lundi 26 septembre 2016

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Jean Calas, Alfred Dreyfus, Jean Claude Mas et les autres…

Le journalisme français est à l’agonie. Certaines rédactions ont déjà fermé et les sondages récents montrent le fossé de plus en plus grand constaté entre la presse et ses anciens lecteurs. Comment peut-on expliquer cette perte d’influence d’une presse française autrefois lue aux quatre coins du monde? Désertification des rédactions, vassalisation à la puissance publique en échange de subventions salvatrices, perte de style et de plume, conflits d’intérêts multiples, mariages consanguins? Si les grands noms du journalisme se sont fabriqués au contact des événements, les actuels petits noms du journalisme ne semblent dorénavant plus quitter leur fauteuil Ikea et leur Mac portable se contentant d’utiliser au mieux l’art de la synthèse apprise sur les banc de l’école (de journalisme) ou au pire celui du copier-coller également appris sur les bancs de l’école de journalisme. L’Express, parmi d’autres, nous livre cette semaine un nouvel exemple des talents négativés du journalisme.  Après avoir contribué, avec d’autres, à répandre les assertions d’une associations voulant absolument lier prothèses mammaires à la survenue de cancer du sein, ces journalistes ont fini d’affoler les femmes porteuses de prothèses PIP en amplifiant l’existence d’un risque grave, certes affirmé par un ministre, mais qui reste scientifiquement encore à démontrer. Les « risques » de la grippe H1N1 n’étaient-ils pas eux aussi répandus par un ministre et des journalistes?

Que pourrait-on encore rajouter sur l’affaire PIP après les milliers d’articles qu’on réussi à écrire nos brillants littéraires du clavier sur un événement qui peut être résumé en deux lignes ? En plus de verser dans le voyeurisme sanitaire ou le cas particulièrement dramatique, pauvre d’enseignement mais riche d’émotions et de vente de feuille de choux, il reste encore une option, salir l’homme. Nul besoin d’attendre un procès pour cela, la présomption d’innocence est une invention des corbeaux de prétoire. Se fabriquer une bonne tête de turc immonde fait vendre, le méchant et ses frasques; si en plus son âme est laide, voilà un papier.

La technique journalistique est simple, il faut rendre l’homme détestable. Cette même technique est utilisée depuis que l’homme a commencer à vouloir nuire à l’homme, ou peut-être depuis que l’on a voulu convaincre le peuple de l’existence d’une justice, justice qu’il serait lui-même capable de rendre, pouvant ainsi soulager sa misère et sa souffrance en haranguant le condamné détestable et détesté en place publique avant que sa tête roule ne roule sous les coups du bourreau. Plus besoin de justice, plus besoin de bourreau. La presse est là. Calas ou Dreyfus peuvent en témoigner.

La pratique a toujours cours dans la presse « libre » de France, les oreilles décollées et les nez crochus ont fait place à d’autres caractéristiques physiques et psychologiques tout aussi sournoisement ajustées et détestablement argumentées. Celui dont on parle a berné les professionnels, les consommateurs et les agences de santé en utilisant un gel non médical. Autre chose ? Pour l’instant non, il n’est d’ailleurs même pas mis en examen. Mais alors que les journaux parlent depuis des semaines de « scandale sanitaire », qui d’autres qu’un personnage détestable peut en être à l’origine? La presse est (re)devenue le cirque Romain de la mise à mort. Qui pourriez-vous le plus détester ? Un escroc, un mégalo, un opportuniste, un beau parleur, autoritaire, sans compassion, aviné, sale et séducteur? Pour l’Express, sous le clavier gras de deux de ses journalistes, Jean Claude Mas est tout à la fois.

Ecrivant à 4 mains, ces journalistes de l’Express dépeignent un « gringalet » qui aurait pris sa revanche par tromperie, « un professeur Nimbus » ayant acquis une « stature d’ escroc mégalomane », un « opportuniste à l’égo démesuré ». Son œuvre ne serait que la revanche d’une « gonzesse », « souvent rudoyé par les bandes », de son quartier. « Séducteur et beau parleur », ce personnage médiocre ne serait même pas à l’origine de sa réussite, « il est déjà quadragénaire lorsque la chance lui sourit ». Cet homme est aussi bien pire que cela, il est un « autoritaire, qui ne souffre pas la contradiction », mais aussi un homme « aviné», « souvent, il sentait l’alcool » et par dessus tout mange salement, «on pouvait deviner le menu du restaurant rien qu’en regardant sa chemise ».

Voilà le travail de deux journalistes. Haïssez-vous assez Mas? Ce bon à rien qui réussit à monter une entreprise  et vendit des prothèses mammaires dans 65 pays à travers le monde, conquérant les marchés les plus attrayants de la planète pour l’ensemble de ses produits pendant 20 années. Si une telle réussite est à la portée d’un personnage aussi vulgaire, vil, et opportuniste que le décrivent ces deux brillantes journalistes qui lanceront certainement bientôt leur propre journal et conquerront le monde de l’information,  alors il y a fort à parier que la France est économiquement sortie d’affaire. Ou le personnage serait-il plus complexe? Laissons la justice, la vraie en juger.

Source

Jean Claude Mas, homme d’affaire pipées
Estelle Saget, Anne Vidalie
L’Express n°3159 (en kiosque)

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