Vendredi 31 octobre 2014

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Prothèse de Hanche ASR en France : Le faux scandale sanitaire créé de toute pièce par la presse

Les journalistes français crient de nouveau au loup : le Nouvel Observateur (Morgane Bertrand) titre « Prothèse de hanches ASR : un nouveau scandale sanitaire ? » se demandant ce que l’on sait vraiment de «ces prothèses de hanche retirées du marché français en juillet 2010 ?» indiquant encore, «Elles ont été retirées des marchés australien et américain en 2009, mais ont continué à être vendues en France jusqu’en juillet 2010, avant d’être retirées de la vente au niveau mondial en août 2010 » reconnaissant cependant un peu plus loin, «En France, l’Afssaps a recensé la pose de 380 prothèses ASR depuis 2003». Le journal Libération (Eric Favereaufait le parallèle avec les prothèses PIP « Prothèses : après les seins, les hanches », et le Figaro (Damien Mascret) dans son article «Les vices bien cachés d’une prothèse de hanche» évoque le camouflage des effets secondaires de la prothèse ASR par son fabriquant indiquant que « le fabriquant DePuy a tardé à retirer des implants défectueux du marché français, des données déjà largement publiées depuis longtemps dans la presse américaine, vive internet. Encore une fois le système de santé français aurait été pris en défaut ? Un industriel aurait camouflé à la France les failles de son dispositif de prothèse de hanche ?

En réalité, depuis plusieurs années déjà les très utilisées prothèses de hanche métal-métal, en particulier celles du type ASR fabriquées par la société DePuy, sont au cœur d’un problème sanitaire majeur dans les pays anglo-saxons, surtout aux Etats-Unis et en Angleterre. Aux Etats-Unis 250 000 patients ont une prothèse de hanche ASR. Les journalistes français en parlent aujourd’hui parce que le contexte leur paraît favorable à un papier permettant d’inscrire en titre le mot «scandale». Il y a quelques mois, en mai 2011, quand le British Medical Journal avait consacré un numéro entier aux problèmes des prothèses de hanche, “Out of joint: The story of the ASR“, évoquant largement et de manière bien plus documentée  “ce qui est le plus grand désastre de la chirurgie orthopédique”, la presse française n’avait pas écrit une ligne sur le sujet. De nombreux cas d’altération rapide du dispositif nécessitant une reprise chirurgicale ont en effet été constatés et Docbuzz, en septembre 2011, s’était fait l’écho de cette problématique majeure pour les patients et les chirurgiens suite à la publication d’une étude montrant la nécessité de 26% de reprise à 6 ans. Pourtant, la prothèse de type ASR n’a pratiquement pas été utilisée en France. Selon les données de Depuy évoquées dans son courrier aux médecins du 02 juillet 2010, “5 cas de révision nous ont été reportés pour 379 poses d’ASRTM et d’ASRTM XL “. Peut-on parler de scandale sanitaire?

Pourquoi la prothèse de hanche ASR, n’a pratiquement pas été utilisée en France?

Nos brillants journalistes nationaux n’en parlent pas. Il faut pour le comprendre se référer aux documents de la commission d’évaluation des produits et prestations de la Haute Autorité de Santé du 24 juin 2008, qui donnait ses conclusions sur ” ASR, prothèse totale de hanche de resurfaçage a couple de frottement métal-métal”.
Le document produit par les experts de la HAS reprend l’ensemble des études publiées et conclue que “dans l’état actuel des connaissances, les prothèses de resurfaçage n’ont pas fait la preuve de leur supériorité, en terme de survie d’implants et de résultats fonctionnels, par rapport aux prothèses totales conventionnelles, que d’autre part, les prothèses de resurfaçage présentent des complications spécifiques, notamment des fractures du col fémoral. D’après les dernières données du registre australien, le taux de reprise évalué à 5 ans des prothèses de resurfaçage, après ajustement sur l’âge et le sexe, est significativement plus élevé que celui des prothèses totales conventionnelles (risque relatif de 1.43). Au dernier recul disponible, la prothèse de resurfaçage ASR a un risque relatif de reprise significativement supérieur à celui de l’ensemble des prothèses de resurfaçage (risque relatif de 2)“.

En conséquence, “les données existantes sur le dispositif ASR ne permettent pas d’établir l’intérêt de santé publique attendu de ce dispositif” , donc “la Commission d’Evaluation des Produits et Prestations estime que le Service Attendu de la prothèse de resurfaçage ASR est insuffisant pour l’inscription sur la liste des Produits et Prestations prévue à l’article L. 165-1 du code de la sécurité sociale”. 

La HAS a donc, à la lecture des études, refusé l’inscription au remboursement de la prothèse ASR dans la prise en charge de la coxarthose, principale pathologie pourvoyeuse de pose de prothèses en France (90%). L’organisme de contrôle a donc, pour une fois,  bien joué son rôle, évitant le scandale sanitaire que les journalistes aimeraient quand même créer. Le scandale existe peut-être ailleurs, mais pour une fois, nous sommes épargnés, sauf dans la presse….

Sources

With Warning, a Hip Device Is Withdrawn
By BARRY MEIER
NYT Published: March 9, 2010 

Out of joint: The story of the ASR
BMJ 2011; 342 doi: 10.1136/bmj.d2905 (Published 14 May 2011)

Document: 2009 E-Mail on Hip Device
NYT Published: February 21, 2012

Hip Implant U.S. Rejected Was Sold Overseas
By BARRY MEIER
NYT Published: February 14, 2012

Our Response to the New York Times Regarding the ASR® Hip System Recall
Johson &Johnson
15 février 2012

COMMISSION D’EVALUATION DES PRODUITS ET PRESTATIONS AVIS DE LA COMMISSION
Haute Autorité de Santé
24 juin 2008

Crédit Photo Creative Commons by Niels_Olson

 

 

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