samedi 1 octobre 2016

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Handicapés : les victimes oubliées de la violence

Voilà 30 ans, les Nations Unies déclaraient l’année 1981 comme l’année des personnes handicapées réclamant une égalité et une participation totale à la société. Mais les déclarations publiques de bonnes intentions non suivies des faits sont nombreuses, comme le rappelle cette étude publiée dans la revue The Lancet qui révèle que les handicapés subissent un niveau exceptionnellement élevé de violences au sein de nos sociétés.

Environ 15% des adultes dans le monde souffrent d’un handicap et cela ne va aller qu’en augmentant du fait du vieillissement de la population et de l’augmentation des maladies chroniques telles que le diabète, ou les maladies cardiovasculaires et mentales. Il est par ailleurs estimé qu’un demi million d’être humain décèdent chaque année des suites de violences physiques, et plusieurs millions souffrent des conséquences physiques ou sociétales de ces violences. Les personnes présentant un handicap semble plus à risque de violence inter personnelles du fait de leur exclusion fréquente du système éducatif, du monde de l’emploi, de la dépendance vis-à-vis d’autrui pour vivre ou se déplacer, de la réduction de leurs capacités de défenses physiques et émotionnelles, et des barrières de la communication limitant leurs capacités de plaintes. Par ailleurs, les médias se font de plus en plus souvent l’écho de violences physiques, d’abus sexuels, ou de crimes de haine infligés à des personnes handicapées vivant en institution.

De nombreuses recherches ont été menées pour tente de quantifier et de qualifier cette violence, la plupart aux Etats-Unis ou en Angleterre (les autres pays s’en désintéresseraient-ils?), mais une synthèse exhaustive manquait encore.  L’OMS a donc financé cette analyse présentée comme un pré requis indispensable à la mise en place d’actions de protection des handicapés et de prévention de la violence envers eux.

Les participants aux études (21 557 personnes) avaient des handicaps physiques, des handicaps mentaux (schizophrénie, maladie bipolaire, dépression, psychose alcoolique ou liée à la drogue, démences, etc),  des handicaps intellectuels (troubles cognitifs, retard mental), des handicaps liés à une santé altérée ayant entrainé une réduction des activités, étaient en chaise roulante ou s’aidaient d’une canne, étaient aveugles ou sourds. Les violences considérées étaient les violences physiques, les crimes physiques ou sexuels, et les violences physiques ou sexuelles causées par un conjoint ou un soignant.

L’analyse démontre que les adultes souffrant d’un handicap présentent un risque accru de violence en comparaison aux adultes non handicapés. La fréquence des violences physiques et sexuelles la plus forte était retrouvée chez les adultes présentant une maladie mentale, touchant 1 adulte sur 4, soit une prévalence de 24,3% (violence physique 21,4%, violence sexuelle 5,5%). Par ailleurs, cette violence touche 7,4% des adultes ayant un retard mental. Une étude taïwanaise rapporte que les violences sexuelles sont trois fois plus fréquentes chez les adultes handicapés que les adultes non handicapés (0,6/1000 de la population considérée versus 0,2/1000), touchant particulièrement les handicapés mentaux (3/1000).

Cette violence n’est pas forcément le fait d’inconnus : 3 études menées en Angleterre chez des patients déments âgés en moyenne de 81 ans vivant en institution rapportent que jusqu’à 10% de ces personnes âgées ont subi des violences de la part des soignants. Une étude américaine retrouve que 2% des adultes âgés restés à leur domicile mais nécessitant des aides extérieures ont subi de violences physiques et sexuelles de la part de soignants.

Les auteurs estiment que les données qu’ils publient sous-évaluent la violence faite aux handicapés puisque toutes ces études analysées ne rapportent que les faits de violences des 12 derniers mois. Les données provenant de pays moins développés sont par ailleurs rares mais celles dont on dispose confirment la vulnérabilité des adultes handicapés et plus particulièrement des femmes.

Ainsi, même dans les pays riches, la violence physique et sexuelle faite aux adultes handicapés est affirmée alors que les mesures de protection et de prévention restent très largement absentes.

Source

Prevalence and risk of violence against adults with disabilities: a systematic review and meta-analysis of observational studies
Karen Hughes, Mark A Bellis, Lisa Jones, Sara Wood, Geoff Bates, Lindsay Eckley,Ellie McCoy, Christopher Mikton, Tom Shakespeare, Alana Officer
The Lancet, Early Online Publication, 28 February 2012

Crédit Photo Creative Commons by a77eBnY

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