dimanche 4 décembre 2016

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Une association à risque, amphétamine + antiépileptique, prochainement indiquée dans le traitement de l’obésité aux Etats-Unis

Une nouvelle pilule anti obésité pourrait prochainement être autorisée par la FDA, l’agence du médicament américain, après qu’elle l’ait rejetée l’année dernière pour des raisons de sécurité. Ce serait la première pilule pour maigrir à recevoir une autorisation de mise sur le marché en 13 ans aux Etats-Unis.

Ce médicament qui porte le nom de marque Qnexa, n’est pourtant pas une molécule innovante mais seulement l’association de deux médicaments déjà commercialisés. Cela explique que des milliers d’américains aient déjà reçu de leurs médecins des prescriptions séparées de ces deux médicaments, rappelant le choix difficile de médecins face à des patients prêt à tout pour perdre du poids, quitte à prendre un médicament hors indication, quitte même à l’acheter sur internet en se passant de médecin. L’association de ces deux drogues couperait la sensation de faim, accélérant la satiété.

L’inventeur du Qnexa est le Dr Thomas Najarian, un médecin qui a ouvert une clinique de l’obésité en 2001 en Californie, et a breveté l’association. Mais le médicament est développée par la société Vivus, qui en a racheté les droits de développement. Le médicament est l’association de la phentermine, une amphétamine ayant une indication aux Etats-Unis dans la prise en charge de l’obésité (non autorisée en France) mais uniquement en traitement bref (12 semaines), et du topiramate, un antiépileptique, également indiqué dans les migraines, donc largement détourné des ses indications lorsqu’il est prescrit dans l’obésité. Ce détournement semble exister également en France. L’objectif de Vivus a justement été, en réalisant des études cliniques, d’obtenir une indication dans la prise en charge de l’obésité et de légaliser l’utilisation conjointe de ces deux médicaments. Lors de la publication d’une étude dans le Lancet en 2011, la presse Française s’était faite l’écho de ces résultats (lire article Docbuzz), favorisant dans le même temps l’utilisation hors AMM du topiramate en France, une situation qui a nécessité une communication officielle de l’Afssaps sur les risques de l’utilisation hors AMM de l’antiépileptique dans la prise en charge de l’obésité : « Parmi ces effets indésirables on peut noter des risques au niveau rénal, oculaire ou métabolique. De plus, le topiramate diminuerait l’efficacité de la contraception oestro-progestative chez la femme. Il expose le fœtus à des malformations car il traverse la barrière placentaire. Ces effets peuvent être majorés chez des personnes pour lesquelles cette molécule n’est pas indiquée comme antiépileptique ou comme antimigraineux » (DDL topiramate – Afssaps).

Lors d’une première soumission, la FDA rejeta le Qnexa en évoquant justement des risques d’anomalies néonatales, et des problèmes cardiovasculaires. Pourtant, vendredi dernier, un panel d’experts a voté massivement un avis favorable à l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché pour Qnexa. Dans le même temps, la FDA publiait de nouveaux documents, intégrant une nouvelle analyse du médicament, qui indiquent qu’elle reste inquiète des risques cardiovasculaires et des anomalies néonatales qui pourraient survenir chez des femmes prenant le médicament lorsqu’elle devenaient enceintes. Les dernières études évaluant les effets du topiramate pendant la grossesse montrent qu’il multiplie par 2 à 5 les fentes labiales et palatines, un problème important sachant que la majorité des consommateurs des médicaments anti obésité sont des femmes en âge de procéder. Un second comité devra décider si une étude clinique supplémentaire, évaluant le risque de survenue d’accidents cardiaques, est nécessaire, une décision qui pourrait retarder de plusieurs années la mise en vente du médicament, sans pour autant faire cesser les prescriptions hors AMM.

Selon un document de Vivus mis en ligne sur le site de la FDA, dans les études publiées avec l’association fixe, le taux d’accidents cardiovasculaires et d’accidents vasculaires cérébraux reste inférieur avec le médicament en comparaison au placebo, même si la différence n’est pas significative. Cependant, les experts restent inquiets “en particulier dans la population à haut risque d’effets secondaires”, des conséquences liées à l’augmentation de la fréquence cardiaque provoquée par le médicament.

En effet, la société Vivus a réalisé plusieurs études dans le but de montrer l’intérêt du médicament dans la perte de poids, vantant dans l’une d’entre elles, réalisées chez 4,323 personnes, qu’à forte doses, une perte moyenne pouvant aller jusqu’à 10,6% du poids initial contre une perte de 1,7% sous placebo, était obtenue. Ces études avaient également pour objectif de montrer que le rapport bénéfices/risques du produit était favorable, les effets secondaires potentiels étant compensés par les bénéfices de la perte de poids. La FDA note cependant qu’au cours de la seconde année de prise du médicament, les patients reprennaient entre 10% et 20% du poids perdu au cours de la première.

Il est estimé que la nouvelle association, brevetée, pourrait, générer plusieurs centaines de millions de dollars. Toutefois les médecins américains pourraient continuer à prescrire les deux médicaments de manière séparée mais en dehors de leurs AMM, pour un prix plus faible, les deux étant génériques. L’action de la société Vivus a grimpée de 100%, passant de 10,55 dollars à 21 dollars.

La FDA rendra un avis définitif le 17 avril 2012. Elle ne devrait pas être autorisée en Europe. Cependant certains sites en font déjà la promotion.

Source

U.S. to Review Diet Treatment Once Rejected
Andrew Pollack 
NYT February 16, 2012

Side Effects of Diet Pill Still Concern Regulators
Andrew Pollack
NYT February 17, 2012

FDA advisors endorse weight-loss drug Qnexa

Shari Roan
Los Angeles Times February 23, 2012

Photo : page web de la société Vivus

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