samedi 3 décembre 2016

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Le virus H5N1 est à seulement 5 mutations de l’acquisition d’une capacité de contagiosité inter-humaine élevée

Finalement la peur de l’utilisation terroriste de données scientifiques a reculé face à l’intérêt du partage de la science : effectivement, les deux études menées sur le virus H5N1, le virus de la grippe aviaire et dont la publication avait été suspendue par crainte d’une utilisation des méthodes expliquées dans les articles dans un objectif de bioterrorisme, sont publiées.

Le premier article avait été publié dans la grande revue scientifique Nature par Yoshihiro Kawaoka de l’université du Wisconsin-Madison le mois dernier. Et cette semaine, le second papier, présenté par Ron Fouchier du centre médical Erasmus des Pays-Bas,  l’article le plus controversé, était publié dans la très célèbre revue scientifique Science : en plus cet article est accessible gratuitement à tous sur le site internet de la revue.

Le virus H5N1, virus qui a tué de nombreux volatiles, est encore rare chez l’homme. On estime qu’à ce jour 600 humains ont été contaminés par le virus qui ne possède pas pour l’instant, au contraire du virus de la grippe saisonnière, la capacité à se transmettre par  voie aérienne (aérosol, ou à travers des gouttelettes de salives).de passage d’un homme à l’autre. Le virus de la grippe aviaire est hautement pathogène et entraine une forte morbidité et mortalité chez l’être humain.

L’article publié par la revue Science, accompagnés de plusieurs éditoriaux, explique justement comment les chercheurs Néerlandais ont réussi à créer un virus, potentiellement capable de passer d’un homme à l‘autre par une contamination aérienne.

 L’équipe Néerlandaise a artificiellement créé 3 mutations sur le brin d’ADN viral puis, les deux derrières mutations sont arrivées “naturellement” en réalisant une chaine de contamination chez 10 furets successifs.

Ainsi, en associant une manipulation génétique peu complexe à des mutations spontanée du virus A/H5N1 au cours contaminations en chaine chez des furets, les scientifiques sont parvenus, en fait assez rapidement et simplement, à créer un virus mutant du virus A/H5N1, capable lui de se transmettre par voie aérienne et donc de contaminer l’homme. C’est ce résultat qui avait fait peur aux autorités américaines de la National Science Advisory Board for Biosecurity.

L’article de la revue Nature, relate comment Yoshihiro Kawaoka et son équipe ont greffé une partie du gène du virus H5N1 sur le virus de la grippe H1N1 de 2009, permettant là aussi au virus d’acquérir la capacité de transmission par les sécrétions.

L’objet de ces études est bien évidemment de se préparer à une telle mutation qui peut survenir naturellement, en évaluant par exemple la sensibilité du virus mutant aux drogues actuellement connues, ou à développer contre lui un vaccin spécifique. De manière intéressante, en acquérant sa capacité de transmission aérienne, le virus est devenu moins pathogène, n’étant plus capable par exemple de tuer les furets.

Ce virus de la grippe aviaire pose évidemment un problème potentiel de pandémie majeure à venir. Il suffit que 5 acides aminés seulement de son code génétique mutent pour qu’il acquière la capacité de se transmettre de mammifère à mammifère, d’homme à homme.  Deux de ces mutations sont déjà très communes chez les virus actuels de la grippe aviaire A/H5N1. Ainsi, certain n’ont plus besoin que de 3 mutations pour être capables de se transmettre de manière aérienne.

Alors que ces articles venaient d’être soumis à la revue science, en décembre dernier, un panel d’experts américains en biosécurité avait demandé aux scientifiques de ne pas publier leurs résultats qui identifiaient clairement aux yeux de tous les mutations nécessaires pouvant transformer un virus en ce qu’ils appelaient alors « une arme biologique ». Pour les scientifiques, il était au contraire essentiel que ces résultats soient partagés par l’ensemble des scientifiques au niveau mondial pour justement faire face au mieux au risque de grippe aviaire.

En mars, le panel d’experts acceptait finalement que les articles soient publiés après avoir compris l’importance de partager les informations et jugeant que finalement ils ne posaient pas de problème de bioterrorisme.

Source

Airborne Transmission of Influenza A/H5N1 Virus Between Ferrets
Sander Herfst, Eefje J. A. Schrauwen, Martin Linster,1 Salin Chutinimitkul, Emmie de Wit, Vincent J. Munster, Erin M. Sorrell,1 Theo M. Bestebroer, David F. Burke, Derek J. Smith, Guus F. Rimmelzwaan, Albert D. M. E. Osterhaus, Ron A. M. Fouchier
Science 336, 1534 (2012)

Crédit Photo Creative Commons by  mrofiq

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