mardi 27 septembre 2016

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Les contrefaçons de médicaments vont ruiner les efforts d’éradication du paludisme en Afrique

La multiplication des médicaments contrefaits ou des médicaments de mauvaise qualité risque de ruiner les efforts réalisés pour éradiquer le paludisme en Afrique, démontre une étude publiée dans la revue The Lancet Infectious Disease.

Une étude menée dans 7 pays du Sud Est Asiatique et ayant analysé 1437 échantillons de médicaments contre le paludisme montre qu’environ 35% ne correspondaient pas chimiquement aux produits annoncés, que 46% possédaient des emballages inadéquats et que 36% étaient purement et simplement des contrefaçons. 36% de ces produits étaient donc de faux médicaments, c’est à dire des contrefaçons ou de produits de mauvaise qualité contenant un peu de produit actif mais dans des qualités insuffisantes, ou encore des produits dont la date de commercialisation avait expiré. Les contrefaçons étaient emballés dans des boites copiant celles des médicaments véritables. Une étude similaire réalisée dans les pays sub-sahariens et ayant testé 2 635 échantillons de médicaments antipaludéens retrouve 35% ne correspondaient pas chimiquement aux produits annoncés, que 36% possédaient des emballages inadéquats et que 20% étaient des contrefaçons.

La mise sur le marché de ces médicaments entraine évidemment des risques majeurs pour les enfants et les adultes qui les achèterons et les consommeront mais cela aura aussi d’autres conséquences bien plus générales en facilitant l’émergence de résistances : déjà le plasmodium falciparum, un des principaux parasites du paludisme a réussi à développer une résistance à l’artémisimine dans certaines régions du Cambodge, une résistance qui comme les précédentes (la quinine par exemple) va progressivement s’exporter vers le territoire africain, rendant inefficace les traitements actuels. La multiplication des médicaments contrefaits et pauvrement dosés va décupler la rapidité de diffusion des résistances.

L’Afrique n’a pratiquement aucune infrastructure de lutte contre les contrefaçons : sur l’ensemble du territoire, seulement 3 pays sont dotés d’un laboratoire capable de détecter ces contrefaçons.

Les deux pays fabriquant de ces produits sont toujours les mêmes, la Chine et l’Inde, territoire de production des génériques et de la majorité des contrefaçons. Dans un  éditorial accompagnant la publication de l’étude, les auteurs réclament à ces pays des contrôles plus sérieux et la mise en place de dispositifs de suivi des productions de médicaments véritables permettant de les identifier.

Plus de 3 milliards d’êtres humains vivent dans des zones d’endémie du paludisme, une maladie qui tue chaque année 650 000 personnes. Jusqu’alors l’OMS disait que si seulement 1% des médicaments vendus dans les pays développés zones étaient des contrefaçons, ce chiffre atteignait 10% dans les pays en voie de développement, un chiffre tristement démenti par cette dernière étude.

Source

Poor-quality antimalarial drugs in southeast Asia and sub-Saharan Africa
Gaurvika ML Nayyar, Joel G Breman, Paul N Newton, James Herrington
The Lancet Infectious Diseases, Volume 12, Issue 6, Pages 488 – 496, June 2012 

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