samedi 3 décembre 2016

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Le “bon” cholestérol n’existe pas


Il est classiquement expliqué à tout patient chez qui le cholestérol est dosé, qu’il existe un “bon” cholestérol, le cholestérol HDL et un “mauvais” cholestérol, le cholestérol LDL. Aujourd’hui une nouvelle étude, qui fait en réalité suite à plusieurs autres passées plus inaperçues, contredit la croyance de l’existence d’un “bon” cholestérol ; le “bon” cholestérol n’existerait pas.

Le mauvais cholestérol, le cholestérol LDL, est appelé ainsi parce que, lorsqu’il est trop élevé, il accroît le risque cardiovasculaire. Des médicaments ont été mis au point pour l’abaisser, les statines : il est prouvé que la baisse du cholestérol LDL quelles provoquent réduit, chez certains patients, le risque cardiovasculaire.

Le “bon” cholestérol, le cholestérol HDL, était appelé ainsi puisque l’on croyait qu’en l’augmentant, ce même risque cardiovasculaire s’abaisserait également. : C’est donc cette croyance qui se révèle fausse selon une étude publiée dans la revue anglaise The Lancet.

Cette étude révèle qu’une augmentation de ce cholestérol HDL ne procure aucune protection supplémentaire. Certaines personnes obtiennent du fait de certains gènes particuliers, un HDL cholestérol plus élevé que la moyenne. Les scientifiques de l’étude Procardis ont mené deux études génétiques afin d’identifier si les possesseurs de ces gènes possédaient effectivement une protection supplémentaire contre la survenue d’un infarctus du myocarde. La première étude a regroupé 20 études totalisant 20 913 personnes ayant fait un infarctus et 95 407 cas contrôles. La seconde, 12 482 personnes ayant fait un infarctus et 41 331 cas contrôles.

Les personnes porteuses de l’allèle LIPG 396Ser, environ 2,6% de la population étudiée, avaient effectivement un HDL cholestérol plus élevé de 0,14 mmol/L, mais des niveaux identiques des autres lipides. D’une telle augmentation du cholestérol HDL, était attendu une réduction de 13% du risque d’infarctus. En effet, des études épidémiologiques avaient montré qu’un accroissement du HDL cholestérol (1 déviation standard) conférait une réduction de 38% du risque d’infarctus du myocarde. Pourtant, cette réduction du risque d’infarctus n’est pas confirmée par cette étude génétique, scientifiquement plus convaincante. Dans le même temps, les auteurs confirment le risque existant avec le cholestérol LDL.

Ce résultat, s’il est décevant pour la lutte contre les maladies cardiovasculaires, l’est aussi pour plusieurs laboratoires pharmaceutiques qui développent actuellement des médicaments destinés à augmenter le HDL cholestérol, tout comme pour les patients qui sont poussés par leurs médecins, à l’aide de régimes particuliers, à augmenter leur HDL cholestérol. Il sera de même plus complexe de justifier la prescription de niacine, un médicament déjà commercialisé et utilisé justement pour accroître le cholestérol HDL.

“Cette histoire nous explique qu’en ce qui concerne le cholestérol HDL, nous devons considérer sérieusement de retourner à notre tableau noir, en l’occurrence dans nos laboratoires” expliquait le Dr. Michael Lauer, directeur d’un puissant institut américain (National Heart, Lung and Blood Institute) dans un interview au New York Times ; “Nous devons encourager la science à déterminer où se situe l’intérêt du cholestérol HDL”.

D’autres comme Steven Nissen de l’université de Cleveland, qui a conduit des études visant à élever le HDL cholestérol, reste confiant, imaginant qu’il reste possible que certaines molécules de HDL puissent être protectrices.

En conclusion, pour les auteurs, si certains mécanismes génétiques sont capables d’augmenter le cholestérol HDL dans le plasma, cette augmentation ne semble pas protéger de la survenue d’un infarctus du myocarde, remettant en question le concept de l’intérêt d’une augmentation artificielle du HDL pour réduire le risque cardiovasculaire. Ces résultats corroborent une étude publiée en 2011 dans le New England Journal of Medicine et ayant montré que la prise de Niacine en complément des statines n’apportait aucune réduction supplémentaire du risque cardiovasculaire malgré une augmentation significative du HDL cholestérol.

Source

Plasma HDL cholesterol and risk of myocardial infarction: a mendelian randomisation study
Benjamin F Voight & al,  on behalf of the PROCARDIS Consortium
The Lancet, Early Online Publication, 17 May 2012

Crédit Photo Creative Commons by tellumo

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