dimanche 25 septembre 2016

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Comment l’école primaire fabrique des petits asthmatiques?

Les enfants sont des êtres fragiles, plus sensibles à la pollution atmosphérique que les adultes. Dans nos pays industrialisés, les enfants passent plus de temps à l’intérieur des habitations (jusqu’à 80%) ; une grande partie de ce temps se passe à l’école, près de 8 heures par jour. Aux Etats-Unis, les données de l’Environmental Protection Agency (http://nces.ed.gov/surveys/frss/publications/2000032) ont montré que de nombreuses écoles ont des problèmes liés à la médiocre qualité de l’air intérieur, avec des niveaux de polluants atmosphériques deux à cinq fois plus élevés qu’à l’extérieur. Ces polluants provoquent des problèmes de santé multiples : congestion nasale, irritations de la peau, toux, éternuements, infections des voies respiratoires, réaction allergique, asthme, maux de tête, fatigue, des étourdissements et nausée. Toutefois, les données sur la qualité de l’air présent dans les salles de classe et ses effets sur la santé sont rares et contradictoires, surtout en France. En outre, peu d’études ont recours à des évaluations objectives de la qualité de l’air et de la santé des enfants, surtout en France. C’est pourquoi cette étude est la bienvenue.

Les scientifiques français ont mené une enquête dans un grand nombre de salles de classe de six grandes villes françaises, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, Marseille, Strasbourg et Reims. L’objectif de l’enquête était de fournir des données sur la qualité de l’air intérieur des écoles primaires et sur les liens entre les polluants atmosphériques présents dans les salles de classe et l’asthme et la rhinite chez les enfants de 9-10 ans qui passent une grande partie de leur journée dans ces classes.

Les polluants atmosphériques recherchés étaient les particules fines PM 2,5 (≤ 2,5 microns), le dioxyde d’azote (NO2), tous deux émis par les pollutions automobiles et en particulier le diesel ou le chauffage central ou encore les industries, le formaldéhyde, l’acétaldéhyde et l’acroléine. Les mesures ont été faites en présence des enfants au cours de la semaine ainsi que la nuit. Les scientifiques ont également réalisé des examens cliniques et des tests d’allergie cutanée sur 10 allergènes connus. Les parents des enfants ont accepté de répondre à un questionnaire.

6683 enfants ont participé à l’étude (10,4 ans). 401 salles de classe de 108 écoles ont été inspectées.

Les scientifiques dressent un tableau catastrophique de la qualité de l’air dans les salles de classe : environ un tiers des enfants sont exposés à des concentrations trop élevées de polluants atmosphériques, dépassant  les normes de l’OMS pour les PM2.5 (10 μg/m3) et le NO2 (40 μg/m3). Dans certaines classes, des concentrations très élevées ont été trouvées pour le formaldéhyde, les PM2.5 et NO2. Par ailleurs, environ un enfant sur trois a eu au moins un test cutané positif, signant une allergie.

La Rhino-conjonctivite était la pathologie la plus fréquemment retrouvée suivie par l’asthme. Comme prévu, l’asthme allergique était plus fréquent que l’asthme non allergique. Et les scientifiques retrouvent bien un lien entre ces pollutions incontrôlées dans les salles de classes et la survenue de l’asthme chez les enfants : ils écrivent que « Dans un échantillon aléatoire d’écoles primaires, la qualité de l’air dans les salles de classe était pauvre et varie significativement entre les bâtiments et les villes. Des niveaux élevés de polluants majeurs ont été trouvés à être lié à une prévalence plus élevée chez les écoliers de la rhino conjonctivite et l’asthme dans l’année de l’enquête, et de l’EIE sur le jour de l’évaluation. Les enfants ayant un fond d’allergies étaient à risque accru ». L‘asthme était plus fréquent dans les classes avec PM2.5 et acroléine élevés.

Pendant la saison chaude, les rapports significatifs suivants ont été trouvés entre les PM2.5 et l’asthme, +28%, l’acroléine et l’asthme, +37%, et les PM2.5 et l’asthme allergique, +41%; pendant la saison froide, les rapports significatifs suivants ont été trouvés entre NO2 et l’asthme (+18%) et FA et  rhino conjonctivite, +41%.

Dans certaines classes, les concentrations moyennes de particules fines et de NO2 étaient plus élevées que les seuils proposés pour le contrôle des risques pour la santé par l’OMS (10 μg/m3 Ng/m3 et 40 respectivement). Des concentrations élevées ont également été trouvés pour le formaldéhyde par rapport aux limites proposées par l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement (50 μg/m3 dans le court terme (2 h)), 10 μg/m3 dans le long terme (1 an)).

Trente pour cent des écoliers ont été exposés à ces niveaux élevés de pollution de l’air dans les salles de classe, ce qui confirme les observations précédentes. 

Dans cette étude, la conséquence alarmante de la médiocre qualité de l’air dans les salles de classe, est une détérioration de la santé respiratoire des enfants. Une prévalence élevée de l’asthme au cours de l’année écoulée a été retrouvée chez les enfants  utilisant les salles de classe avec des hauts-niveaux de pollution de PM2.5, de NO2 et l’acroléine. De même, une prévalence élevée de la rhino-conjonctivite dans la dernière année a été trouvée chez les enfants en utilisant les salles de classe avec des niveaux élevés de formaldéhyde. En outre, les écoliers ont connu beaucoup plus d’asthme d’efforts au cours de la série de tests lorsqu’ils vivent dans des salles de classe ayant des niveaux élevés de PM2.5 et d’acroléine.

Les polluants de l’air retrouvés dans les classes d’écoles sont connus pour être associés à une détérioration de la santé respiratoire des enfants. De nombreux pays ont évalué ce risque et constaté un lien direct entre polluant des salles de classes et asthme des enfants, toux nocturne, rhinite, etc. Qui plus est, la pollution de l’air n’a, selon les scientifiques, pas uniquement des effets sur la respiration mais aussi sur le santé mentale : « En effet en plus des conséquences respiratoires, les pollutions de l’air intérieur ont montré avoir des effets négatifs sur l’apprentissage et entrainer une altération du développement culturel et social”.

Cependant, alors que les preuves s’accumulent sur l’impact négatif de l’exposition à la pollution atmosphérique extérieure sur la santé respiratoire et contre laquelle rien n’est d’ailleurs fait, quelles seront les suites données à cette étude montrant les conséquences de la pollution de l’air intérieur et de ses effets sur la santé respiratoire des enfants : sera t-elle comme tant d’autres classée sans suite où les parents s’en saisiront-il afin de faire bouger un ministère de l’éducation nationale atone et un ministère de l’écologie non moins amorphe? Peut-être que si les parents d’enfants asthmatiques se réunissaient en une association et portaient plainte contre le ministère de l’éducation, les choses changeraient-elles en France?

Source

Poor air quality in classrooms related to asthma and rhinitis in primary schoolchildren of the 6 cities study
Isabella Annesi-Maesano, Marion Hulin,François Lavaud, Chantal Raherison, Christine Kopferschmitt, Frederic de Blay, Denis André Charpin, Caillaud Denis
Thorax doi:10.1136/thoraxjnl-2011-200391

Crédit Photo Creative Commons by slightly everything

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