jeudi 29 septembre 2016

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Paris : Les conducteurs de deux roues inconscients des risques d’accidents

Les deux roues sont de plus en plus répandus à Paris, surtout les deux roues motorisées, les scooters en particulier. Une étude a été réalisée par la ville de Paris pour mieux comprendre les situations à risque de créer un accident impliquant un deux roue et une seconde étude a analysé les rapports de Police témoignant d’accidents impliquant un deux roues motorisée. L’idée était de comparer la perception d’une situation à risque avec les situations réellement à risque.

Dans la sémantique de l’accidentologie française, un  individu faiblement touché est une personne hospitalisée moins de 24 heures après un accident et un décès est une personne qui meurt dans les 30 jours après un accident de la route.

Les conducteurs de deux roues motorisées constituent, avec les piétons, les populations de la route les plus à risque en milieu urbain et en particulier à Paris où la circulation des deux roues motorisés à augmenté de 64% depuis 1997. 8% du trafic de la grande couronne et 17% du trafic de Paris intra-muros sont lié aux deux roues motorisés. En 2009, dans Paris, 62,7% des accidents impliquaient un deux roues motorisées (seulement 50% en 2000). Pourtant depuis 2000, si le nombre total d’accidents s’est réduit dans la capitale de -21,5%, avec 7142 accidents, dans le même temps, celui des deux roues motorisées n’a diminué que de -5,4%. En plus, le nombre de conducteurs de ces deux roues tués dans un accident a lui augmenté de 19,5%. Moins d’accidents certes, mais beaucoup plus souvent mortels.
En 2009, 361 conducteurs de deux roues motorisées ont été tués dans un accident. Toutes les autres catégories d’usagers de la route ont connu une baisse du nombre de tués, y compris les piétons.

Tout d’abord, les auteurs de l’étude ont analysé ce qui, pour les conducteurs était ressenti comme à risque de créer un accident. Plusieurs situations dangereuses sont identifiées par les conducteurs de deux roues comme comportant un risque d’accident ; Les autres usagers changent de voie (20%), les dérapages (13%),  l’absence de clignotant (13%), le comportement des autres usagers (10%), les changement de direction (9,5%), les traversée de piétons (7,5%), puis viennent la vitesse, le fait de téléphoner en conduisant, le freinage soudain, l’ouverture de porte de voiture…

Tous les conducteurs de deux roues (110 interviews) font part de leur anxiété en conduisant : mais pour eux, la première source d’anxiété, ce sont les comportements des autres, le changement de ligne des automobilistes, la survenue d’un accident, le comportement des autres 2 roues et une traversée de piétons (le risque piétons arrive loin).

Les auteurs de cette étude ont ensuite comparé ce ressenti et cette anxiété des conducteurs de deux roues motorisées avec la réalité des accidents à travers l’analyse de 1356 rapports d’accidents survenus dans Paris. Environ 4005 accidents impliquant un deux roues motorisées surviennent dans Paris chaque année, soit onze accidents par jours avec un décès quotidien de conducteur. 23,5% de ces accidents (316) impliquaient aussi un piéton, soit qui traversait en dehors des passages cloutés (8,7%), soit qui traversait sur un passage clouté mais lorsque le feu était vert (8%) ou à un endroit non équipé de feu (3,6%), ou encore qui traversait sur un passage clouté et quand le feu était rouge (2,9%). Les accidents entre deux roues motorisées et piétons sont donc fréquents. Ils surviennent le plus souvent au milieu du trafic, avec un piéton qui marche vite ou cours au milieu des voitures et des deux roues, ou encore souvent sur la voie de bus. Dans 21% des cas, le piéton ne fait ni attention au trafic ni aux feux, il est souvent dans ce cas au téléphone.

Les autres types d’accidents impliquent un deux roues motorisées et un autre véhicule : 1033 de ces accidents surviennent chaque années dans Paris : Dans 21% des cas , un véhicule tourne à gauche, emportant le conducteur de deux roues, dans 12 ,9% des cas, le conducteur chute au sol sans avoir été touché par quiconque, dans 12,5% des cas, c’est un véhicule en tournant à droite qui emmène avec lui le conducteur de deux roues, dans 7% des cas un refus de priorité à droite, ou une erreur de changement de ligne (6,9%), un non respect de feu rouge, un U-turn qui se termine mal, un véhicule en projetant un autre en avant et percutant le deux roues par l’arrière. L’accident le plus typique est le suivant : un véhicule, souvent une camionnette de livraison fait une manœuvre pour tourner à droite et heurte le deux roues qui arrive en face (53%).

Au total, les rapports de police démontrent que les conducteurs de deux roues sont impliqués surtout dans deux types d’accidents : un piétons traverse, souvent caché par le trafic intense, le conducteur de deux roues ne le voit pas ou n’a pas le temps de freiner, et le second, un véhicule ne voit pas le conducteur de deux roues et le percute en changeant de direction.

La comparaison des risques perçus et des risques objectifs diffèrent. Le dérapage est le risque perçu le plus élevé pour les conducteurs de deux roues (11,9%), alors que le risque objectif le plus élevé est le piéton (23,5%). le dérapage est cependant le second risque objectif d’accident le plus important. La perception d’un accident possible avec un piéton n’arrive qu’en quatrième position chez les conducteurs de 2 roues motorisées (7,8%).

Il apparaît donc que les conducteurs de deux roues motorisées n’ont pas réellement conscience des risques auxquels ils s’exposent dans Paris. La ville de Paris devrait donc plus communiquer sur ces risques et diffuser les recommandations indispensables pour réduire les accidents et la mortalité des conducteurs de deux roues qui représente, rien que pour Paris, 10% de la mortalité routière annuelle française. Ce serait par ailleurs l’occasion pour rappeler aux piétons les bonnes attitudes pour éviter un accident. Chaque année à Paris, près de 2000 piétons sont accidentés, or la majorité de ces accidents sont évitables.

Source

Powered two-wheelers road accidents and their risk perception in dense urban areas: Case of Paris
Marion Maestracci, François Prochasson, Aurélie Geffroy, Florian Peccoud
Accident Analysis and Prevention, Available online 8 June 2011

Crédit Photo Creative Commons by ciaoparis.fr

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