samedi 3 décembre 2016

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Shampoings, savons et gels douche peuvent positiver un test de détection du cannabis (THC)

L’exposition à des quantités infimes  de shampoings et autres savons pour bébés, sont capables de positiver le test de détection urinaire au THC, la substance active du cannabis, révèle une étude américaine.

Aux Etats-Unis, ces tests sont parfois réalisés à la naissance des enfants, afin de rechercher un risque de sevrage lorsque les médecins veulent avoir confirmation que l’enfant a été exposé à une drogue au cours de la gestation, en l’occurrence le cannabis. Un test positif peut avoir des implications thérapeutiques et médico-légales potentiellement graves, en particulier si un recours est diligenté par les services sociaux. 

L’hôpital de l’université de Caroline du Nord s’est inquiété de l’augmentation importante du nombre de ses nouveaux-nés dont les tests urinaires au cannabis revenaient positifs. Le service de biologie a donc mené une enquête afin de comprendre pourquoi un si grand nombre de tests revenaient positifs, et probablement faussement positifs puisqu’il n’y avait, a priori, pas de consommation de cannabis de la part des mamans. Ils ont donc passé en revue toutes les sources de contamination possibles, en amont et en aval du test.

Les scientifiques ont mis en évidence, en mélangeant de faibles quantité de produits d’hygiène corporel pour bébés (savons, shampoing…), à des échantillons urinaires négatifs au test de détection du THC, que ces tests se positivaient subitement. Le coupable était identifié. Les shampooings et savons pour bébé contenaient en fait une substance faisant réagir le test urinaire de recherche du cannabis, expliquant pourquoi ces tests pouvaient être positifs sans qu’aucune consommation de cannabis n’ait eu lieu.

Le scénario mis en évidence par les scientifiques est donc que certains composés chimiques, présents dans les produits d’hygiène corporel, traversent la barrière cutanée, passent dans le sang des bébés, avant d’être éliminés dans les urines. Leurs présences positivent le test de détection au THC. Les marques de produits pour bébé cités sont, par exemple, des produits pour bébés fabriqués par Johnson & Johnson (Bath Bedtime), Aveeno (Baby Soothing Relief Creamy Wash et Baby Wash & Shampoo) et CVS (night time baby bath). Les produits testés ont été prélevés sur le territoire américain. Cette découverte n’induit aucunement une toxicité de ces produits.

Les scientifiques ont finalement déterminé quels étaient les composés chimiques, présents dans ces savons et shampoings, et qui positivaient le test urinaire au THC : il s’agit du polyquarternium-11 et du cocamidopropyl bétaïne, deux produits finalement très couramment utilisés en cosmétologie :

Le polyquarternium-11 est un produit cosmétique utilisé pour ses propriétés antistatique et filmogène (produit un film continu sur la peau, les cheveux ou les ongles). Il n’est soumis à aucune restriction ou condition d’emploi.

La cocamidopropyl bétaïne encore appelé tégobétaïne, est un surfactant amphotère peu irritant. Cet agent moussant, tensioactif étagent nettoyant s’emploie dans les savons liquides, gels de douche, shampoings, colorants capillaires, bains moussants et solutions pour lentilles cornéennes. Il n’est soumis à aucune restriction ou condition d’emploi.

Ces deux produits sont très utilisés en cosmétologie : Selon le site internet “Le Flacon”, le cocamidopropyl bétaïne est utilisé dans des centaines de produits vendus en France : il est présent dans 90 shampoings, 90 gels douches, 15 crèmes de douche, 12 savons liquides, 10 gels nettoyant, des crèmes à raser, des dentifrices, etc… On le retrouve dans les produits Dove, Yves Rocher, Axe, Adidas, Palmolive, Shisheido, Carrefour, Nivea, Timotei, Cadum, L’Occitane, Le petit Marseillais, Tahiti, Neutrogéna, et beaucoup d’autres. Le polyquarternium-11 est moins utilisé. Il est retrouvé en France dans différentes produits pour cheveux : spray démêlant, gel coiffant, savon, lotion et cire capillaire. Les marques utilisatrices sont l’Occitane, Fragonard, Schwarzkopf, Maniatis, et L’Oréal.

Cette découverte est importante d’abord pour les mamans. Les auteurs citent le cas d’une mère qui avait été arrêtée suite à un test positif au THC réalisé chez son enfant. Les personnes interprétant ces tests doivent donc savoir qu’ils peuvent être faussement positifs suite à une contamination liée à des produits d’hygiène corporel : «Nous avons mis en évidence que des savons et produits d’hygiène corporel couramment utilisés pour les soins du nouveau-né et du nourrisson sont des causes potentielles de résultats faussement positifs du dépistage de THC. Ces résultats, dans cette population, peuvent conduire à une implication des services sociaux et à de fausses allégations d’abus sur enfants. Compte tenu de ces conséquences, il est important pour les laboratoires d’analyse d’être conscients de cette source potentielle de faux positifs et d’envisager une confirmation des tests avant de lancer une intervention”.

Mais cette découverte peut avoir d’autres implications. En effet, les produits positivant le test de recherche de THC ne sont nullement exclusifs des produits d’hygiène pour bébé. Si toutefois cette étude ne cherchait pas à le démontrer, on peut raisonnablement se demander si un adulte utilisant ces shampoings ou autre savons à base de  cocamidopropyl bétaïne,  n’aurait pas, lui aussi, un test faussement positif en cas de recherche de cannabis. Le test de dépistage du cannabis, autrefois pratiqué par la police en France chez les automobilistes, était un test urinaire, dorénavant remplacé par un test salivaire. Une question demeure : Ces deux produits chimiques incriminés, qui semblent passer dans le sang, peuvent-ils pas également positiver un test urinaire au THC mené chez l’adulte? Et un test salivaire ou sanguin? Cette découverte de l’université de Caroline du Nord pourrait-elle remettre en question une utilisation judiciaire de ces tests?

Source

Unexpected interference of baby wash products with a cannabinoid (THC) immunoassay.
Cotten SW, Duncan DL, Burch EA, Seashore CJ, Hammett-Stabler CA.
Clin Biochem. 2012 Jun;45(9):605-9. Epub 2012 Mar 23

Crédit Photo Creative Commons by  Morydd

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