lundi 26 septembre 2016

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Les antidépresseurs multiplient les risques de chutes chez les patients atteints de démence

Les chutes sont un problème majeur chez les sujets âgés, en particulier en institution où un tiers des chutes entrainent une fracture. Les patients déments sont particulièrement à risque. Chacun d’eux chute en moyenne deux fois par an.

Certains médicaments peuvent contribuer à accroître ce risque de chutes, en particulier les traitements à visée cérébrale. Pourtant, ce risque n’a encore jamais été évalué pour les antidépresseurs avec lesquels sont traités de très nombreux patients déments en institution. Ces antidépresseurs sont très souvent des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine. Les auteurs de cette étude, appartenant à la prestigieuse université Erasmus de Rotterdam, aux Pays-Bas, ont donc souhaité évaluer un effet dose de ces médicaments antidépresseurs sur le risque de chute de ces patients particulièrement fragiles.

Ils ont enregistré, au sein de 248 institutions pour personnes âgées, les médicaments consommés et le nombre de chutes avec leurs conséquences. Au total 248 personnes, atteint de démence, ont été suivies en moyenne pendant 350 jours, apportant des données sur 85 074 patients-jour. L’âge moyen des patients était de 82 ans.

152 patients (61,5%) ont subi 683 chutes en 350 jours, soit environ 3 chutes par personne et par an. 38 patients sont tombés une seule fois au cours de l’étude et 46% sont tombés plusieurs fois. 32% des chutes (220 chutes) ont eu pour conséquence une blessure : 1,5% étaient des fractures du col du fémur, et 1% d’autres types de fractures. Les autres blessures étaient des blessures cutanées plus ou moins importantes.

Les antidépresseurs utilisés étaient le citalopram, la paroxétine, la sertraline, et la fluvoxamine. Quelques patients recevaient également un antidépresseur tricyclique (amitriptyline, nortriptyline). Les doses reçues d’antidépresseurs étaient mesurées en fonction de la Dose Définie Journalière (DDJ) pour un adulte, selon les données établies par l’OMS.  Par exemple, pour le citalopram, la DDJ est de 20 mg. Une prise de 10 mg était donc définie comme 0,5 DDJ.

Une corrélation significative est retrouvée par les scientifiques entre chute des patients et prise d’antidépresseurs, mais aussi entre chute et prise d’hypnotiques ou de sédatifs.`

Le risque de chutes augmente de 31% à 0,25 DDJ d’antidépresseur (inhibiteur de la recapture de sérotonine), de 73% à 0,5 DDJ et de 198% à 1 DDJ, et ce risque est encore accru si les patients se voyaient en plus administer un sédatif et/ou un hypnotique, en comparaison avec des patients ne prenant pas ces traitements.

Les médecins travaillant en institutions sont toujours inquiets du risque de chute des patients et doivent mettre en place un nouveau protocole thérapeutique qui prend en compte l’augmentation du risque de chutes des patients recevant un inhibiter de la recapture de la sérotonine. Car même à fable dose, le risque d’une chute sérieuse est augmentée chez le patient atteint d’une démence et ce risque triple lorsque l’antidépresseur est prescrit à 1 DDJ. Ces précautions doivent d’autant plus être prises que, selon les auteurs, il n’y a que de faibles preuves pour penser que les antidépresseurs soient efficaces pour traiter une dépression chez le patient atteint de démence

Source

Dose-response relationship between Selective Serotonin Reuptake Inhibitors and Injurious Falls: A study in Nursing Home Residents with Dementia
Carolyn S. Sterke, Gijsbertus Ziere, Ed F. van Beeck, Caspar W. N. Looman, Tischa J. M. van der Cammen
British Journal of Clinical Pharmacology 2012

Crédit Photo Creative Commons by brutusfly

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