mardi 27 septembre 2016

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L’antipsychotique halopéridol (Haldol), ne doit plus être prescrit chez les patients déments

Près d’un tiers des sujets âgés, vivant en institution, reçoivent des antipsychotiques. Après une première alerte de la FDA sur les risque d’accidents vasculaires cérébraux liés à la prise de rispéridone, d’olanzapine, ou d’aripiprazole, elle a de nouveau alerté sur les risques de prescriptions de certains antipsychotiques qui s’accompagnaient d’une hausse de 60% à 70% des décès en comparaison à un placebo chez des patients déments.

Ces alertes n’ont pas réduit l’utilisation de ces médicaments, en partie, il est vrai, du fait du nombre toujours plus important de patients déments hospitalisés (50% des personnes âgées en institution en France présentent une démence).

En l’absence de grande étude randomisée, une équipe de scientifiques de l’université de Harvard (Boston) a utilisé la large banques de données du Medicare (une assurance maladie publique aux Etats-Unis) pour évaluer les répercussions sanitaires de la prise d’antipsychotiques chez des personnes âgées en institution.

Entre 2001 et 2005, 75 445 patients, dépendant du Medicare, âgés de plus de 65 ans et hospitalisés en institution, avaient reçu une prescription d’antipsychotique : halopéridol (nom commercial Haldol), aripiprazole (nom commercial Ability), olanzapine (Zyprexa), quétiapine (Xeroquel), rispéridone (Risperdal) , ou ziprasidone.

80% des patients ont arrêté le traitement avant 180 jours dont 7 413 pours cause de décès. Les scientifiques, n’ayant pas de groupe comparateur sans prise, d’antipsychotique, ont pris comme groupe de référence les patients âgés ayant été traités par la rispéridone, l’antipsychotique le plus prescrit. En comparaison avec les patients traités par rispéridone, les patients traités par halopéridol (Haldol) avaient un risque de décès multiplié par deux (2,07),  et les patients traités par la quétiapine, un risque réduit de 19%. L’effet négatif mis en évidence avec l’halopéridol était particulièrement prononcé au cours des 40 premiers jours d’utilisation avec un excès de mortalité encore plus important (x 2,34), qui se réduisait par la suite mais restait toujours entre +32% et +46% supérieur à la rispéridone.

49% des décès étaient liés à des problèmes circulatoires, 10% à une maladie cérébro-vasculaire, 15% à des problèmes respiratoires. L’augmentation de la mortalité sous halopéridol et la baisse de mortalité sous quétiamine se retrouvaient parmi tous les groupes.

Cette étude démontre que le type d’antipsychotique utilisés au cours de l’hospitalisation de sujets âgés dément, influence la survie des patients, pouvant hâter un décès.Ll’halopéridol est l’antipsychotique le plus à risque et la quétiamine, la moins à risque, parmi les médicaments étudiés.

En l’absence d’alternative pharmacologique efficace et moins risquée, il est probable que la prescription d’antipsychotique va se poursuivre chez les patients âgés déments hospitalisés en institution, dans le but de calmer leurs agitations. Il faut être conscient que ces prescriptions se font en dehors de toute indication validée (impliquant donc fortement la responsabilité du médecin prescripteur et du pharmacien délivreur), et cela, sans que leur efficacité, ni leur intérêt, n’ait été prouvé dans ce type d’interventions.

Ainsi, selon les auteurs, lorsque le clinicien n’a plus d’autre choix qu’avoir recourt à ce type de traitement, il faut toujours choisir la dose la plus faible et correctement surveiller les patients en particulier dans les jours qui suivent le début du traitement. Et dans ce cas, cette étude démontre qu’il n’est plus justifié d’utiliser de l’halopéridol chez ces patients.

Source

Differential risk of death in older residents in nursing homes prescribed specific antipsychotic drugs: population based cohort study
K F Huybrechts, T Gerhard, S Crystal, M Olfson, J Avorn, , R Levin,, J A Lucas,, S Schneeweiss
BMJ 2012;344:e977 doi: 10.1136/bmj.e977 (Published 23 February 2012)

Crédit Photo Creative Commons by austinevan

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