jeudi 29 septembre 2016

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Maladie d’Alzheimer : un anticholinestérasique, le Donezepil également intéressant à des stades plus sévères

Un étude clinique (étude DOMINO) menée chez un peu moins de 300 patients retrouve un bénéfice de l’utilisation de la memantine et du Donezepil à des stades plus sévères de la maladie d’Alzheimer.

Jusqu’alors la plupart des études cliniques évaluant des inhibiteurs de la cholinestérase (anticholinestérasiques) dans la maladie d’Alzheimer, l’ont été chez des patients souffrant d’une dégradation légère à modérée. Et si certaines recommandations avaient tenté de systématiser leur utilisation, certains restaient très dubitatifs quant-à leur prescription au long cours, ces produits apportant des bénéfices cognitifs et fonctionnels modestes. L’utilisation de ces médicaments lors d’une aggravation de la maladie était donc souvent suspendue.

Des médecins anglais ont voulu évaluer si la poursuite du donezepil lorsque la maladie s’aggrave est bénéfique pour les patients et si l’ajout à ce stade de la memantine apporte quelque chose.

Les patients recrutés étaient à un stade modéré à sévère de la maladie (SMME entre 5 et 13), et avaient reçu du donezepil depuis au moins 3 mois (ou au moins 10 mg dans les 6 dernières semaines).

Quatre groupes étaient constitués :
– le premier groupe poursuivait la prise de Donezepil seul à 10 mg (+ placebo de memantine),
– le deuxième groupe  arrêtait le donezepil (+ placebo de memantine),
– le troisième groupe  arrêtait le donezepil et prenait à la place de la memantine,
– le quatrième groupe continuait le donezepil et prenant en plus de la memantine.

De cette manière, les médecins allaient enfin savoir quel est le meilleur traitement pour les patients. Les scientifiques évaluaient l’effet thérapeutique sur les fonctions cognitives, les fonctions non cognitives, les activités quotidiennes et la qualité de vie. L’étude a durée 52 semaines.

L’étude montre que poursuivre le donezepil (groupe 1) une année après le passage de la maladie à un stade modéré à sévère apportait des bénéfices modestes. Ces patients montraient un moindre déclin de leur mémoire, de l’orientation et des autres fonctions cognitives tout en conservant la capacité de réaliser plus de tâches quotidiennes, dont celle de se mouvoir seuls. En comparaison avec ceux ne poursuivant pas le traitement (groupe 2), ceux poursuivant le donezepil avaient un score au mini mental state plus élevé de 1,9 points.

Débuter la memantine avait également un effet bénéfique sur les fonctions cognitives et celles de la qualité de vie quoique plus modestes : la différence entre ceux prenant la memantine (groupe 3) et ceux ne la prenant pas (groupe 2) était de 1,2 points au mini mental state.

En revanche l’ajout de memantine en plus du donezepil n’apportait pas de bénéfice supplémentaire aux patients en comparaison au donezepil seul.

Pour l’auteur principal de la publication les bénéfices sont significatifs correspondant à environ un retard de déclin de 4 mois. Cela peut apparaitre faible, mais chez ces patients c’est un bénéfice reconnu par les médecins. En effet, le bénéfice cognitif associé avec la poursuite du donezepil était équivalent à 32% et celui associé à la memantine, de 20% de la détérioration totale constatée au cours des 12 mois dans le groupe ayant suspendu la prise de donezepil. Et pour le bénéfice fonctionnel la poursuite du donezepil était équivalent à 23% et à 11% pour ceux débutant la memantine, de la dégradation constatée au cours des 12 mois chez ceux ayant arrêté le traitement par donezepil.

On retiendra donc de cette étude réalisée chez des patients présentant une maladie d’Alzheimer caractéristique que la poursuite du donezepil 12 mois supplémentaire après constatation de la dégradation de la maladie à un stade modéré à sévère permet de retracer la course de la dégradation cognitive et fonctionnelle. L’ajout de memantine n’apporte pas au niveau de la population étudiée de bénéfices significatif et le remplacement du donezepil par la memantine apporte un bénéfice mais plus modeste.

Source

Donepezil and Memantine for Moderate-to-Severe Alzheimer’s Disease
Robert Howard, M.D., Rupert McShane, F.R.C.Psych., James Lindesay, D.M., Craig Ritchie, M.D., Ph.D., Ashley Baldwin, M.R.C.Psych., Robert Barber, M.D., Alistair Burns, F.R.C.Psych., Tom Dening, F.R.C.Psych., David Findlay, M.B., Ch.B., Clive Holmes, Ph.D., Alan Hughes, M.B., Ch.B., Robin Jacoby, D.M., Rob Jones, M.B., Ch.B., Roy Jones, M.B., Ian McKeith, F.Med.Sc., Ajay Macharouthu, M.R.C.Psych., John O’Brien, D.M., Peter Passmore, M.D., Bart Sheehan, M.D., Edmund Juszczak, M.Sc., Cornelius Katona, M.D., Robert Hills, D.Phil., Martin Knapp, Ph.D., Clive Ballard, M.D., Richard Brown, Ph.D., Sube Banerjee, M.D., Caroline Onions, P.G.Dip., Mary Griffin, R.G.N., Jessica Adams, B.Sc., Richard Gray, M.Sc., Tony Johnson, Ph.D., Peter Bentham, M.B., Ch.B., and Patrick Phillips, Ph.D.
N Engl J Med 2012; 366:893-903March 8, 2012

Crédit Photo Creative Commons by ‘smil

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