Lundi 21 avril 2014

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Respirer un air pollué par les gaz d’échappement des diesels peut multiplier jusqu’à 5 le risque de décéder d’un cancer du poumon

Après 20 années de recherches et autant d’années à combattre le groupe du lobbyistes des mines en justices afin de garder la contrôle sur leurs données, les scientifiques du gouvernement américain ont finalement réussi à publier les résultats de l’étude DEMS montrant que l’exposition aux gaz d’échappement des moteurs diesels rejetés dans l’air, multiplie par 3 le risque de mourir d’un cancer des poumons. Les résultats de cette étude vont avoir des effets légaux immédiats sur les régulations nationales américaines mais aussi internationales en termes de normes de pollution, afin d’améliorer la protection des populations exposées aux gaz d’échappement des diesels.

Comme Docbuzz l’avait expliqué dans un précédent article, l’étude dénommée “Diesel Exhaust in Miners Study” (DEMS), financée à hauteur de 11.5 millions de dollars par le contribuable américain à travers des fonds du National Cancer Institute (NCI) et du  National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) a permis de suivre 12 315 mineurs travaillant dans  des mines du Missouri, Wyoming et du Nouveau Mexique.

Le groupe de lobby agissant pour un consortium de l’industrie minière, le Mining Awareness Resource Group (MARG) avait en 2001, obtenu en justice, que les scientifiques de l’étude DEMS leur soumettent les articles scientifiques au moins 90 jours avant toute publication. C’est récemment, suite à la réception de ces articles, que l’avocat et lobbyiste Henry Chajet, agissant pour le groupe MARG, a envoyé à plusieurs revues scientifiques, une lettre les menaçant de «conséquences » non précisées, si ces articles étaient publiés.

Les scientifiques de l’étude DEMS ont donc respecté les termes fixés par la justice en 2001 puisqu’aujourd’hui, exactement 91 jours après l’envoi des publications, celles-ci apparaissent enfin sur le site internet de la revue américaine (Voici les liens hypertextes pour les full text première publication, et deuxième publication; le National Cancer Institute and National Institute for Occupational Safety and Health  ont également publié une synthèse de ces résultats : première synthèse et deuxième synthèse).

La première étude a évalué la mortalité des mineurs liée à survenue d’un cancer des poumons où à d’autres causes (étude de cohorte).

La deuxième étude (étude cas-contrôle) s’est concentrée sur tous les mineurs décédés d’un cancer des poumons dans le but d’éliminer les facteurs confondants comme le tabagisme, et les pathologies pulmonaires, permettant ainsi d’évaluer réellement l’impact des gaz d’échappement du diesel sur la survenue des tumeurs pulmonaires. Ces mineurs n’étaient exposés à aucun autre carcinogène comme l’asbestose, la silice ou le radon.

Les deux études fournissent des résultats robustes : l’exposition aux gaz d’échappement émis par des moteurs diesels dans l’air respiré, multiplient par 3 le risque de mourir d’un cancer du poumon, un risque qui est multiplié jusqu’à 5 fois chez les personnes les plus exposées à ces émanations polluantes. Ces résultats sont indépendants de toute autre exposition comme le tabac. Chez ceux n’ayant jamais fumé une seule cigarette de leur vie, le risque de cancer du poumon s’accroit avec l’accroissement de l’exposition aux gaz émis par les moteurs diesels : les non-fumeurs le plus exposés subissaient un risque de mortalité par cancer des poumons 7 fois plus important que les non-fumeurs les moins exposés au cours de l’étude.

Pour évaluer l’exposition de chacun des mineurs inclus dans l’étude, les scientifiques gouvernementaux ont collecté des milliers de données sur les différents constituants des gaz d’échappement provenant des moteurs diesels que respiraient les participants à l’étude. La méthodologie exacte a été publiée dans 4 articles au sein de la revue américaine Annals of Occupational Hygiene en 2010 et un 5ème en 2012.

Pour le Dr  Joseph F. Fraumeni, “Cette étude fondamentale informe sur le risque de survenue d’un cancer du poumon chez les mineurs, mais ces résultats suggèrent que le risque de cancer du poumon touche tous les travailleurs exposés à des fumées de moteurs diesels comme toutes les populations vivant dans des villes où les niveaux d’émission de pollution par les moteurs diesels sont importants”.

C’est pourquoi les répercussions de cette étude sont dorénavant attendues avec intérêt. Dans quelques semaines, l’Agence International de Recherche sur le Cancer  (International Agency for Research on Cancer) se réunira pour juger de l’importance de modifier la classification internationale des émissions polluantes provenant des moteurs diesels : le diesel, considéré seulement comme carcinogène probable, deviendra, si les résultats de l’étude DEMS sont pris en considération,  un carcinogène reconnu.

La régulation de la qualité de la qualité de l’air devrait alors subir une modification majeure en terme de tolérance des niveaux de pollution. Par exemple, actuellement, la Californie travaille à réduire les pollutions émises par les moteurs diesels. Il y a peu, le bureau Californien de la qualité de l’air a présenté une nouvelle technologie capable de réduire de 90% les pollutions du  diesel, une sorte de diesel « propre », dont l’objectif final est de réduire de 85% les émissions toxiques des diesels d’ici 2020 dans l’état américain.

La seule scientifique de l’étude DEMS qui est restée au cours des 20 ans qu’a duré l’étude, le Dr Silverman, concluait “cette étude était si importante pour la santé publique que cela valait la peine endurer les défis que nous avons du endurer”.

En France, qu’en est-il? L’Europe a plusieurs fois repris la France sur son manque de gestion des polluants en particuliers automobiles et la fréquence des dépassements des normes légales. Le gouvernement finance et favorise toujours le diesel, une manière indirecte de financer la survenue de cancer des poumons parmi les français, un cancer toujours en augmentation.

Source

The diesel exhaust in miners study: a nested case-control study of lung cancer and diesel exhaust
Silverman DT, Samaniac CM, Lubin JH, et al
J Natl Cancer Inst. March 2, 2012. doi:10.1093/jnci/djs034.

 The diesel exhaust in miners study: a cohort mortality study with emphasis on lung cancer
Attfield MD, Schlieff PL, Lubin JH, et al
J Natl Cancer Inst. March 2, 2012. doi:10.1093/jnci/djs035.

Heavy exposure to diesel exhaust linked to lung cancer death in miners
NCI Press Release

Daylight at Last for Study of Diesel Lung Cancer Risks
by Sam Kean on 2 March 2012

The Problem With Diesel
Lesley Rushton

For more information on the Diesel Exhaust in Miners Study, please see Questions & Answers http://www.cancer.gov/newscenter/pressreleases/2012/DieselMinersQandA.

Crédit Photo Creative Commons by KieranLane

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