vendredi 30 septembre 2016

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Effets protecteurs des oméga-3 : le grand mensonge?

Dans les années 1970, deux scientifiques, Bang et Dyergerg, avaient suggéré que la consommation en quantité importante de poissons sauvages riches en oméga-3 aurait la capacité de réduire le risque cardiovasculaire. Ensuite, de nombreux scientifiques ont montré que ces effets reposeraient principalement sur deux acides gras, l’acide eicosapentaenoique (EPA) et l’acide docohexapentaenoic (DHA), ces deux oméga-3 étant gratifiés d’effets anti-inflammatoires, anti-athérogènes et anti-arythmiques. Après plusieurs études peu fructueuses, quelques essais observationnels (on suit simplement ce que deviennent des patients qui consomment le produit) confirmaient un effet protecteurs. Cependant lorsque de véritables essais randomisés étaient réalisés, les résultats étaient moins convaincants.

Cependant, l’effet bénéfique de la consommation de poisson étant devenu un sujet grand public et une des explications apparaissant plausible étant son apport en oméga-3, la consommation de ces acides gras s’est répandu dans le grand public. En 2002, une grande analyse de 11 études contrôlées rapportait même une réduction de la mortalité et des infarctus grâce à l’absorption alimentaire ou en suppléments d’oméga-3. En 2003, un médecin Français, le Dr Servan Schreiber en fait connaitre les effets miraculeux au grand public, plus dans le cancer qu’en cardiologie, grâce à un livre témoignage “Anticancer”. Des gélules d’oméga-3 sont mises à disposition des patients dans les pharmacies, des médecins en prescrivent, les industriels en ajoutent dans des aliments comme la margarine, censée être bénéfique pour le consommateur. En 2009, une nouvelle analyse de 11 études retrouve encore un effet bénéfique de réduction des évènements cardiaques. Toutefois aucun groupe placebo n’existait.

Il était donc temps que des scientifiques fassent une analyse de toutes les études “sérieuses”, c’est à dire faite avec la rigueur scientifique indispensable à une démonstration d’efficacité thérapeutique. Ils ont donc colligé les résultats des 14 études randomisées, en double aveugle, et menées contre placebo dont dispose la littérature internationale, et couvrant la période 1976-2011. Les 20 485 patients de ces études avaient des antécédents de pathologies cardiovasculaires : 10 226 recevaient des oméga-3 et 20 259 un placebo.

Les auteurs ne retrouvent malheureusement aucun effet protecteur des oméga-3 contre les maladies cardiaques (mort subite, insuffisance cardiaque, AIT, accident vasculaire cérébral), ou la mortalité et cela quelque soit la durée de prise (1 à 4,7 ans), le dosage absorbé (0,4 à 4,8 g), l’apport par voie alimentaire ou par suppléments d’huile de poisson, les antécédents de pathologies cardiaques, l’origine géographique des patients, l’utilisation d’autres médicaments protecteurs ou le type de placebo utilisé. Rien de rien, si ce n’est un petit effet quand les oméga-3 sont associés à un antiplaquettaire.

Cette étude s’ajoute donc à d’autres (Alpha Omega, OMEGA, SU.FOL.OM3), publiées récemment, et qui n’avaient pas retrouvé non plus d’effet bénéfique des oméga-3, par exemple chez des patients ayant un défibrillateur cardiaque et chez qui le risque cardiaque était élevé. 

Les auteurs  reconnaissent que leur étude a été réalisée uniquement chez des patients qui avaient déjà des antécédents cardio-vasculaire et n’incluait aucun patient sans pathologie, les patients étaient majoritairement européens, et les études analysées n’incluaient que 59 à 500 patients traités pendant 2 à 3 ans en moyenne. Cependant, ils montrent clairement qu’il n’existe à ce jour que des preuves inconsistantes de l’intérêt des oméga-3 dans la prévention cardiovasculaires. Une étude reste donc à ce jour nécessaire pour en prouver l’efficacité. Se demandant ce qu’un médecin doit faire face à son patients, d’autres scientifiques invités à commenter l’étude reconnaissent le manque de démonstration des oméga-3 mais recommandent de poursuivre une alimentation riche en poissons, c’est à dire au moins deux fois par semaine, car les poisson n’apportent pas seulement des oméga-3 et sont une source d’apports protéiques plus saine que la viande rouge.

Il apparait donc qu’il existe un manque de preuves d’efficacité suffisante pour amener des patients à utiliser les oméga-3 à visée préventive, en tout cas pour l’instant.

Source

Efficacy of Omega-3 Fatty Acid Supplements (Eicosapentaenoic Acid and Docosahexaenoic Acid) in the Secondary Prevention of Cardiovascular DiseaseA Meta-analysis of Randomized, Double-blind, Placebo-Controlled Trials
Sang Mi Kwak, MD; Seung-Kwon Myung, MD; Young Jae Lee, MD, MS; Hong Gwan Seo, MD, PhD; for the Korean Meta-analysis Study Group
Archives of Internal Medicine May 14, 2012, Vol 172, No. 9

Omega-3 Fatty Acids and Secondary Prevention of Cardiovascular Disease—Is It Just a Fish Tale?Comment on “Efficacy of Omega-3 Fatty Acid Supplements (Eicosapentaenoic Acid and Docosahexaenoic Acid) in the Secondary Prevention of Cardiovascular Disease
Frank B. Hu, MD, PhD; JoAnn E. Manson, MD, DrPH
Archives of Internal Medicine May 14, 2012, Vol 172, No. 9

Crédit Photo Creative Commons by Peter Rosbjerg

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