mercredi 28 septembre 2016

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Hypnotiques : des décès et des cancers par milliers?

Les consommateurs de médicaments hypnotiques sont plus à risque de cancers et de décès que les non consommateurs selon une étude américaine publiée dans la revue anglaise British Medical Journal Open.

Les hypnotiques sont des médicaments très prescrits. Il est estimé que 6 à 10% des adultes ont reçu une prescription d’hypnotiques aux Etats-Unis en 2010, des chiffres qui peuvent même être plus importants dans certains pays européens. Existe-t-il des risques importants liés à la consommation des hypnotiques, considérés plutôt comme des médicaments facilement prescriptibles ?

18 études ont pourtant déjà retrouvé un lien entre consommation d’hypnotiques et augmentation du risque de décès et 3 études, un lien avec un risque de cancers accru. Ces études manquaient pourtant de données majeures, comme le nom des médicaments hypnotiques considérés.

Le Dr Daniel Kripke du Scripps Clinic Family Sleep Center (La Jolla) a donc mené une étude cas-contrôle destinée à réévaluer ce risque en comparant le risque de survenue de décès et de cancers chez des utilisateurs d’hypnotiques (10.529 patients) et chez des non utilisateurs d’hypnotiques (23.676 contrôles).

Les scientifiques ont en plus concentrés les analyses sur le zolpidem (Stilnox en France), et le temazepam (benzodiazépine commercialisée sous les noms Restoril, Normison…), les plus prescrits des hypnotiques même si d’autres barbituriques, antihistaminiques sédatifs ou benzodiazépines tels que le zaleplon et l’eszopiclone, deux produits non commercialisés en France, sont rentrés dans l’analyse globale. Ces hypnotiques sont usuellement pressait aux patients se plaignant de troubles du sommeil.

Dans l’étude, Les consommateurs sont plus souvent des femmes, d’âge moyen (53 ans), mariées, et non fumeuses. Mais tous les résultats ont été ajustés en fonction de tous ces facteurs en plus des facteurs de pathologies associées.

Les scientifiques retrouvent tout d’abord un excès de mortalité lié à la prise d’un hypnotique: le risque de décès était effectivement multiplié par 3,6 chez les personnes ayant reçu au moins une prescription d’hypnotiques de 1 à 18 comprimés par an, par 4,4 pour 18 à 132 comprimés et par 5,30 pour plus de 132 comprimés par an, en comparaison à des patients n’ayant pas consommé d’hypnotique au cours de la période analysée (2,6 années). Ce risque existe quel que soit l’âge des consommateurs.  Le zolpidem et le temazepam multipliaient en moyenne ce risque par 5 : Pour le zolpidem, l’augmentation du risque de décès était multipliée entre 3,9 et 5,7, et entre 3,7 et 6,6 pour le témazépam.

Selon les analyses, cet excès de mortalité n’était pas imputable à un plus grand nombre de pathologies préexistantes chez les consommateurs d’hypnotiques.

Le risque de cancers était lui augmenté de 35% mais ce risque n’est retrouvé que chez ceux ayant pris plus de 132 comprimés par an. Ce risque de cancers était augmenté de 28% avec plus de 800 mg de zolpidem absorbés par an et doublait si la dose consommée doublait. En particulier, les risques de survenue d’un lymphome, d’un cancer des poumons, d’un cancer de la prostate ou du colon, sont plus élevés chez les consommateurs d’hypnotiques que chez les fumeurs.

Quelles sont les causes de mortalité dans lesquelles les hypnotiques seraient impliqués ?

Les causes ne sont pas très claires. Toutefois, un risque de mort subite liée aux benzodiazépines a été démontré chez l’animal, surtout lorsqu’ils sont consommés avec de l’alcool. Les hypnotiques augmentent le risque de dépression créant un possible excès de mortalité par suicides et par d’autres causes. Les hypnotiques réduisent les capacités comportementales comme la conduire un véhicule : ils augmentent par exemple le risque d’accident de la route et accroissent le risque de chutes.

Chez certains patients, ils peuvent créer des apnées du sommeil, prolonger une apnée existante ou altérer le contrôle des centres respiratoire. Et l’on sait qu’une apnée du sommeil accroit le risque d’accidents de la route, d’hypertension artérielle, d’insuffisance cardiaque, d’arythmie cardiaque,  et provoque d’autres causes de décès cardiovasculaires. Par ailleurs, au cours d’essais cliniques, les consommateurs d’hypnotiques avaient souvent plus d’effets secondaires que ceux prenant un placebo. Pour le zolpidem, il est noté une augmentation des reflux œsophagiens, une source de cancer de l’œsophage et d’infections. Le risque de cancers pourrait être expliqué par une augmentation des mutations génétiques, un phénomène retrouvé chez l’animal.

L’étude comporte quelques faiblesses : si les données colligées sont celles des prescriptions, ils n’ont pas la garantie que tous les médicaments achetés en pharmacie ont été consommés. Il était par ailleurs impossible aux scientifique de connaitre l’état de l’humeur (existence d’une dépression) des patients consommateurs d’hypnotiques, ces données étant protégées en Pennsylvanie.

Selon les auteurs, ces résultats sont robustes car appariés en fonction des pathologies pré existantes et des différents types de patients. Au total, les hypnotiques pourraient donc être plus ou moins impliqués dans la survenue de 320.000 à 507.000 décès aux Etats-Unis. Les médecins prescripteurs doivent connaitre ces résultats déjà significatifs pour une prise de 18 comprimés, soit une prescription d’un peu plus de 15 jours. Les patients à qui sont prescrits ces traitements doivent être informés du risque accru de décès et/ou de cancers. Une alternative non médicamenteuse (thérapie non-comportementale)  doit être proposée aux patients ayant une insomnie chronique car les risques ne peuvent plus, à la vue de ces résultats, compenser les bénéfices obtenus par ces molécules.

En France, la durée de prescription des hypnotiques est régulée (Durée maximale de prescription – Afssaps). Le 21 juillet 2011, l’Afssaps avait retiré du marché deux hypnotiques, le Noctran (combinaison d’une benzodiazépine+neuroleptique+antihistaminique phénothiazinique) et la Mépronizine (anxyolitique+ phénothiazinique), car “l’association des substances actives de Noctran et Mepronizine expose à un cumul des risques d’effets indésirables grabes tels que coma, chute, état confusionnel et dyskinésies, et à un risque de décès en cas de surdosage” .

Source

Hypnotics’ association with mortality or cancer: a matched cohort study
Daniel F Kripke, Robert D Langer, Lawrence E Kline
British Medical Journal Open 2012;2: e000850. doi:10.1136/ bmjopen-2012-000850

Crédit Photo Creative Commons by Daniel Morris

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