dimanche 4 décembre 2016

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L’académie de médecine reconnait que “Le générique n’est pas la copie conforme de la spécialité princeps” et expose à différents risques

L’académie de médecine rend un rapport très circonspect sur les génériques, une prise de position tardive mais courageuse sur la réalité de ces produits ; des critiques qui auraient pu arriver plus tôt. 

Le générique n’est pas la copie conforme de la spécialité princeps  

L’académie rappelle d’abord, qu’avec une simple étude de bioéquivalence menée sur 12 à 36 volontaires sains, un générique peut obtenir une autorisation de mise sur le marché, l’étude se contentant de comparer quelques variables biologiques entre le médicament générique et le médicament princeps. Il faut savoir que, dans la réalité, ce type d’étude n’est jamais réalisée dans les pays destinataires du produit mais par des sociétés spécialisées, en Inde, ou en Jordanie qui finaliseront au mieux et pour peu d’argent, ces dossiers administratifs.

Mais être bioéquivalent, est-ce être aussi efficace ? Non, l’académie de médecine précise d’ailleurs que «cela implique que les concentrations plasmatiques d’un générique bioéquivalent ne devront pas être différentes de plus de 5 à 7% des concentrations obtenues avec le princeps ». En conséquence, écrit le rapport, « Le générique n’est pas la copie conforme de la spécialité princeps ».

Mais est-ce que 5 à 7% de variation de concentration avec un princeps modifie l’efficacité clinique ? Aucune étude n’est réclamée aux génériqueurs pour rassurer le prescripteur ou le patient.  En réalité personne ne sait et personne ne veut savoir, de peur que cela ne nuise à la prescription des génériques. Mais surtout, ces données de bioéquivalence comparent un princeps et un générique. Jamais deux génériques. Or dans la vie réelle, les pharmaciens ont le droit de passer d’un générique à un autre, une pratique ou personne ne sait plus quelle est la véritable concentration de principe actif réellement efficace reçue par un patient. C’est d’ailleurs ce que rappelle l’Académie de médecine en écrivant « la bioéquivalence entre produit référent et générique ne signifie pas qu’il y a automatiquement une équivalence thérapeutique, en particulier lors de la substitution d’un générique à un autre”. Est-ce le discourt qui a été jusqu’alors tenu aux patients ?

Une surveillance et des contrôles qui laissent à désirer

Des risques de modification de l’efficacité thérapeutique ont, en particulier, été rapportées avec des produits à marge thérapeutique étroite, c’est à dire des médicaments dont le bon équilibre est long et délicat, comme les antiépileptiques, les anticoagulants, les hormones thyroïdiennes, les antidiabétiques. Et si note l’Académie, les obligations de pharmacovigilance s’appliquent à tous les médicaments, aux princeps comme aux génériques, il faut cependant reconnaître que cette pharmacovigilance est le plus souvent opérée sous la dénomination commune des produits rendant difficile la mise en cause du générique ou du princeps.

Par ailleurs, le dogme des législateurs  stipulant que « les différente sels, esters, éthers, isomères mélanges d’isomères, complexes ou dérivés d’un principe actif sont considérés comme un même principe actif » est là encore un mensonge scientifique, la chimie et la pharmacie en ayant effectivement décidé autrement, comme le rappelle l’Académie : « en fait ces différentes formes pharmaceutiques sont loin d’être équivalentes et leurs propriétés doivent être précisées » (…) un changement d’excipient peut occasionner des réactions allergiques sévères” .

De plus l’Académie rappelle que selon la loi, la surveillance « se poursuit pour les produits autorisés avec un programme d’inspection sur les lieux de développement et de fabrication et un contrôle continu de la qualité du principe actif ». L’affaire PIP a montré au grand public que le principal mode de contrôle de l’agence du médicament était administratif, s’attachant principalement à contrôler que les bons papiers étaient remplis au bon endroit, une méthode malheureusement peu efficace pour détecter le fraudeurs. Il serait bon que l’Afsapps publie la liste des sites producteurs de génériques contrôlés in situ par ses inspecteurs. Il y a fort à parier que la plupart de sites indiens et chinois, principaux producteurs de génériques, n’ont jamais été inspectés. Même la FDA qui dispose de moyens bien plus conséquents que notre agence nationale a reconnu être inquiète de son incapacité à réaliser l’ensemble des contrôles et a demandé un renforcement en budget et en personnel. Avec les inspecteurs dont elle dispose à ce jour, la FDA estime à 9 années, le temps qu’il lui faudrait pour inspecter la totalité des sites de productions dans le monde. L’Académie de médecine cite le cas, d’une usine fabriquant un générique du Plavix (clopidogrel) en Inde, où suite à l’inspection des autorités Européennes (pas de l’Afssaps), il a été constaté des défauts de fabrication ayant nécessité l’arrêt de commercialisation du produit. L’histoire ne dit pas depuis combien de temps le produit était en vente, ni combien de patients ont reçu ce produit falsifié.

Certains génériqueurs contournent les règles de bonnes pratiques de production

La politique de générique et des prix bas a conduit à «la délocalisation massive de la production des principes actifs pharmaceutiques (…) vers l’Asie (Chine, Inde) ». Et même si cette délocalisation voulue par nos hommes politiques de droite comme de gauche, s’est faite dans des pays à faible coût de main d’oeuvre, « les règles de bonne pratiques dans la fabrication des médicaments génériques sont très couteuses et certains fabriquant n’hésitent pas à la contourner » note d’Académie. Quand on sait, qu’installée sur le sol national, la société  PIP a pu faire fi des règles de bonnes pratiques de production pendant 20 ans sans être inquiétée, on imagine comment ce contournement des règles est encore plus simple en Inde ou en Chine. Les risques inérant à ce risque de qualité médiocre des produits pharmaceutiques importés fait que l’Académie de Médecine réclame une application « formelle des dispositions réglementaires de contrôle de qualité »

Les génériques, un intérêt finalement pour qui?

L’objectif de la politique du générique était de provoquer une baisse du prix des médicaments et une baisse globale du coût de la santé. En 2008 en France, un médicament remboursé sur deux est un générique. Pourtant, la sécurité sociale n’a jamais connu un déficit aussi important. Pour l’Académie « cette recherche du moindre coût et les critiques des médicaments portés par les médias contribuent aux difficultés économiques des firmes pharmaceutiques (plan nationaux de licenciement, délocalisation des unités de production…). En plus, cette stratégie de vouloir une baisse toujours plus importante des prix, explique que, lorsque le bénéfice à produire ou à vendre en France n’est plus suffisant, les productions vont s’écouler dans d’autres pays, plus lucratifs, créant des pénuries de médicaments, pénuries auxquelles font régulièrement face les Etats-Unis, l’Angleterre, et bientôt la France?

Parti d’une idée que l’on peut qualifier de généreuse, rendre le médicament plus accessible, la réalité montre que la mise en place d’une théorie est chose délicate : la politique générique a entrainé une réduction du coût des médicaments qui est a peu près chiffrée, mais aussi, a eu des conséquences qui ne sont jamais chiffrées :

–     une délocalisation de la production des principes actifs,

– une dépendance maximale vis-à-vis de productions étrangères (perte d’indépendance pharmaceutique),

–       un risque de ruptures de stocks d’autant plus prononcé que les prix sont bas,

–       une diminution de la qualité des produits pharmaceutiques,

–    une exposition accu des patients les plus fragiles à des effets secondaires : allergie, manque d’efficacité lors d’un traitement au long cours (à vie), etc

–       une remise en cause parfois avérée des principes de bonne pratique de production industrielle par certain fabriquant (Ranbaxy vient de payer une amende 300 million de dollars)

–       une perte massive d’emplois dans le secteur pharmaceutique.

Tous ces coûts n’ont pas été comptabilisés, ni exposés au Français à qui d’ailleurs aucun choix n’a été proposé. Le jeu en valait-il la chandelle ? Votre santé se porte t-elle mieux depuis l’évènement des génériques?

Autre information du jour mais qui va dans le sens de l’académie de médecine, le président de k’association de patients Ligue-rein et santé, Michel Raoult a récemment fait par de la défiance de l’association vis à vis des génériques, une défiance exprimée dans le texte, “Quand les pharmaciens jouent au docteur. Danger pour notre santé, défendons-nous“.

Source

PLACE DES GÉNÉRIQUES DANS LA PRESCRIPTION
Charles Joël Menkès (au nom de la Commission II*)
FÉVRIER 2012 

Crédit Photo Creative Commons by Editor B

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