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Au Pakistan, les mauvais médicaments tuent

En février 2012, l’OMS a lancé une alerte à la contamination de l’isosorbide 5 mononitrate, un dérivé nitré utilisé dans le traitement de l’angor, contaminé à  la pyrimethamine (un antipalludéen aux effets secondaires parfois gravissimes).  125 personnes sont décédés des suites de la destruction de leur moelle osseuse après avoir absorbé ces médicaments contaminés qui étaient donnés gratuitement aux patients les plus pauvres, à Lahore, et dans les provinces du Punjab.

Ces évènements dramatiques font suite à la décision du pays de supprimer le ministère de la santé conduisant à une décentralisation en faveur d’une autonomie régionale. En particulier, la régulation des médicaments s’est complexifiée du fait d’une rivalité entre les gouvernements des provinces et du gouvernement national. La création d’une agence nationale du médicament a été ralentie du fait de ces rivalités. Pourtant, cet événement dramatique rappelle combien il est impératif  pour le Pakistan de mettre en place un système d’approbation, d’enregistrement des médicaments sous une gouvernance nationale.

La court suprême a demandé que des actions soit prises depuis 2006. En 2004, l’OMS estimait que 40 à 50% des médicaments consommés au Pakistan étaient contrefaits ou d’une qualité dangereuse. Les raisons en sont complexes. Des médecines traditionnelles, sont prescrites, de manière illégale, par 130 000 praticiens. Les lois concernant la régulation des médicaments sont faibles. Il existe seulement 15 inspecteurs fédéraux pour contrôler plus de 500 unités de productions pharmaceutiques, et il existe un unique laboratoire par province pour tester la qualité des médicaments mais ils sont soit fermés soit manquent d’infrastructures. La vente et la revente de produits pharmaceutiques sont dérégulés. La corruption règne dans les hôpitaux où les unités de productions tentent d’écouler leurs stocks.

Alors que les morts liés à l’isosorbide mononitrate ont rendu visible au monde entier la faille de la régulation des médicaments au Pakistan, il est urgent d’évaluer le nombre de victimes ignorées et de d’améliorer la qualité des médicaments produits localement. Il est concevable que des désastres similaires puissent survenir dans d’autres pays où la régulation des médicaments n’est pas optimale.

Source

Pakistan’s deadly cocktail of substandard drugs
Sania Nishtar
The Lancet, Volume 379, Issue 9821, Pages 1084 – 1085, 24 March 2012

Crédit Photo CReative Commons by  uusc4al

 

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