Le dépistage systématique du cancer de la prostate par le PSA réduit la mortalité

Le dépistage par dosage sanguin du marqueur PSA est efficace pour réduire la mortalité par cancer de la prostate, démontre une étude européenne publiée dans la revue The New England Journal of Medicine.

Le PSA (Prostate-Specific Antigen), l’antigène prostatique spécifique est une protéine fabriquée par la prostate pour liquéfier le sperme et faciliter le déplacement des spermatozoïdes. Il est présent dans le sang de tous les hommes. Le taux de PSA augmente en cas d’hypertrophie bénigne de la prostate et de cancer de la prostate. Des taux entre 4 et 10 ng/ml sont considérés comme suspects.

Ce dépistage est resté longtemps controversé et seule, une étude à grande échelle et d’une durée suffisamment longue, pouvait répondre à la question : est-il intéressant de proposer aux hommes de plus de 50 ans un dépistage systématique du cancer de la prostate, sachant qu’un homme sur deux déclenchera à un moment de sa vie, ce cancer? C’était l’objectif de cette étude Européenne initiée en 1991 qui a inclus des patients des Pays-Bas, de Belgique, de Suède, de Finlande, d’Italie, d’Espagne, de Suisse, et auxquels se sont ajoutés des patients français entre 2000-2005.

Au total, l’étude a inclus 182 160 hommes, âgés de 55 à 69 ans. Une partie des patients bénéficiait d’un dépistage sanguin du taux de PSA tous les 4 ans. Si ce taux était supérieur à 3 ng/ml, une biopsie de la prostate était alors proposée  aux patients afin de vérifier ou non la présence d’un cancer. Le résultat de l’étude était d’évaluer après 11 années de suivi des deux groupes, si le dépistage entrainait une baisse de la mortalité par cancer de la prostate en comparaison au groupe sans dépistage.

Au total, 136 000 dosages de PSA ont été réalisés dont 16,6% étaient positifs. 85% des patients ayant un test positif ont accepté une biopsie. 6963 cancers ont été diagnostiqués dans le groupe dépisté (9,66 cas pour 1000 personnes) et 5396 dans le groupe non dépisté (5,95 cas pour 1000 personnes).

299 hommes sont décédés d’un cancer de la prostate dans le groupe dépisté et 462 dans le groupe non dépisté : le dépistage a donc permis une réduction de 21% de la mortalité par cancer de la prostate au cours des 11 années de suivi. Ainsi en réalisant un dépistage chez 1055 hommes, chez lesquels 37 cancers seront dépistés, un décès par cancer de la prostate sera évité.

Ce bénéfice du dépistage est retrouvé à tous les âges (après 55 ans).

Les auteurs doivent encore évaluer le rapport bénéfice/risque du dépistage et les agences gouvernementales voudront surement évaluer le rapport coût/efficacité avant de promouvoir ce dépistage au niveau national.

Nombreux étaient déjà les médecins qui surveillaient le PSA de leur patients âgés, une surveillance recommandée par l’Association Française des Urologues à partir de 45 ans chez les hommes à haut risque. Cette étude leur donne raison. La Haute Autorité de Santé (HAS) avait quant-à elle émis un avis défavorable au dépistage en 2010 ; Cette étude lui donne tort.

Source

Prostate-Cancer Mortality at 11 years of follow-up
Fritz H. Schröder, M.D., Jonas Hugosson, M.D., Monique J. Roobol, Ph.D., Teuvo L.J. Tammela, M.D., Stefano Ciatto, M.D., Vera Nelen, M.D., Maciej Kwiatkowski, M.D., Marcos Lujan, M.D., Hans Lilja, M.D., Marco Zappa, Ph.D., Louis J. Denis, M.D., Franz Recker, M.D., Alvaro Páez, M.D., Liisa Määttänen, Ph.D., Chris H. Bangma, M.D., Gunnar Aus, M.D., Sigrid Carlsson, M.D., Arnauld Villers, M.D., Xavier Rebillard, M.D., Theodorus van der Kwast, M.D., Paula M. Kujala, M.D., Bert G. Blijenberg, Ph.D., Ulf-Hakan Stenman, M.D., Andreas Huber, M.D., Kimmo Taari, M.D., Matti Hakama, Ph.D., Sue M. Moss, Ph.D., Harry J. de Koning, M.D., and Anssi Auvinen, M.D. for the ERSPC Investigators
N Engl J Med 2012; 366:981-990 March 15, 2012

Crédit Photo Creative Commons by The Doctr

7 thoughts on “Le dépistage systématique du cancer de la prostate par le PSA réduit la mortalité

  1. Votre phrase est inexacte : « Ainsi en réalisant un dépistage chez 1055 hommes, chez lesquels 37 cancers seront dépistés, un décès par cancer de la prostate sera évité. »

    En effet l’étude montre qu’il faut mener ce dépistage PENDANT 11 ANS pour avoir un décès évité.

    C’est complètement différent d’un point de vue santé publique !

  2. Vous avez bien lu, c’est effectivement cela que dit notre article : « le dépistage a donc permis une réduction de 21% de la mortalité par cancer de la prostate au cours des 11 années de suivi ». Bravo

  3. Merci de votre réactivité qui est appréciable !

    Néanmoins j’aurais écris : « Ainsi en réalisant un dépistage chez 1055 hommes –pendant 11 ans–, chez lesquels 37 cancers seront dépistés, un décès par cancer de la prostate sera évité ». Si on indique par les 11 ans cela donne l’impression qu’en dépistant 1 000 personnes on en sauve une. En fait il faut en dépister 11 000 sur un an, ou 1 000 sur 11 ans pour en sauver une.

    Amicalement,

  4. Votre présentation des faits est inexacte.
    Vous parlez de risque relatif et non de risque absolu.
    Vous auriez dû parler de non effet sur la mortalité globale.
    Vous auriez dû parler des sur diagnostics, des sur traitements et des effets indésirables graves.
    Voici ce qu’écrit sur son blog Richard Lehmann, éditorialiste du BMJ.
    Here is the screening paradox summed up in a single study. The European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer used prostate specific antigen—often called PSA because it has Perfectly Stupid Attributes for a screening test. Nonetheless, in this 11-year follow-up study, the risk of death from prostate cancer was lowered by 21-29%. But all-cause mortality did not differ between groups. Amazingly, I have seen this declared a success for PSA screening in some of the American medical press. Now clearly, if you don’t mind what goes on your death certificate, prostate screening is a waste of time. But to inform our advice to patients, let’s look at it from the perspective of somebody who had decided they would rather die of anything but prostate cancer. “To prevent one death from prostate cancer at 11 years of follow-up, 1055 men would need to be invited for screening and 37 cancers would need to be detected.” So if you had a “cancer” detected by screening, there is a one-in-37 chance that treatment would prevent your death within 11 years. And your odds of dying from anything in that period would be the same.

  5. Les faits présentés dans l’article Docbuzz sont ceux de l’article publié dans le NEJM : contrairement à ce que vous dites, l’article donne bien le risque absolu « Ainsi en réalisant un dépistage chez 1055 hommes, chez lesquels 37 cancers seront dépistés, un décès par cancer de la prostate sera évité ». Effectivement la mortalité globale n’est pas réduite. Mais le but du dépistage d’un cancer n’est pas de réduire la mortalité globale, car nous mourrons tous de quelques chose, il est de ne pas mourir d’un cancer, en l’occurrence ici du cancer de la prostate, ce que confirme l’éditorialiste que vous citez : « risk of death from prostate cancer was lowered by 21-29% », le risque du cancer de la prostate a été réduit de 21-29%.
    En tant que médecin, ce résultat ne vous intéresse-il pas? Et en tant qu’homme? Nous si.
    Merci de votre commentaire

  6. Puisque vous modérez avec vos ciseaux, je vais vous faire une publicité terrible… A la fois sur votre façon de lire avec les yeux de l’AFU et avec les fonds de je ne sais qui.
    Bonne journée.

  7. Monsieur Thierry Monod ne publie que les messages qui lui plaisent et surtout pas ceux qui critiquent ses méthodes.
    Les censeurs du web aiment Thierry Monod.
    A +

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