mercredi 28 septembre 2016

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80% des adultes français manquent de vitamine D

La vitamine D joue un rôle majeur dans la minéralisation osseuse et un déficit en vita- mine D est associé au risque de défaut de minéralisation osseuse (ostéomalacie), d’ostéoporose et de fractures, souvent synonymes chez les personnes âgées d’une perte d’autonomie. La vitamine D pourrait également jouer un rôle protecteur à l’égard de l’hypertension artérielle, des maladies cardiovasculaires et de certains cancers (principalement ceux du côlon, du sein et de la prostate) et constituer un important modulateur du système immunitaire, ces effets restant à confirmer.

La vitamine D est principalement produite sous l’action des rayonnements ultraviolets du soleil sur la peau, le complément provenant de l’alimentation et surtout des poissons de mer gras sauvages et des jaunes d’œuf. Le risque de déficit en vitamine D dépend de l’ensoleillement de la zone de résidence (variable selon la latitude, la saison, la pollution atmosphérique, etc.), de pratiques individuelles d’exposition modérée mais régulière au soleil (activités de plein air, vêtements plus ou moins couvrants, utilisation d’écrans solaires, etc.), de la pigmentation de la peau et des apports alimentaires. Les jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées sont, du fait de besoins augmentés et d’une moindre exposition au soleil, davantage exposés au risque de déficit.

Selon les recommandations de la Société Américaine d’Endocrinologie, l’insuffisance en vitamine D est définie par une concentration sérique en 25(OH)D <30 ng/ml. Le déficit est considéré comme modéré [10-20 ng/ml]) ou sévère (<10 ng/ml). Le seuil de déficit sévère correspond à l’apparition des signes cliniques d’une ostéoma  lacie. Le seuil optimal (au-delà de 30 ng/ml) correspond à une absorption intestinale optimale du calcium.

Chez les adultes de 18 à 74 ans résidant en France, la concentration moyenne en vitamine [D 25(OH)D] s’élevait à 23,0 ng/ml variant de 4,6 ng/ml à 79,5 ng/ml. L’insuffisance en vitamine D [25(OH)D <30 ng/ml] concernait 80,1% des adultes, 42,5% présentant un déficit sévère à modéré (<20 ng/ml) et 4,8% un déficit sévère (<10 ng/ml).

Les apports alimentaires quotidiens moyens en vitamine D étaient de 2,3 μg/j, très inférieurs aux besoins nutritionnels. La concentration en vitamine D variait de manière significative selon le sexe, le lieu de naissance, le niveau d’éducation, le fait d’être parti ou non en vacances, la corpulence, le statut tabagique, le niveau d’activité physique et la sédentarité

Le risque de manque en vitamine D est associé selon l’étude au fait d’être né hors d’Europe, de n’être pas parti en vacances au cours des 12 derniers mois, d’être fumeur, de ne pas consommer d’alcool, d’avoir un niveau d’activité physique bas, et d’être sédentaire. Résider dans une zone de fort ensoleillement réduit le risque d’un déficit.

Considérant que les besoins quotidiens en vitamine D sont fixés a 10-15μg, et que 50 a 70% des besoins (5 à 7 μg) sont couverts par la production endogène, dépendante des conditions d’ensoleillement, les recommandations préconisent une exposition au soleil du visage et des bras pendant 15 à 30 minutes par jour

La population immigrée est particulièrement à risqué de carence : Le risque plus élevé de déficit sévère observé chez les adultes nés hors d’Europe peut s’expliquer par une pigmentation plus élevée de la peau, la mélanine arrêtant l’absorption des rayons ultraviolets. Elle peut cependant aussi s’expliquer par l’existence d’habitudes culturelles, en termes vestimentaire ou de sortie en plein air, ne permettant pas une exposition suffisante au soleil.

En conclusion, cette étude montre que le risque d’insuffisance en vitamine D est fréquent, surtout en fin d’hiver et au début du printemps. Si le déficit modéré ne s’accompagne généralement pas de signes cliniques d’ostéomalacie, il pourrait cependant constituer un facteur de risque d’anomalies osseuses, d’ostéoporose et de certaines maladies chroniques comme les cancers, les maladies cardiovasculaires et dysimmunitaires. Le risque de déficit sévère est peu élevé et concerne des populations particulièrement vulnérables.

Une exposition raisonnable au soleil dans le cadre d’activités de plein air ou d’activité physique devrait contribuer à réduire la prévalence des déficits en vitamine D, au-delà du bénéfice de l’activité physique en termes de prévention de l’obésité, de l’hypertension artérielle et des maladies cardiovasculaires. Afin de réduire ces déficits en vitamine D, des pays comme l’Australie ou l’Angleterre, ont adapté leur message en évoquant certes les dangers du soleil (cancer de la peau), mais aussi les bienfaits d’une exposition raisonnable (pour la production endogène de vitamine D). En Australie, des recommandations d’exposition sont même déclinées selon la latitude, la saison et d’autres facteurs de risque. De telles actions d’information ciblées seraient probablement nécessaires en France. L’opportunité d’autres actions de santé publique (enrichissement et supplémentation en vitamine D) est également probablement à discuter. Enfin, pour décrire les évolutions et piloter aux mieux les actions de santé publique, il apparaît utile de reconduire l’évaluation du statut en vitamine D de la population, en l’élargissant aux enfants, aux adolescents et aux personnes âgées. La France est une nouvelle fois en grave retard en terme de santé publique.

Source

Statut en vitamine D de la population adulte en France :  l’Étude nationale nutrition santé (ENNS, 2006-2007)
Michel Vernay, Marie Sponga, Benoît Salanave, Amivi Oléko, Valérie Deschamps, Aurélie Malon, Katia Castetbon
BEH 24 avril 2012

Crédit Photo Creative Commons by  Marcelo Vejar G.

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