dimanche 4 décembre 2016

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30% des élèves de primaire souffrent d’un stress post-traumatique, conséquence des agressions à l’école

La violence à l’école est un problème majeur et grandissant de santé publique. Il est estimé que la victimisation sérieuse et grave atteint 5% des élèves et celle d’intensité moindre de 15 à 30%. Le terme anglo-saxon consacré est le bullying, défini comme une exposition prolongée à des actions négatives perpétrée par un ou plusieurs individus. Trois caractéristiques lui sont propres : la fréquence des agressions, la volonté de blesser, et la relation asymétrique entre agresseur et agressé. Les violences peuvent s’exprimer verbalement (menaces, railleries, sobriquet), physiquement (coups), ou encore par les relations sociales (exclusion, manipulation…).

Les conséquences pour l’enfant peuvent être à type de traumatisme, comme une névrose post-traumatique ou un état de stress post-traumatique qui sera différent s’il est la conséquence d’un évènement traumatisant mais unique ou de traumatismes répétés : il se caractérise alors par des conduites d’évitement, des troubles de l’humeur (dépression), des plaintes somatiques, de la rage, de la colère, une amnésie des souvenirs de l’enfance, et des troubles de la personnalité.  Ces symptômes sont influencés par l’âge de l’enfant victime.

Concernant l’altération identitaire, les enfants victimes de bullying se jugent “socialement incompétents” et plus la victimisation est puissante, plus la perception qu’ils ont d’eux même est dégradée : faible apparence physique, faible acceptation sociale, faible compétence athlétique, faible estime de soi…

Cette victimisation de l’enfant à l’école balayerait 3 croyance fondamentales de l’être humain : “le monde est bienveillant”, “le monde a du sens”, “je suis quelqu’un de respectable et d’honorable” (renvoyant à la chance, au contrôle et à la valeur). Le bullying détruit ces 3 croyances indispensable à l’être humain qui souhaite se maintenir au sein d’une société.

Une équipe de scientifiques français a voulu observer chez les enfants victimes de bullying la présence d’uns stress post-traumatique et ses conséquences.

524 enfants de 8 à 12 ans, scolarisés en primaire ont participé à l’étude. Les élèves répondaient à un questionnaire permettant d’apprécier la fréquence d’agressions physiques, verbales ou relationnelles telles qu’elles ont été perçues par les enfants.

Au total, 181 enfants (34,1%) affirment avoir été marqués par les agressions. Pour 60% d’entre eux, les agressions avaient existé il y a moins d’un mois. Ces agressions étaient verbales (30,9%), physiques (22,1%) ou relationnelles (14,1%). Dans 9% des cas, les 3 types d’agressions étaient concomitantes.

Un stress post traumatique moyen ou fort est identifié chez 98% de ces enfants victimes : il était d’autant plus fort que les agressions s’étaient répétées, c’est à dire que la victimisation était forte. Ces enfants victimes manifestent des scores plus faibles aux questions évaluant “je suis quelqu’un de respectable et d’honorable”, et “le monde est bienveillant”.

Les auteurs estiment nécessaire la mise en place d’étude longitudinale où l’état de l’enfant avant la survenue d’agressions serait connu.

L’étude a été réalisée en Moselle.

Devant de tels résultats, on ne peut que se demander comment l’éducation nationale et les enseignants à qui sont confiés des enfants sont capables d’assumer une telle faillite du système, capable potentiellement de broyer autant de jeunes enfants. Quelles seront les mesures mises en place?

Source

Stress post-traumatique et altération des schémas cognitifs : cas de victimisation à l’école
Barbara Houbre , Virginie Dodeler, Lydia Peter, Yann Auxéméry, Jean-Baptiste Lanfranchi, Cyril Tarquinio
L’évolution Psychiatrique 77 (2012) 1-14

Crédit Photo Créative Commons by  Eric.Parker

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