découpe autour du téton qui restera presque invisible après la pose. Et pour réduire le risque de coques ont recommande la pose de la prothèse en rétro-pectoral, derrière le muscle.

Malgré les effets secondaires qui restent importants, le nombre de femmes désireuses de se faire poser des prothèses ne cesse de croitre. En 1982, en France, on compte 9 sortes différentes de prothèses. La même année Freeman est le premier à penser que c’est le suintement du silicone à travers la paroi qui provoque la formation d’une coque. Les industriels réagissent et recouvrent la prothèse d’une couche de polyuréthane. Une série de 1988 ne retrouve, sur 1510 prothèses, que 7,4% de coques. Aurait-on trouvé la solution miracle? Non, car le polyuréthane se révèle, après utilisation, source de complications graves : rash, infections, inclusion de morceaux de polyuréthane dans la paroi thoracique. On décide à postériori de l’étudier. Effectivement, il produit une réaction à corps étrangers. Les fabriquants proposent alors une nouvelle paroi texturée autour des prothèses remplies de silicone. Les résultats sont meilleurs. Les problèmes semblent réglés, enfin. Pourtant, en 1990 éclate la controverse sur le silicone qui allait faire interdire l’utilisation de toutes les prothèses remplies de silicone.
A suivre
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Suite et fin de l’article  : “L’histoire de la plastie mammaire n’a jamais été un long fleuve tranquille (partie 3) : le procès du silicone”

Source

L’histoire de l’augmentation mammaire
J Glicenstein
Annales de chirurgie plastique esthétique 50 (2005) 337-349

Petite histoire de l’augmentation mammaire
Muriel Perrault de Jotemps
La Lettre du sénologue 2000

Normes régissant les implants mammaires
D Gangloff, JC Ghislain, JL Grolleau, JP Chavoin
Annales de chirurgie plastique esthétique 50 (2005) 408-421

Le marché des prothèses mammaires en France
F Petit
Annales de chirurgie plastique esthétique 50 (2005) 685-693

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