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Quand le journal le Figaro fait de la “Pub” pour les vaccins anti-HPV

Le 09 février 2012, le journal le Figaro a publié un article intitulé “Peut-on mieux prévenir le cancer du col de l’utérus” , article signé par le Pr Jean-Jacques Baldauf,  qui dirige le service de Gynécologie-Obstétrique de l’Hôpital de Hautepierre à Strasbourg.

Certaines questions ne manquent pas de se poser à la lecture de cette article. Tout d’abord, le lecteur, en ces temps troublés, aurait surement été intéressé par la déclarations publique de conflits d’intérêt du Pr Baldauf. Cette déclaration remplie par le Pr Baldauf stipule qu’il est investigateur principal d’une étude financée par Sanofi-Pasteur sur le Gardasil depuis 2008, étude qui s’achèvera, d’après sa déclaration en 2018, et qu’il a eu des activités de conseil auprès de la firme GSK, fabriquant du Cervarix, en 2009. Il note par ailleurs dans cette déclaration de conflit d’intérêt qu’il a participé en tant qu’intervenant au cours de congrès financés par Sanofi-Pasteur/MSD, GSK et Grünenthal.

Cela ne remet aucunement en cause la crédibilité scientifique du Pr Baldauf, les experts devant être sûrement des cliniciens proches des patients et des laboratoires pharmaceutiques, mais cette information aurait du être relayée dans l’article afin que le lecteur sache qui lui adressait ces conseils. On ne pourrait imaginer aujourd’hui, par exemple dans un journal américain sérieux, tel que le New York Times par exemple, un tel article sans une déclarations de conflits publiques d’intérêt, mais certainement que le Figaro n’a rien de comparable avec le New York Times.

Par ailleurs plusieurs affirmations présentes dans l’articles méritent réflexion. L’article prétend par exemple qu “il existe une vaccination prophylactique qui prévient efficacement l’infection à papillomavirus (HPV) et ses conséquences et évite ainsi 70% de ces cancers.”

Il existe donc deux vaccins disponibles, le Cervarix qui pourrait offrir, dans des conditions optimales, une protection contre deux types de virus HPV, HPV-16 et HPV-18, et le Gardasil, contre quatre types de virus HPV, HPV-16, HPV-18, HPV-6 et HPV-11. Les deux virus HPV-16 et HPV-18 sont des facteurs de risque reconnus de cancer du col utérin. HPV-6 et HPV-11 sont des facteurs de risque des  condylomes génitaux.

A ce jour, les études scientifiques ont démontré que ces vaccins étaient capables de réduire le risque de contamination par les virus HPV qu’ils ciblaient. Toutefois, l’article omet de mentionner que cette protection est loin d’atteindre 100% des personnes vaccinées. La Ligue contre le Cancer stipule bien sur son site internet “Si ces vaccins diminuent les risques de contamination, leur protection n’est pas absolue et ne dispense donc pas d’une surveillance gynécologique régulière”.

Par ailleurs, affirmer que se faire vacciner “évite 70% de ces cancers”, ce qui serait un résultat formidable, est aujourd’hui non prouvé scientifiquement. Cette assertion est fausse. Ce que retrouvent les études épidémiologiques, c’est que les virus HPV 16 et 18 pourraient être impliqués dans la survenue de 70% des cancers (au sein de certaines populations), pas qu’ils les préviennent, le raccourci est un peu rapide. A ce jour, nous attendons toujours une étude qui prouvera que des jeunes filles vaccinées à 14 ans et négatives pour les virus HPV 18 et HPV 16 au moment de leur vaccination, ont effectivement eu moins de cancer du col que des jeunes filles non vaccinées à 14 ans. Si l’hypothèse est intéressante, elle ne reste à ce jour qu’une hypothèse. De plus, personne ne peut affirmer aujourd’hui qu’une vaccination réalisée à 14 ans contre le HPV sera encore efficace après 20 ans. En effet, la durée d’effet des vaccins peut s’altérer avec le temps et à ce jour, l’effet d’une prévention d’une dysplasie cervicale n’a été rapportée que sur une durée de 4 ans pour le Gardasil et 6 ans pour le Cervarix. Or la majorité des cancers interviendront bien plus tard dans la vie des femmes. Les lectrices auraient pu apprécier cette information.

Il aurait été également pertinent de rassurer les lectrices de cet article en leur expliquant que ce n’est pas parce que l’on est contaminé par un HPV 16 ou un HPV 18 que l’on déclarera un cancer du col de l’utérus. Seulement une minorité de femmes souffriront heureusement d’un cancer du col.

L’article affirme par la suite,  que “Le vaccin en complément du dépistage prévient les cancers induits par HPV au niveau des autres organes (vagin, vulve, anus…) et réduit la pathologie précancéreuse cervicale et la morbidité liée à son traitement”.  Pourtant, à ce jour en France, ces pathologies sont absolument en dehors du cadre de l’autorisation de mise sur le marché des vaccins Cervarix et Gardasil. Certes, quelques études existent, menées au sein de populations ciblées très à risque, mais rien qui puisse permettre de prétendre que ces vaccins préviennent “les cancers de la vulve, de l’anus ou du vagin”.

A l’heure ou beaucoup doutent de l’intérêt des vaccins, quels qu’en soit les indications,  il est dommage de ne pas offrir au public adulte et capable de se forger une opinion, les véritables données scientifiques dont nous disposons, afin que librement, il décide oui ou non, en toute connaissance de cause de l’intérêt de se vacciner ou de vacciner ses enfants. A ce jour, le dépistage régulier des femmes est la meilleure recommandation sur laquelle il est nécessaire d’insister.

Source

Peut-on mieux prévenir le cancer du col de l’utérus ?
Jean-Jacques Baldauf
Le Figaro 09/02/2012 

Crédit Photo Creative Commons by venturout

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