samedi 1 octobre 2016

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Les PFCs contenus dans les emballages alimentaires réduisent l’efficacité des vaccins chez les enfants

Les produits chimiques retrouvés dans ustensiles de cuisine, les emballages de fast-food, les contenant alimentaires pour micro-onde, altèrent le système immunitaire des enfants et réduisent en conséquence l’efficacité des vaccins démontre une étude publiée dans la grande revue américaine JAMA par le Dr Philippe Grandjean, de la Harvard School of Public Health de Boston.

Les produits chimiques incriminés sont les PFCs, les composés perfluorés, qui sont des produits chimiques synthétiques. Il s’agit par exemple, du perfluorooctane sulfonate (PFOS), du perfluorooctanoate (PFOA et du perfluorooctane sulfonamide (PFOSA). Les PFCs sont utilisés dans une vaste gamme de produits industriels et de produits de consommation courante tels que les adhésifs, les cosmétiques, les produits de nettoyage, les mousses extinctrices et les contenants alimentaires pour leurs propriétés hydrophobes, oléophobes et antitaches. Jusqu’alors, la position des agences sanitaires vis-à-vis des contaminations humaines par les PFCs se voulait rassurante : par exemple, pour Santé Canada, “on ne s’attend pas à ce que l’exposition aux PFC par la voie alimentaire constitue un risque important pour la santé humaine“. Pourtant selon une étude menée aux Etats-Unis en 2011, 6 emballages sur 10 contiennent des PFCs.

C’est pourquoi les résultats de cette nouvelle étude sont importants car non seulement ils remettent en cause (une fois de plus), le déni des autorités vis-à-vis de l’impact des produits chimiques contaminant les aliments, mais encore caractérisent, pour une ingestion de ces composés qui reste mineur à la vue des concentrations retrouvées, un impact négatif direct sur la protection vaccinale chez le petit enfant.

Les composés perfluorés sont connus pour contaminer la chaine alimentaire. Ils contaminent ensuite les humains par l’alimentation ou la consommation d’eau. Plusieurs études ont montré leurs effets de suppression de l’immunité chez l’animal mais leurs effets contraires sur la santé sont encore méconnus.

L’étude a inclus 587 enfants nés entre 1999 et 2001 au Danemark. Ils ont été suivis jusqu’en 2008. Ces enfants consommaient une alimentation assez riche en produits de la mer souvent contaminés par les PFCs. Pendant l’étude, les scientifiques ont mesuré l’exposition des enfants en prélevant des échantillons de sang de leur mère pendant la grossesse puis lorsqu’ils avaient atteint l’âge de 5 ans et de 7 ans. L’étude était sponsorisée par le NIH américain et l’agence danoise de protection de l’environnement. Les taux de PFCs retrouvés chez les petits enfants danois étaient inférieurs aux taux retrouvés par plusieurs études chez des enfants du même âge aux Etats-Unis. Les scientifiques ont évalué la corrélation entre contamination des enfants par les PFCs et l’immunité acquise vis-à-vis de deux vaccins essentiels de l’enfance, le tétanos et la diphtérie.

Les plus forts faux de PFCs retrouvés impliquaient  le perfluorooctane sulfonate (PFOS),et le perfluorooctanoate (PFOA).  Par rapport à la contamination mesurée au cours de la grossesse, le PFOS montrait la corrélation la plus forte avec la destruction de l’immunité des enfants à l’âge de 5 ans : pour un doublement des concentrations de PFOS entre ces deux dates, l’immunité des enfants obtenue par la vaccination antidiphtérique, mesurée par la concentration des anticorps dans le sang, était réduite de -39%.

Lorsque des PFCs sont retrouvés chez les enfants de 5 ans, cela caractérise uniformément une réduction de la protection immunitaire de ces enfants à l’âge de 7 ans. Globalement, les scientifiques ont déterminé qu’un doublement des taux de PFCs s’associe à une baisse de -49% des anticorps. Un doublement des taux de PFOS et de PFOA à l’âge de 5 ans s’associe avec un risque multiplié par 2,38 pour le tétanos et par 4, 2 pour la diphtérie, que les enfants à 7 ans ne soient plus protégés, contre ces maladies potentiellement mortelles ou gravement handicapantes (les anticorps sont en dessous du niveau protecteur).

Ainsi, cette étude démontre que les produits chimiques très utilisés dans les ustensiles courants et même dans les emballages alimentaires contaminent les enfants dès leur plus jeune âge, entrainant potentiellement une inefficacité des vaccins actuellement recommandés. “La vaccination systématique des enfants est un pilier de la prévention des maladies modernes. L’impact négatif des PFCs sur la vaccination des enfants devrait être considérée comme une menace potentielle pour la santé publique», conclut le Dr Grandjean.

 Source

Serum Vaccine Antibody Concentrations in Children Exposed to Perfluorinated Compounds

Philippe Grandjean, Elisabeth Wreford Andersen, Esben Budtz-Jørgensen, Flemming Nielsen, Kåre Mølbak, Pal Weihe, Carsten Heilmann
JAMA.2012;307(4):391-397.

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