samedi 3 décembre 2016

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Prendre un traitement à vie pour éviter d’être contaminer par le virus du sida est-il envisageable?

Un groupe de 22 experts de la FDA a recommandé l’utilisation d’un médicament anti-HIV de manière préventive chez des populations à risque, non porteuses du virus. Ce médicament, appellé Truvada est aujourd’hui commercialisé par le laboratoire Gilead Sciences dans un but thérapeutique chez les patients déjà porteurs d’un virus du Sida et déclarés séropositifs.

Le truvada est un médicament associant deux molécules, l’emtricitabine (emtriva) et le fumarate de ténofovir disoproxil (Viread). Toutes deux sont efficaces sur le VIH1 et le VIH2. Ce sont des inhibiteurs nucléosidiques de la reverse transcriptase. Cette recommandation du panel d’experts a suivi la publication d’une étude montrant un intérêt préventif du médicament dans le New England Journal of Medicine en 2010.

Cette étude avait inclus 2499 hommes et femmes transgenres, ayant des rapports sexuels avec des hommes, séronégatifs pour le HIV. Ils ont été séparés en deux groupes, et ont reçu soit le médicament soit un placebo, en plus de conseils de prévention, de préservatifs et d’un suivi médical de toutes les maladies sexuellement transmissibles. Au cours du suivi de cette population à risque, qui a duré entre 1,2 et 2,8 ans en fonction des patients, 100 participants ont été infectés par le virus du Sida, 36 dans le group traité et 64 dans le group placebo, montrant une réduction de 44% de l’incidence de la contamination par le VIH. Les pratiques sexuelles étaient similaires dans les deux groupes. Il est à noté que de nombreux participants n’ont pas suivi régulièrement le traitement qui doit être pris quotidiennement, peut-être à cause des effets secondaires. Seulement 10% des participants ont pris le traitement tous les jours. C’est aussi ce qui peut expliquer que pour les auteurs, les résultats obtenus étaient inférieurs aux hypothèses de protection qu’ils avaient formulé avant le début de l’étude.

Le panel d’experts de la FDA recommande donc que ce traitement soit disponible pour les populations à haut risque de contamination par le HIV, comme les hommes homosexuels ayant de nombreux partenaires, en particulier ceux qui n’utilisent pas de préservatif à chaque fois, et ceux qui vivent en couple avec un personne infectée par le virus du Sida,  ou encore les prostituées.

Cette recommandation rappelle la nécessité de poursuivre dans le même temps une prévention par les préservatifs.

Cependant, les auditions qui se sont tenus face à ce panel d’experts ont permis de dégager plusieurs craintes vis-à-vis de l’utilisation de ce médicament en prévention :

–  une première inquiétude est que les personnes infectées alors qu’elles prennent le médicament développent des résistances au médicament. Les experts pensent cependant que le bénéfice du traitement est supérieur au risque.

– une seconde est que la prise de ce traitement favorise l’absence d’utilisation du préservatif et déshinhibe les conduites à risque. C’est une crainte largement partagé par certaines associations aux Etats-Unis comme la  AIDS Healthcare Foundation qui estime que les résultats de prévention qui seront obtenus seront très loin de ceux obtenus au cours de l’essai clinique et qui a même lancé une pétition pour repousser l’approbation de la FDA.

– le médicament manque de preuves d’efficacité chez la femme et les africains-américains. En particulier une étude menée en chez des femmes Africaines n’avait pas montré d’efficacité préventive.

L’obtention d’une autorisation de mise sur le marché en prévention permettra aux personnes le prenant d’être couvert par leur assurance maladie, le coût annuel du traitement (aux Etats-Unis) avoisinant 11 000 euros.

En France, un essai de prévention dénommé  Ipergay et lancé par Agence nationale de recherches sur le sida a débuté sa phase pilote, cherchant à recruter 300 personnes à Paris.

Source

Preexposure Chemoprophylaxis for HIV Prevention in Men Who Have Sex with Men
Robert M. Grant, M.D., M.P.H., Javier R. Lama, M.D., M.P.H., Peter L. Anderson, Pharm.D., Vanessa McMahan, B.S., Albert Y. Liu, M.D., M.P.H., Lorena Vargas, Pedro Goicochea, M.Sc., Martín Casapía, M.D., M.P.H., Juan Vicente Guanira-Carranza, M.D., M.P.H., Maria E. Ramirez-Cardich, M.D., Orlando Montoya-Herrera, M.Sc., Telmo Fernández, M.D., Valdilea G. Veloso, M.D., Ph.D., Susan P. Buchbinder, M.D., Suwat Chariyalertsak, M.D., Dr.P.H., Mauro Schechter, M.D., Ph.D., Linda-Gail Bekker, M.B., Ch.B., Ph.D., Kenneth H. Mayer, M.D., Esper Georges Kallás, M.D., Ph.D., K. Rivet Amico, Ph.D., Kathleen Mulligan, Ph.D., Lane R. Bushman, B.Chem., Robert J. Hance, A.A., Carmela Ganoza, M.D., Patricia Defechereux, Ph.D., Brian Postle, B.S., Furong Wang, M.D., J. Jeff McConnell, M.A., Jia-Hua Zheng, Ph.D., Jeanny Lee, B.S., James F. Rooney, M.D., Howard S. Jaffe, M.D., Ana I. Martinez, R.Ph., David N. Burns, M.D., M.P.H., and David V. Glidden, Ph.D. forthe iPrEx Study Team
N Engl J Med 2010; 363:2587-2599 December 30, 2010

May 10, 2012 FDA advisory committee meeting: Truvada for Pre-Exposure Prophylaxis (PrEP)

Crédit Photo Creative Commons by  tonrulkens

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