lundi 26 septembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Relation entre taux d’œstrogènes et maladie cardiovasculaire après la ménopause : la démonstration reste à faire.

Une équipe de l’INSERM a recherché si un lien existait entre le taux d’œstrogènes évalués par le taux sanguin de  17β-estradiol et le risque de pathologies cardiovasculaires. Les résultats sont abondamment commentés par la presse titrant par exemple que «  les œstrogènes seraient mauvais pour le cœur » oubliant un peu vite les précautions prises par P.Y. Scarappin, le directeur de cette recherche qui affirmait qu’aucun « lien de cause à effet » n’était encore démontré.

La population utilisée pour cette analyse est celle dite « des trois villes » (Bordeaux, Dijon, et  Montpellier), une étude prospective française dont l’objectif était de déterminer le risque de survenue d’une démence au sein d’une population mixte de 6000 participants plus de 65 ans. Les patients étaient médicalement évalués au début de l’étude puis tous les deux ans pour rechercher la survenue d’une pathologie cardiovasculaire ou d’une démence. C’est à partir de quelques patients de cette étude que la Pr B avait fait naitre avec l’aide de la revue Science et Avenir une polémique entre démence et survenue de maladie d’Alzheimer avant même de publier ses travaux (voir article Docbuzz), des travaux qui d’ailleurs à notre connaissance n’ont toujours pas été publiés.

L’étude de l’INSERM n’a elle sélectionné que 537 femmes ménopausées qui n’avaient pas d’antécédent cardio-vasculaire. Les femmes recevant une hormonothérapie substitutive ont été exclues de l’étude. Seulement 15 évènements cardiovasculaires sont survenus chez ces femmes au cours des 4 années de suivi. Les scientifiques ont rajouté à ces cas les «évènements» survenus chez 91 autres femmes de l’étude et initialement non sélectionnées. Ainsi, ils ont comparé deux populations : 522 femmes sans évènement et 106 femmes ayant eu un évènement cardiovasculaire, 67 dits cardiaques et 39 accidents vasculaires cérébraux. Si tous ces événement sont additionnés, attention, car ils sont de gravité très diverse : il y a eu 25 infarctus du myocarde dont 10 fatals mais les scientifiques y ajoutent 12 angines de poitrine (un symptôme), 25 angioplasties coronaires et 5 pontages coronaires, des actes thérapeutiques difficilement assimilables à des « événement cardiaques » ; ils montrent seulement qu’une maladie coronaire sous-jacente existait.

Les femmes qui ont eu ces « évènements » étaient par ailleurs plus souvent diabétiques (20,7% contre 6,7%) et hypertendues (86,8% contre 76,3%), deux facteurs de risques d’un événement cardiovasculaire. Les auteurs retrouvent effectivement un taux d’œstradiol total plus élevé chez les femmes ayant fait un « événement », 6.05 pg/mL  contre 5.19 pg/mL, pour celle qui n’en ont pas fait.

Cependant, les analyses ne retrouvent qu’un lien statistique non significatif (0,08) entre accident vasculaire cérébral et taux d’œstradiol. Ce lien statistique est significatif pour les « évènements cardiaques » : il faut toutefois se rappeler que 62% d’entre eux ne sont pas réellement des évènements mais montraient seulement l’existence d’une maladie coronaire.

On comprend dès lors les précautions prises par les auteurs dans leur article : « l’existence d’une association indépendante entre des taux élevés d’œstradiol et le risque de pathologie artérielle ischémique chez la femme âgée n’implique pas nécessairement un lien de cause à effet ». Par ailleurs cette étude n’a inclus qu’un faible nombre de participantes, des femmes déjà âgées et riches en facteurs de risque cardiovasculaires empêchant toute généralisation de ces résultats à des femmes ménopausées plus jeunes.

Cette étude n’a pas évalué l’effet des traitements de substitution après la ménopause. Ainsi contrairement à ce qu’écrivent certain journaux, aucune conclusion concernant un potentiel effet délétère de la prise d’hormone après la ménopause ne peut être tiré de cette étude. La puissance de l’essai restant faible, il ne fait pas non plus pour l’instant du taux élevé l’œstradiol un facteur de risque cardiovasculaire chez la femme âgée ménopausée. D’autres études seront nécessaires pour cela.

Autre information ignorée des journaux, une autre étude récemment publiée également par l’équipe de PY Scarapin dans la revue PLOS One. Cette seconde étude avait recherché, au sein d’un groupe de femmes provenant également de « l’étude des 3 villes », un lien entre hormonothérapie substitutive et mortalité. L’étude ne retrouve globalement pas de lien entre hormonothérapie substitutive et mortalité. Cependant chez certaines femmes qui portent un gène particulier (allèle C du gène ESR1), les scientifiques mettent en évidence une réduction de la mortalité de 58% alors que d’autres subissaient une augmentation de la mortalité. Ainsi, la réponse à la question des dangers potentiels d’une hormonothérapie substitutive ou d’hormones sanguines naturelles élevées vis-à-vis de la survenue d’une pathologie cardiovasculaire reste encore à explorer.

Encore une fois, il faut donc se méfier de la prose journalistiques réalisée à partir d’une dépêche AFP qui fait naitre des approximations comme celles-ci : 

Europe1.fr, Anne Le Gall “Les oestrogènes dangereux après 65 ans”
“Les conclusions d’une équipe de chercheurs de l’Inserm tordent le cou à l’idée reçue qui veut que les hormones féminines – les oestrogènes – aient un effet protecteur pour le coeur et les vaisseaux. Au contraire, après 65 ans, ces hormones augmentent même le risque cardio-vasculaire (…) ils ont suivi pendant quatre ans 6.000 femmes âgées de plus de 65 ans. Les chercheurs ont constaté qu’il y avait deux fois plus d’accidents cardiaques chez celles qui avaient un taux d’oestrogènes plus élevé que la normale”.

La dépèche.fr : “Un lien entre taux élevés d’oestrogènes et risque d’infarctus du myocarde”
“Contrairement aux idées reçues, des taux élevés d’oestradiol sanguin, une hormone oestrogénique, sont associés à un risque accru d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral.

Auféminin.com : Les femmes, pas plus protégées contre l’infarctus que les hommes
(…) l’œstradiol sanguin accroîtrait au contraire les risques d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral. Menée auprès de 6 000 femmes âgées de plus de 65 ans, cette étude mesurait les taux sanguins d’œstradiol au début de l’enquête puis après 4 ans de suivi.

et tous les autres….

Source

High Level of Plasma Estradiol as a New Predictor of Ischemic Arterial Disease in Older Postmenopausal Women: The Three-City Cohort Study 
Valérie Scarabin-Carré, Marianne Canonico, Sylvie Brailly-Tabard, Séverine Trabado,Pierre Ducimetière, Maurice Giroud, Joanne Ryan, Catherine Helmer, Geneviève Plu-Bureau, Anne Guiochon-Mantel and Pierre-Yves Scarabin
J Am Heart Assoc 2012,

Hormone Treatment, Estrogen Receptor Polymorphisms and Mortality: A Prospective Cohort Study
Joanne Ryan, Marianne Canonico, Laure Carcaillon, Isabelle Carrie, Jacqueline Scali, Jean- Francois Dartigues, Carole Dufouil, Karen Ritchie, Pierre-Yves Scarabin, Marie-Laure Ancelin
PLoS ONE 7(3): e34112. doi:10.1371/journal.pone.0034112

Crédit Photo Creative Commons by  marsmet525

 

 

 

 

Articles sur le même sujet