samedi 3 décembre 2016

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Pauvre en sucres ou pauvre en graisses? Quel est le meilleur régime pour éviter de reprendre du poids?

Nombreux sont ceux parvenant à perdre du poids en quelques mois Mais chez le plus grand nombre, ce poids est rapidement repris. Seulement 1 patient obèse sur 6  réussi à maintenir une perte de poids de 10% sur un an. Une des explications de ces échecs tient aux habitudes de vies, en cela que la compliance à un régime strict s’altère avec le temps. Une autre explication est que la perte de poids implique des adaptations biologiques, en particulier une réduction des dépenses énergétiques (thémogénèse adaptative) et un accroissement de la faim, les deux favorisant la reprise de poids. Une récente étude menée par Cara Ebbeling, et David Ludwig, du Centre de Prévention de l’Obésité (Hôpitaux de Boston)  démontre qu’à nombre de calories absorbées identiques, un régime pauvre en sucre est énergiquement meilleur qu’un régime pauvre en lipides et n’a pas les inconvénients d’un régime très pauvre en sucres (régime Atkins).

Le traitement de l’obésité doit donc favoriser des méthodes permettant de réduire l’apport énergétique sur le long terme. Cependant comme les différentes voies métaboliques diffèrent en terme d’efficacité énergétique, la composition d’un régime peut faire varier la dépense énergétique soit directement par sa composition propre, soit indirectement par la réponse hormonale consécutive aux aliments absorbés.

Les régimes qui évitent l’augmentation de la glycémie sanguine (régimes pauvres en sucres) confèreraient cet avantage : réduire les apports en sucres induirait une modification hormonale qui améliore les apports énergétiques en phase postprandiale tardive, réduirait la faim et au final la quantité d’aliments absorbés. Ainsi sur le long terme, un régime pauvre en sucres pourrait améliorer le maintient de la perte de poids. Pour le vérifier, les scientifiques ont évalué sur 4 semaines trois types de régimes différents, menés dans les suites d’une première phase de perte de poids. Les trois régimes proposés apportaient une quantité identique de calories :

–  un régime pauvre en graisses (charge glycémique élevée, céréales entières, légumes, fruits, fibres, multivitaminés et suppléments en minéraux pour éviter toute carence, et 20% de protéines)

– un régime pauvre en sucres (charge glycémique modérée, légumes, céréales, fruits, fibres, multivitaminés et suppléments en minéraux pour éviter toute carence et 20% de protéines)

–  un régime très pauvre en sucres (correspondant au modèle Atkins : charge glycémique faible, fibres, multivitaminés + suppléments en minéraux pour éviter toute carence et 30% de protéines)

Au cours de la première partie de l’étude, les apports nutritifs ont été réduits pour obtenir une perte de poids de 12,5% du poids initial, puis un des trois régimes a été appliqué. Tous les participants avaient un IMC> 27 kg/m2.

Trente deux adultes ont participé à l’étude, 11 ne l’ont pas terminé. Pendant la première partie, celle de la perte de poids, ils ont perdu en moyenne 14,3 kilogrammes en 12 semaines soit 13,6% de leur poids initial. La graisse corporelle est passée de 33,6% avant le début de l’étude à 19,1 % après. L’apport énergétique moyen fut de 2626 kcal/jour.

Au cours de la seconde phase de l’étude, celle de tentative du maintient de la perte pondérale, les examens démontrent que les dépenses énergétiques variaient considérablement entre les 3 groupes. La réduction des dépenses énergétiques de repos obtenues à la fin de la seconde phase, en comparaison avec celles relevées avant la perte de poids étaient respectivement de -205 kcal/jour, -166 kcal/j  et -138 kcal/j pour le régime pauvre en graisses, le régime pauvre en sucres et le régime très pauvre en sucres : Ainsi le dépense énergétique de repos d’un individu faisant un régime pauvre en graisses est la plus faible, 1576 kcal/j contre 1643 kcal/j pour le régime très pauvre en sucres.

De même, la réduction de la dépense énergétique totale variait considérablement entre les différentes régimes, baissant respectivement de -423 kcal/j, -297 kcal/j, -97 kcal/j , pour le régime pauvre en graisses, le régime pauvre en sucres et le régime très pauvre en sucres. Ainsi, la dépense énergétique totale d’un individu faisant un régime pauvre en lipide est plus faible que celle du même individu faisant un régime apportant autant de calories mais pauvre ou très pauvre en sucres.

Ces deux données montrent que pour un même apport calorique, l’individu faisant un régime pauvre en graisse dépense moins d’énergie, un premier signe négatif pour le maintient d’un poids sur le long terme.

Biologiquement, la leptine était d’autant plus basse que le régime était pauvre en sucres et le cortisol était d’autant plus élevé que le régime était pauvre en sucres. La sensibilité à l’insuline était la plus base avec le régime pauvre en graisses. Les index insuliniques étaient plus abaissés avec le régime pauvre en graisse. L’inflammation  (CRP) était la plus élevée avec le régime très pauvre en sucres.

Du point de vue métabolique, cette étude remet en question la notion primordiale qu’une calorie est une calorie. En effet, alors que les trois régimes suivant la perte de poids apportaient exactement le même nombre de calories, la réduction des dépenses énergétiques au repos différait de 67 kcal/j entre le régime pauvre en sucres et le régime pauvre en graisses, en défaveur de ce dernier. La dépense énergétique totale différait de 300 kcal/jour également en défaveur du régime pauvre en graisses, une énergie correspondant à 1 heure d’activité physique modérée à intense.

Donc, avec des apports énergétiques identiques en nombre de calories, pour éliminer la même quantité de calories sur une journée, un individu faisant le régime pauvre en graisses devra faire, en comparaison avec le même individu faisant le régime très pauvre en sucres, une heure d’exercice physique supplémentaire quotidiennement pour maintenir son poids! Sinon, il reprendra du poids en comparaison à l’autre.

Le régime très pauvre en sucre pourrait avoir un effets délétères : il augmente le taux de cortisol ce qui peut favoriser l’adiposité, l’insulino-résistance et les maladies cardiovasculaires.

Cette étude démontre que des régimes différents affectent le métabolisme et les composants du syndrome métabolique de manières différentes au cours de la phase de tentative de maintient de poids après un régime. Le régime pauvre en graisses modifie la dépense énergétique et la leptine dans un sens qui prédit une reprise du poids. En plus, ce régime pauvre en graisses qui est classiquement recommandé, affecte de manière négative la plupart des composant du syndrome métabolique. En revanche, le régime pauvre en sucres paraît avoir qualitativement des bénéfices métaboliques presque équivalents au régime très pauvre en sucres mais probablement sans ses effets délétères sur le stress physiologique et l’inflammation chronique. En conclusion, une stratégie réduisant les apports en glucides plutôt que les apports en lipides paraît plus avantageuse en terme de prévention des maladies cardiovasculaires. Le succès d’un maintient de poids sur le long terme requiert non seulement un comportement mais aussi une aide extérieur afin de faciliter l’adhérence au long cours. Ce contrôle du poids sera d’autant plus efficace qu’il régulera les apports nutritifs en permettant d’éviter les altérations des paramètres biologiques.

Source

Crédit Photo Creative Commons by  Malingering

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