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Dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA : la HAS rend un avis négatif en omettant une étude positive majeure

Le rapport publié par la HAS concernant l’utilité ou non d’un dépistage du cancer de la prostate chez l’homme en France est une compilation d’anciennes données aboutissant pour sûr à la même ancienne conclusion; le dépistage du taux de PSA n’est pas utile. L’approche de ce rapport est tristement technocratique. 

En France, le cancer de la prostate ne tue bien sur que 10 000 personnes par an, soit bien peu. Par ailleurs, « Le risque de décès par cancer de la prostate entre 0 et 74 ans est faible quelle que soit la cohorte de naissance », quel intérêt de dépenser de l’argent pour détecter et pour traiter? En plus, «L’âge moyen au diagnostic était de 71 ans en 2005 et n’est pas disponible pour 2011 » les données épidémiologiques datent de 7 ans, c’est dire l’intérêt porté au sujet. Même la situation en Guadeloupe et en Martinique où l’utilisation massive de chlordécone (pesticide pour les bananeraies : voir article Docbuzz), par autorisation spéciale de l’Assemblée Nationale,  a réussi à infecter l’île et à doubler le nombre de cancer de la prostate, créant une population à risque, ne trouvera pas grâce aux yeux de la HAS. La mortalité y est pourtant aussi 2 à 3 fois plus importante qu’en métropole. Qu’importe, dans HAS, il y a Haute.

En 2010, à l’issue de l’analyse critique d’articles et au vu des travaux récents parus en France, la HAS avait considéré “qu’aucun élément scientifique nouveau n’est de nature à justifier la réévaluation de l’opportunité de la mise en place d’un programme de dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA.

Cette position diverge évidemment avec d’autres organismes. Le nouveau rapport a puisé ses sources bibliographique sur la période de janvier 2000 à avril 2011 et a été actualisée à novembre 2011.Dommage, parce que la publication la plus importante, la publication majeure du NEJM de 2012 (voir article Docbuzz), qui démontre justement chez des milliers de patients que le dosage du taux de PSA permet de réduire la mortalité par cancer de la prostate n’a donc pas été prise en compte. Cette publication majeure n’a pas non plus semble t-il poussé les technocrates de la HAS à suspendre ou ajouter un addendum à leur réévaluation. Pourtant, écrivent-ils, “Ce rapport rappelle que la justification première du dépistage est l’idée qu’un diagnostic précoce est susceptible d’améliorer le pronostic de la maladie (P36)”. C’est justement le cas de l’étude du NEJM, qui en plus, est une étude Européenne ayant même inclus de patients français : «Ainsi, il n’a pas été relevé d’éléments nouveaux dans la littérature illustrant un bénéfice en termes de diminution de mortalité d’un dépistage du cancer de la prostate par dosage de PSA dans une population ciblée sur facteurs de risque. Le bénéfice de telles modalités de dépistage n’a pas été établi en population générale». Cela laisse supposer par quels types de personnages ces rapports de la HAS sont rédigés. Un spécialiste du sujet ne pouvait ignorer qu’une étude d’envergure avait été achevée et s’apprêtait à être publié.

La HAS se décharge d’autant plus facilement de tout avis positif que selon son argumentaire final, cela n’empêche aucunement un médecin à suivre ce taux de PSA chez ses malades : «Du fait que la prescription d’un dosage sanguin du PSA est souvent plus simple et plus rapide que l’explicitation des arguments pour ou contre un dépistage compte tenu du contexte de soins, de la norme sociale, des positions de certains professionnels de santé, de la demande de certains patients » : Donc, si certains médecins veulent le faire pourquoi pas, mais ne nous demandez pas de porter la responsabilité d’une explication. Vous avez dit HAUTE?

Rappelons que le coût d’un dosage de PSA est de 13,50€ en France, un peu plus cher en Martinique et en Guadeloupe soit 15,50€ à16,50€, où même avec le scandale de la chlordécone et un triplement des cas de décès par cancer de la prostate, il n’y aura pas de tarif réduit sur le test de dépistage.
Mais grâce à notre bonne presse Française qui répercute sans aucun regard critique les informations santé, la grande majorité des français s’accordera sur le fait que “Le dépistage du cancer de la prostate inefficace“, pour reprendre le titre des articles publiés sur le sujet. Pas de dépistage, pas de dépenses supplémentaires pour la sécurité sociale.

Source

Cancer de la prostate : identification des facteurs de risque et pertinence d’un dépistage par dosage de l’antigène spécifique prostatique (PSA) de populations d’hommes à haut risque ?
HAS février 2012

Crédit Photo Creative Commons by jepoirrier

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