lundi 26 septembre 2016

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Deux heures d’exposition à un pic d’ozone pourraient provoquer un infarctus

L’été revient et avec lui les pics d’ozone dans les grandes villes, un danger connu mais de nouveau pointé du doigt par une étude publiée dans la prestigieuse revue américaine de cardiologie Circulation. Deux heures d’exposition seulement à un pic d’ozone suffisent à provoquer une inflammation et autres modifications intracorporelles prédictives de la survenue d’un infarctus ou d’une mort subite, y compris chez des sujets en pleine santé démontre cette étude menée par des scientifiques de l’agence américaine de la protection de l’environnement.

L’ozone est un polluant ubiquitaire très étudié. L’ozone est naturellement présent dans l’atmosphère terrestre (couche d’ozone) entre 13 et 40 km d’altitude : son rôle est important puisqu’elle intercepte plus de 97 % des rayons ultraviolets du Soleil. Toutefois, dans les basses couches de l’atmosphère l’ozone est un polluant secondaire qui résulte de la transformation chimique de certains polluants (oxydes d’azote, monoxyde de carbone, composés organiques volatils) en présence de rayonnement ultraviolet solaire. Cela qui explique aussi les pics d’ozone en cas de forte chaleur et de circulation (pollution). L’ozone agresse le système respiratoire et pourrait avoir un effet direct sur le système cardiovasculaire.

Plusieurs études épidémiologiques avaient déjà retrouvé un  lien entre une exposition aiguë à l’ozone et la mortalité. Les premières études qui avaient pointé du doigt les effets de l’ozone recherchaient initialement les effets de la pollution aux microparticules émises en particulier par les moteurs diesels, une pollution qui accroit le risque d’infarctus et de décès. Isoler les effets particuliers de l’ozone a donc nécessité de nouveaux travaux. Cette nouvelle étude menée par l’agence américaine de protection de l’environnement a testé les effets de l’exposition à l’ozone chez des personnes jeunes sans aucune pathologie cardiaque et “apporte une explication plausible du lien existant entre le risque accru de mortalité cardiaque et l’exposition à l’ozone”.

Pour mener leur expérience, les scientifiques ont recruté des personnes jeunes, âgées de 28 ans en moyenne, sans aucune maladie cardiaque. Si des effets étaient retrouvés chez eux, ils seront obligatoirement retrouvés également de manière plus importante chez des patients âgés ou des patients ayant déjà une pathologie cardio-vasculaire.

Dès le début de l’exposition à l’ozone, les scientifiques constatent, chez les participants, une augmentation très importante des marqueurs biologiques de l’inflammation dans le sang (IL-1 bêta,  IL-8, TNF alpha augmentent respectivement de 56%, 85% et 10%) dont certaines persistent plus de 24 après l’exposition. De plus, les protéines qui permettent d’éviter la coagulation du sang et donc la formation de caillots (le phénomène qui conduit à l’infarctus) sont réduites (PAI-1 diminue de 33%, le plasminogène de 41%). L’exposition à l’ozone altère en plus le fonctionnement cardiaque (trouble de la repolarisation et de la variabilité cardiaque, allongement du QT). Les examens menés au niveau pulmonaire confirment une inflammation des poumons et des troubles de la capacité respiratoire.

“Ainsi, cette étude démontre que chez des personnes saines, l’ozone augmente les marqueurs vasculaires de l’inflammation, altère les capacité de fibrinolyse et modifie le contrôle autosomique cardiaque. Ces modifications mettent les individus exposés en danger et présentent une explication biologique plausible au lien retrouvé entre exposition à l’ozone et augmentation de la mortalité” concluent les auteurs.

L’OMS estime que dans le monde, 2 millions de personnes par an meurent des suites de la pollution de l’air : Les estimations sont de 40 000 à 50 000 décès aux Etats-Unis et de 7500 en France. Récemment, l’OMS a confirmé l’effet cancérigène du diesel (voir article Docbuzz). Les preuves s’accumulent donc pour démontrer la nocivité majeure de la pollution et en particulier de la pollution automobile. Faudra t-il, comme pour la lutte contre la mortalité routière, attendre 50 ans pour que cette mortalité soit combattue?

Source

Controlled Exposure of Healthy Young Volunteers to Ozone Causes Cardiovascular Effects
Robert B. Devlin, Kelly E. Duncan, Melanie Jardim, Michael T. Schmitt, Ana G. Rappold and David Diaz-Sanchez
Circulation published online June 25, 2012

Crédit Photo Creative Commons by  Metro Centric


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