samedi 24 septembre 2016

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Un Lobby américain tente d’empêcher la publication d’études démontrant que les gaz d’échappement des moteurs diesels sont cancérigènes

 

Plusieurs journaux scientifiques dont le journal The Lancet ont reçu un courrier d’un groupe de pression américain (Mining Awarness Resource Group) les mettant en garde contre la publication ou la diffusion d’une étude réalisée par le gouvernement américain qui démontrerait un lien entre la survenue de cancers des poumons et les gaz d’échappement des moteurs diesels.

Le courrier, signé par le lobbyiste et avocat Henry Chajet, conseille aux journaux scientifiques de ne pas diffuser les résultats de cette étude avant qu’un jugement ne soit rendu, sans quoi, menace t-il, des “conséquences” non spécifiées pourrait intervenir.

Dana Loomis, l’éditrice en chef de la revue Occupationnal and environnemental Medicine, qui a également reçu un courrier de Chajet, déclarait “Je n’ai jamais vu quelque chose comme cela. C’est vague et ça veut faire peur. Cela a un effet paralysant sur les communications scientifiques, c’est un sujet de grande préoccupation“.

Deux instituts américains parmi lesquels l’institut National Américain du Cancer ont financé à hauteur de 11,5 millions de dollars depuis 1992, l’étude DEMS (Diesel Exhaust in Miners Study). Cette étude a pour objectif d’évaluer le risque de survenue de cancers du poumon chez 12 000 mineurs exposés aux gaz d’échappement des moteurs diesels. Le groupe de pression MARG a de manière répété lancé des procédures judiciaires et fait du lobby auprès du congrès américain obtenant des injonctions obligeant les scientifiques de l’étude DEMS à partager leurs données avec le groupe MARG et ses avocats pendant une période de 90 jours avant toute publication.

En août 2011, MARG a déclenché une nouvelle procédure judiciaire dont la conclusion est attendue pour mars 2012. Trois articles écrits par les scientifiques de l’étude DEMS ont été acceptés pour publication dans la revue Annals of Occupationnal Hygiene et The Journal of the National Cancer Institute, mais les publications ont été suspendues dans l’attente de la conclusion judiciaire. “Les scientifiques sont des fonctionnaires du gouvernement Américain, ils ont les mains liées” explique encore Loomis. Et la décision du tribunal pourrait enterrer les résultats de l’étude à jamais.

L’agence Internationale de Recherche sur le Cancer doit réévaluer la carcinogénicité des gaz d’échappement des moteurs diesels en juin prochain, une réévaluation jugée prioritaire depuis 2003 mais toujours en attente. La dernière évaluation des fumées émises par les moteurs diesels date de 1989, et elles avaient été jugées “probablement cancérigène chez l’homme”. Les résultats statistiquement robustes de l’étude DEMS pourraient modifier cette classification. Mais seulement des études publiées dans des revues référencées peuvent être utilisées dans cet objectif. Aussi tout blocage des résultats de l’étude DEMS empêchera de les utiliser.

Pour Vincent Cogliano, Directeur de programme à l’Agence Internationale de Recherche contre le Cancer (IARC), le courrier envoyé par le groupe de pression MARG “représente plus qu’un incident isolé” : Il montre que des études potentiellement majeures pourraient ne jamais être diffusées dans le domaine publique, et que si cela arrive pour empêcher la publication d’étude sur les dangers du diesel, on découvrira peut-être un jour que cela a existé pour d’autres contaminants environnementaux. La littérature scientifique perdrait alors de sa crédibilité. Pour Celeste Monforton, de l’université George Washington, la peur de poursuite judiciaires pourrait devenir une nouvelle arme entre les mains des industriels quand des intérêts économique importants pourraient être menacés par la démonstration scientifique de leur effets nocifs”.

Les résultats de l’étude DEMS sont attendus depuis 18 ans. Depuis 1996, Chajet a été l’avocat  des compagnies minières américaines qui s’opposent à la publication des résultats de l’étude DEMS, parmi lesquelles General Chemical Industrial Products Inc., Cargill Inc., Detroit Salt Co. LLC, Rohm and Haas Co.’s Morton Salt, FMC Corp., et Mosaic Company. Leur crainte est évidemment un renforcement des lois protégeant les travailleurs des mines contre les émanations émises par les moteurs diesels des engins utilisés sous terre. Une réduction des limites autorisées de pollution couterait aux industries minières des centaines de milliers de dollars en équipement. La mise en évidence d’un lien entre émanation des moteurs diesels et cancer du poumon aura évidemment des répercutions et pourrait justifier de l’interdiction de ces moteurs afin de protéger les populations.

A lire également :

Diesel Dangers: Mining Companies Get First Look at Government Cancer Study

Source

Industry group “threatens” journals to delay publications (full text fro free)
Bryant Furlow
The Lancet Oncology Published Online February 24, 2012 DOI:10.1016/S1470- 2045(12)70094-3

Crédit Photo Creative Commons by MuseumWales

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