samedi 1 octobre 2016

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La consommation de benzodiazépines diminue en France

L’Afssaps publie un rapport d’une cinquantaine de pages sur la prescription en France des Benzodiazépines, un rapport attendu depuis la polémique lancée récemment par une revue française, “Science & Avenir” (lire article Docbuzz).

Les benzodiazépines (BZP) sont des molécules qui agissent sur le système nerveux central et qui possèdent des propriétés anxiolytiques, hypnotiques, myorelaxantes ou anticonvulsivantes, en fonction de leur structure chimique. Les médecins les prescrivent donc en fonction de leurs propriétés pharmacologiques, dans l’anxiété, les troubles du sommeil, les contractures musculaires douloureuses,les épilepsies parfois en sevrage d’un alcoolisme. En France, 22 benzodiazépines sont commercialisés.

Les BZP à action anxiolytiques sont l’alprazolam (Xanax), le bromazépam (Lexomil), le lorazépam (Temesta), le clorazépate (Tranxène) ou le diazépam (Valium). Les BZP pour les troubles su sommeil sont le flunitrazépam (Rohypnol), le loprazolam (Havlane) ou encore le lormétazépam (Noctamide). Les hypnotiques zolpidem (Stilnox) et zopiclone (Imovane) sont apparentés aux benzodiazépines. Dans les contractures musculaires, on préfèrera une BZP myorelaxante comme le tétrazépam et une BZP anti-épileptique, le clonazépam (Rivotril), dans le traitement de l’épilepsie.

Les BZP les plus vendues sont celles traitant l’anxiété (50%) et les troubles du sommeil  (37,6%); viennent ensuite les prescriptions de BZP myorelaxantes (7,3%) et antiépileptiques (4,8%). Alors qu’elles représentent 3,4% du nombre totale de boites vendues en pharmacie, elle ne totalisent que 0,7% du chiffre d’affaire (183 millions d’euros), la plupart étant des génériques coutant entre 1 et 4 euros la boite.

Première donnée importante du rapport, depuis 2002, la consommation des benzodiazépines anxiolytiques a diminué mais avec un nombre de consommateurs constant, suggérant une diminution de la consommation individuelle. 60% sont consommées par des femmes.

Par ailleurs, 62 % des personnes ayant une prescription de benzodiazépine ne la renouvelle jamais. Le temps de traitement médian est de 7 mois pour une benzodiazépine anxiolytique ou hypnotique ou apparentée, de 4 mois pour le clonazépam et 2 mois pour le tétrazépam. seulement 18 % des patients ont une posologie journalière qui est supérieure à celle recommandée par l’AMM.

Toutefois, certains patients les consomment au fil du temps. Les benzodiazépine sont parfois associées à un antidépresseur (21%) ou encore souvent à une autre benzodiazépine (21%). 24% des patients traités par BZP ont une ALD 30, du fait d’un cancer, d’un diabète ou d’une pathologie psychiatrique associée.

Quels sont les risques identifiés par L’Afssaps de la consommation de benzodiazépines ?

Ces médicaments actifs sur le cerveau ont des effets secondaires cérébraux, plus ou moins étendus : ils peuvent entrainer une perte de la mémoire des faits récents,  une altération de l’état de conscience, des troubles du comportement. On peut aussi ressentir une aggravation de l’insomnie, des cauchemars, une agitation, une nervosité, des idées délirantes, des hallucinations, un état confuso-onirique, ou encore des symptômes de type psychotique (pour la liste complète des effets se reporter à la fiche signalétique de chacune). La prescription de BZP est de préférence courte du fait de la survenue d’un phénomène de tolérance : le médicament n’est plus efficace à la dose initiale, et de dépendance avec création d’un état de dépendance physique et/ou psychique pouvant causer un syndrome de sevrage à l’arrêt

Chez le sujet âgé en particulier, on prendra garde au risque de chute pouvant entrainer des fractures. Récemment, une revue de vulgarisation scientifique « Science & Avenir » avait créé une polémique en affirmant présenter des preuves d’un lien entre la prise de benzodiazépines et la survenue d’une maladie d’Alzheimer. Les résultats présentés par la revue commerciale n’étaient pas scientifiquement convainquant et s’appuyait sur une étude réalisée par le Pr Bégaut non publiée. La publication devait être faite avant la fin de l’année 2011. A ce jour elle n’a toujours pas eu lieu. (cf articule Docbuzz). Si l’Afssaps dit examiner actuellement ce lien à partir de 10 études publiées, le rapport note que « le sujet a fait l’objet d’une médiatisation importante lors de la parution récente d’un article mettant en avant les résultats d’une étude qui établirait un lien entre benzodiazépine et démence. Suite à cette médiatisation, l’équipe ayant mis en place cette étude a communiqué à l’Afssaps une note faisant le point sur ces travaux dont elle a précisé que les résultats n’étaient pas définitifs ».

La prise de BZP doit être précuasionneuse en cas de conduite et sur les lieux de travail. Les BZP peuvent faire l’objet d’une détournement d’usage, que ce soit en liaison à une toxicomanie, à une utilisation pour soumission chimique, ou le risque de prescription hors-AMM.

Légalement, la prescription d’un BZP anxiolytique ne saurait dépasser 12 semaines et 4 semaines pour une BZP hypnotique. Certaines dont l’utilisation était détournée pour un usage toxicomaniaque, des ordonnances spéciales sont dorénavant nécessaires.

L’Afssaps souhaite renforcer l’encadrement de la prescription de ces médicaments : les pistes évoquées sont l’utilisation d’ordonnances sécurisée, la réduction de la taille des boite, et communiquer  auprès du grand public pour lui expliquer que les benzodiazépines “ne sont pas des médicaments anodins”.

On imagine la portée de la réflexion. Mais rassurons-nous, l’Afssaps organisera en 2012 “une réunion scientifique visant à débattre des mesures les plus adaptées pour limiter les risques liés à la consommation de benzodiazépines et à proposer des études permettant d’étudier et prendre et compte le risque potentiel de démence, dont la maladie d’Alzheimer”. C’est dit, et ce sera donc pour 2012, peut-être…Bref, voici un beau rapport de l’Afssaps de 50 pages qui n’apporte rien de bien neuf, sinon que la consommation des BZP est en baisse depuis 10 ans. L’Afssaps change….

Source

ETAT DES LIEUX DE LA CONSOMMATION DES BENZODIAZEPINES EN FRANCE
Rapport d ’expertise, AFSAPPS, Janvier 2012

Crédit Photo Creative Commons by Alaina Abplanalp Photography

 

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