dimanche 25 septembre 2016

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Au XIXe siècle régnait la peur d’être enterré vivant

La peur d’être enterré vivant était une angoisse puissante à la fois dans le public et dans la littérature médicale du XIXe siècle, un siècle particulier où l’incertitude médicale lié au manque d’expertise pour déterminer la mort de manière certaine le disputait à un sensationnalisme littéraire et journalistique. Dans le contexte du XIXe siècle, les étiologies des épidémies étaient inconnues; les décès étaient supposés liés à des miasmes, ou à l’air mauvais. Aussi lorsqu’une épidémie survenait, on s’attardait peu auprès des cadavres, parfois seulement mourants. Un article de 1834 sur l’épidémie de fièvre jaune survenue en 1793 à Philadelphie décrit ce sentiment «Nous avons toutes les raisons de croire que de nombreuses personnes, souffrant de la maladie, ont été enlevées de leurs maisons et enterrées avant que l’étincelle vitale se soit enfuie. . . Les mourants ont été pris avec les morts, afin d’éviter la peine d’une seconde visite, il n’y avait personne remettre cela en question ” Pourtant, la médecine n’était qu’une partie du problème.

Les romanciers ont exploité l’horreur de l’expérience d’enfouissement et les journalistes ont raconté les détails d’expérience réelle : En Décembre 1838  le Sunday Times publie un article intitulé «Bruits de tombe,” et décrit “Un cas effroyable d’enterrement vivant” survenu en France. La peur du public devient si importante que  la profession médicale doit s’engager à résoudre ce risque des inhumations prématurées.

 

Mais en ce XIXe siècle, point d’électrocardiogramme, ou d’électroencéphalogramme pour tenter d’affirmer un décès.  Les médecins pouvaient seulement rechercher un pouls ou un souffle. Cependant, le stéthoscope inventé en 1816, puis amélioré pouvait être d’une certaine aide. Mais dans certains cas affirmer la mort reste complexe, par exemple face à une épilepsie, ou un coma avec état de morts apparente. Et la nécessité d’accélérer les sépultures pour éviter les épidémies en cas de suspicion de maladies infectieuses, et la persistance des pillages de sépultures rend compréhensible  la peur du public de l’enterrement prématuré.

Parallèlement à la littérature médicale, un auteur comme Edgar Allan Poe, a capitalisé sur la peur d’être enterré vivant. Beaucoup d’histoires d’Edgar Poe utilisent ce thème de l’inhumation prématurée pour décrire une psychologie de la peur. Une histoire courte publiée en 1844 intitulée “L’Enterrement prématuré” en est un bon exemple : «Etre enterré de son vivant, est la plus terrible des extrémités (…) Les limites qui séparent la vie de la mort sont au mieux ombrageuse et vagues. Qui osera dire où finit la première et où commence la seconde? Nous savons qu’il ya des maladies dans lesquelles se produisent un arrêt total de toutes les fonctions apparentes de la vitalité, et pourtant, dans lequel ces cessations ne sont que des suspensions temporaires”. Dans La Chute de la Maison Usher, l’intrigue tourne autour de l’effondrement mental de Roderick Usher rongé par la culpabilité d’avoir prématurément enterré sa sœur qui s’extraie de sa tombe dans une scène dantesque. Dans le Bérénice,  Egaeus souffre d’un trouble psychiatrique et sa fiancée souffre d’épilepsie. Egaeus fait une fixation les dents de sa fiancée. Il rêve qu’il les admire consciencieusement sous tous les angles, jusqu’à ce qu’il soit réveillé de cette rêverie par un fonctionnaire qui l’informe que la tombe de Bérénice a été souillée et qu’il se rende compte qu’il a à ses côtés un sac d’outils de dentisterie et 36 dents humaines. Poe suggère qu’elle avait été prématurément enterrée, son épilepsie ayant provoqué un état presque catatonique.

La presse médicale de l’époque confirme que l’enterrement prématuré est une préoccupation légitime. Un article de 1877 du British Medical Journal décrit l’expérience d’une femme à Naples, «un cas qui n’inspirera pas confiance aux esprits qui frémissent d’horreur à la possibilité d’être enterré vivant.” Un juge Napolitain a présenté les preuves montrant ” qu’une femme a été enterrée avec toutes les formalités habituelles, ayant été jugée morte, alors qu’elle était seulement dans une transe. Quelques jours plus tard, lorsque la tombe dans laquelle elle avait été placée a été ouverte pour l’enterrement d’un autre corps, il a été constaté que les vêtements qui couvraient la malheureuse femme avaient été mis en pièces, et qu’elle avait même cassé ses membres pour tenter de sortir elle-même de son tombeau “(16) Le juge a condamné le médecin qui avait signé le certificat de décès et le maire qui avait autorisé l’inhumation pour homicide involontaire à trois mois d’emprisonnement

Si certains médecins restent septiques quant à la réalité d’un enterrement prématuré comme en témoigne cet éditorial du même BMJ qualifiant cette crainte de “non-sens hystérique», pour de nombreux médecins du XIXe siècle la question n’était pas de savoir si les enterrements prématurés existaient mais combien de fois ces sépultures prématurées se produisaient. Le Doyen de la Faculté de médecine de Paris, écrivait en 1819 que, “Un tiers, ou peut-être la moitié de ceux qui meurent dans leurs lits, ne sont pas réellement morts, quand ils sont enterrés.” Plus tard, un livre influent “Enterrement prématuré, comment peut-il être empêché?”  écrit par William Tebb, le co-fondateur de l’Association londonienne pour la prévention de l’enterrement prématuré, estimait qu’en 1895, «Deux mille sept cents personnes au moins, en Angleterre et au Pays de Galles, sont envoyée chaque année à une mort vivante, la plus horrible qui puisse être concevable”.

En 1897, une conférence internationale a eu lieu en Italie. Le New York Times en témoigne. Un concours international et un prix seront décernés à ceux qui apporteront les solutions à ce problème de déterminer la mort avec certitude. Certain prônent une attente parfois longue : ” Le mort ne doit pas être enterré avant le quatrième jour (…) Huit ou quinze jours est encore trop tôt, car il y a eu des réveils plus tard que cela” tout en conseillant que les individus supposées décédés soit ” traités avec douceur, et conservés dans un lit chaud pendant trente-six heures”.

En 1787, le Français François Thiérry, invente  «Les hôpitaux pour les morts», dans lesquels le décédé serait surveillé. Cigares, aliments et boissons étaient prévues sur place en cas de réveil. Une douzaine de ces instituts ont été construits à grands frais entre 1790 et 1830 en particulier en Prusse et en France.
On imagine des dispositifs de sécurité dans les cercueils dès 1792. En 1897 le comte Michel de Karnice-Karnicki invente un cercueil de sécurité doté d’un système permettant de détecter un mouvement dans le cercueil et disposant d’un tube pour alimenter le cercueil ainsi que d’une cloche pour alerter l’extérieur.

Mais si ces dispositifs étaient destinés à éviter un enterrement prématuré, ils ne permettaient pas d’améliorer le diagnostic certain du décès. De nombreuses approches pour la détection d’une «fausse mort» ont été proposés : produits chimiques irritant dans le nez, couper les doigts, frotter l’aine avec des buissons épineux, placer un insecte piqueur dans l’oreille, jouer clairons près de l’oreille, ou encore réaliser un lavements de fumée de tabac, un des moyens les plus populaires de ressusciter la «mort apparente».

La crainte de l’enterrement prématuré était telle dans notre monde qu’en 1899, un sénateur de l’état de État de New York introduit un projet de loi pour prévenir les inhumations prématurées imposant la constations de signes évidents de décès avant toute inhumation : cessation de la respiration et de la circulation, décoloration, apparition de cloques autour d’une partie de la peau touchée avec un fer rouge, apparition de la rigor mortis, la rigidité cadavérique.

Si cette peur de l’enterrement prématuré était l’apanage du XIXe siècle, il semble qu’elle n’a pas complètement quitté notre société : en 1996 le Journal de l’American Academy of Pediatrics rapporte qu’«en Italie, l’horloger Fabrizio Casellimis a conçu un cercueil spécial pour les personnes qui craignent d’être enterré vivant. Pour 4500 $ le cercueil dispose d’un microphone, de haut-parleurs, d’une lampe de poche, d’une petite bouteille d’oxygène, d’un stimulateur cardiaque, et d’un signal sonore pour avertir une station de surveillance”. Si la sensibilité et la spécificité de la détection de mort se sont améliorées, certaines lignes restent encore floues en particulier dans les situations de coma ou de mort cérébrale.

Edgar Poe (adaptation)

Kill Bill (Quantin Tarentino)

Source

Crédit Photo wikipedia Wiertz_burial.jpg

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