samedi 20 décembre 2014

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Newsletter

ChargementChargement


Le sucre, un poison pour l’homme ; le sucre, combien de morts?

Dans un commentaire publié par la grande revue scientifique américaine Nature, 3 scientifiques de renom Robert H. Lustig, Laura A. Schmidt, et Claire D. Brindis, appellent à un contrôle du sucre comparable à celui dont l’alcool fait l’objet, les conséquences du sucre en terme de santé publique étant au moins aussi délétères. Certes, si de prime abord, tout le monde consommant du sucre, cet appel peut apparaitre étonnant, personne, à parts l’industrie de sucre qui d’ailleurs n’a pas apprécié cet article, ne peut nier les ravages réalisés chaque jour par l’abondance du sucre dans notre alimentation.

Les pathologies chroniques telles que les maladies cardio-vasculaires, le diabète ou les cancers tuent 35 millions d’êtres humains chaque année. Ces pathologies ont diffusé à toutes les sociétés qui ont adopté un régime riche en produits industriels gras et sucrés, faisant exploser l’obésité et le diabète (un phénomène très bien identifié en Inde, au Brésil ou en Chine). Le monde compte dorénavant plus d’obèses que de malnutris. Mais l’obésité n’explique pas tout. 20% des obèses ont un métabolisme normal et vivront aussi vieux que n’importe qui. En revanche, 40% des personnes de poids normal développent un syndrome métabolique associant diabète, hypertension, problèmes lipidiques, maladies cardiovasculaires, et surcharge graisseuse du foie non lié à la consommation  d’alcool. Aujourd’hui, les Nations Unis recommandent que le tabac, l’alcool et l’alimentation constituent les facteurs de risque essentiel de la propagation des maladies chroniques. Pourtant seuls alcool et tabac sont aujourd’hui régulés dans le but de protéger la santé publique, laissant un des 3 coupables en liberté. Réguler l’alimentation est certes quelque chose d plus complexe car elle est indispensable à la vie. Alors, quel est au sein de nourriture occidentale celui qui porte la responsabilité essentielle?

Le sucre évidemment, et cela bien avant les graisses. En 50 ans, la consommation de sucres a triplée. Le sucre est une famille diverse qui comporte le glucose, le fructose, le saccharose. L’alcool a été régulée sur la base de 4 critères : large diffusion dans la société la rendant difficilement évitable, toxicité, abus potentiel, et impact négatif sur la société. Le sucre présente exactement les mêmes caractéristiques :
– Si pour nos ancêtres, et jusqu’à il y a peu de temps, le seul sucre disponible était présent dans les fruits mais seulement quelques mois dans l’année, ou dans le miel produit par les abeilles, aujourd’hui, le sucre est partout, présent tous les jours et à chaque repas, du petit déjeuner aux céréales trop riches en sucres, au diner. Certains humains consomme jusqu’à 600 calories de sucres chaque jour,
–  Le sucre ne fait pas qu’apporter des calories supplémentaires : sa consommation s’associe à l’ensemble des pathologies liées au syndrome métabolique, hypertension artérielle, triglycérides élevés, résistance à l’insuline, diabète. Par ailleurs il accélère le vieillissement en altérant les graisses, les protéines et l’ADN. En particulier le fructose a des effets sur le foie identiques à l’alcool, un phénomène logique puisque l’alcool est un produit de la fermentation du sucre.
– Il existe une addiction au sucre, qui encourage par une action cérébrale un excès et une poursuite des apports,
– Enfin, sa surconsommation et les conséquence du syndrome métabolique le mettent enfin sur un même plan que le tabagisme passif  ou que l’alcool en terme d’effets négatifs produits sur la société : Les Etats-Unis subissent  chaque année 65 milliards de dollars de perte de productivité et 150 milliard de soins médicaux uniquement pour les conséquences du syndrome métabolique. 65% des dépenses de santé sont le fait de pathologies impliquant le sucre.

Pourtant le sucre constitue un plaisir et les industriels du sucre vous diront qu’il s’agit d’un produit naturel. Mais comme pour l’alcool, le problème est dans l’excès d’apport, un excès qui créé la toxicité. Pour réguler l’alcool et le tabac, les gouvernements ont mis en place plusieurs types de mesures visant à en réduire la consommation : interdiction de vente aux mineurs, taxes, prix élevés, interdiction de consommation dans divers endroits. C’est la raison pour laquelle, les auteurs de cette tribune réclament la taxation du sucre et de tous les aliments industrialisés riches en sucres ajoutés. Cette taxation toucherait tous les boissons sucrées, sodas, jus de fruits, lait chocolaté, etc, et les céréales (voir article Docbuzz). Des études ont montré que pour que l’augmentation du prix, lié à un accroissement des taxes, réduise efficacement la consommation des boissons sucrées, leur prix devrait être doublé. Comme pour l’alcool, le contrôle de la densité de l’offre et des heures autorisées de ventes pourraient encore améliorer cette lutte contre la surconsommation de sucres. Les ventes de snacking pourraient être interdits dans les écoles et sur les lieux de travail, le nombre de fast-foods pourrait être mieux régulé en particulier à proximité des écoles, etc.

Les gouvernements ont une véritable action de santé publique à mener et il leur faudra tôt ou tard affronter les lobbys industriels : San Francisco a interdit les jouets dans les menus des fast-food visant les enfants, la publicité à la télévision pourrait être mieux régulée voire bannie, les programmes de nutrition destinés aux enfants et aux populations les plus pauvres pourraient éviter les aliments riches en sucres et les sodas, les industriels pourraient être contraint de réduire la quantité de sucres ajoutés dans leurs préparations. Aujourd’hui, dans les pays émergents, les sodas sont moins chères que l’eau potable ou le lait et les conséquences de leurs consommation sont déjà visibles : la Chine, le Brésil et l’Inde vivent une véritable explosion du nombre de diabètes et de maladies cardiovasculaires.
Le tabac a été banni des lieux publics après de longs combats, l’alcool au volant est de moins en moins toléré. Il est temps que l’attention des politiques se concentre sur le sucre.

Source

Public health: The toxic truth about sugar
Robert H. Lustig, Laura A. Schmidt, Claire D. Brindis
Nature 482, 27–29 (02 February 2012) Published online 01 February 2012

Crédit Photo Creative Commons by  istolethetv


Articles sur le même sujet