jeudi 29 septembre 2016

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Il n’y a pas une mais des prématurités, chacune avec des pronostics différents pour les enfants


La prématurité accroit les risques sanitaires des nouveau-nés, les enfants nés avant 32 semaines de gestation ont un taux de morbidité et de mortalité plus élevés. Pourtant encore peu de données solides étayent un éventuel risque pour les enfants nés entre 32 et 36 semaines. On estime par exemple qu’en Angleterre, 6 à 7% des enfants naissent entre 32 et 36 semaines et que ces enfants représentent 75% de tous les prématurés. Dans ce groupe sont également retrouvés une mortalité et une morbidité plus élevé, ainsi qu’un développement neurologique moins favorable et une capacité éducative altérée. Une étude récente avait montré une différence sensible sur ces deux derniers points entre des enfants nés entre 37 et 38 semaines et d’autres enfants nés avant 37 semaines. Des scientifiques anglais ont donc mené une étude longue permettant de suivre l’évolution et les risques encourus par ces enfants.

Au total plus de 14 000 enfants ont été suivis et ont bénéficié d’un bilan complet à 3 ans et à 5 ans. Les enfants étaient classé en fonction de leur durée de la grossesse : 23-31 semaines, 32-33 semaines, 34-36 semaines, 37-38 semaines, 39-41 semaines.

Evolution de la taille et du poids : taille et poids évolue en accord avec la durée de la gestation. A 3 ans, les plus petits enfants sont aussi les plus prématurés : ceux nés avant 32 semaines atteignent en moyenne la taille de 93,2 cm contre 96 pour ceux nés entre 39 et 41 semaines. Cette différence persiste à 5 ans, avec une taille moyenne de 107,3 cm pour les enfants nés avant 32 semaines et 110,8 pour ceux nés entre 39-41 semaines.

Cette différence est retrouvée sur le poids, ceux nés avant 32 semaines pesant en moyenne un kilogramme de moins que ceux nés entre 37 et 41 semaines. A noter que à 3 ans comme à 5 ans, la plus grande proportion d’enfants obèses sont issus du groupe nés entre  34 et 36 semaines, les enfants très prématurés (<31 semaines) restant maigres.

Un gradient d’un état de santé altéré se retrouve également en fonction de l’importance de la prématurité. La prématurité augmente le nombre d’hospitalisations pour des troubles respiratoires, des infections pulmonaires, des crises d’asthmes, des troubles gastro-intestinaux,  (gastroentérites et reflux gastro-œsophagiens), infections virales et fièvres. Pour 1 hospitalisation d’un enfant de 39-41 semaines, on comptera 7 hospitalisations pour les enfants de moins de 32 semaines. Lorsque 3,4% des enfants de 39-41 semaines présentent un asthme, on en comptera 11,3% chez les moins de 32 semaines. Les médicaments antiasthmatiques sont les médicaments les plus utilisés à 5 ans.

Cette étude anglaise attire l’attention sur les risques encourus par les enfants prématurés et confirme une notion qui avait tendance à être un peu oubliée : le terme dans la race humaine est de 41 semaines (après l’aménorrhée). Les enfants nés entre 37 et 38 semaines sont bien des prématurés : leur taux d’admission à l’hôpital avant 9 mois est double de celui des enfants nés à 41 semaines, et reste 30% supérieur sur la période de 9 mois  à 5 ans. Ils ont plus souvent de l’asthme et sont jugés en moins bonne santé par leurs parents. Pourtant, de nombreux parents font le choix d’un déclenchement d’une délivrance vers 38 semaines sans raison médicale. Cette étude démontre que mis à part pour des causes thérapeutiques, une grossesse doit être absolument menée le plus possible à son terme, afin de protéger la santé future et le développement de l’enfant. On ne peut plus par ailleurs parler simplement d’enfants prématurés, tant les différences pouvant exister entre les différents groupes d’enfants prématurés, par exemple entre ceux nées entre 37-38 semaines et ceux nés avant 32 semaines sont importantes.

Il est nécessaire d’accroitre la lutte contre la prématurité et en particulier de ses facteurs favorisants tels que le tabagisme ou la pollution, en particulier liée à l’automobile.

Source

Effects of gestational age at birth on health outcomes at 3 and 5 years of age: population based cohort study
Elaine M Boyle, Gry Poulsen, David J Field, Jennifer J Kurinczuk, Dieter Wolke, Zarko Alfirevic, Maria A Quigley
BMJ 2012;344:e896

Crédit Photo Creative Commons by  ilyoungko

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