samedi 1 octobre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Le gouvernement Ouzbek mènerait une campagne de stérilisation forcée

Un article publié dans la revue médicale anglaise The Lancet rapporte qu’une campagne nationale de stérilisation forcée est en cours en Ouzbékistan, pays dirigé depuis 1990 par le gouvernement autocratique du Président Islom Karimov. Des victimes de ces stérilisations et des médecins ont réussi à témoigner auprès de médias occidentaux brisant le secret de ce programme de stérilisation qui durerait depuis plusieurs années et qui aurait rendu stériles des dizaines de milliers de femmes à travers le pays.

Sous couvert d’anonymat, des “personnels de santé” ont révélé les conditions dans lesquelles cette dictature utilise la stérilisation pour accroitre le contrôle des naissances depuis au moins 2 ans. Les médecins subissent des pressions pour réaliser chaque mois un quota de stérilisations et ont pour ordre de persuader les femmes à subir cette intervention. Quelques médecins auraient admis piéger les femmes pour qu’elles acceptent la stérilisation en arguant de la pauvreté du secteur médical et en faisant jouer la peur des problèmes financier inhérent à une grande famille. D’autres médecins ont admis réaliser des stérilisations sans aucun consentement. La méthode utilisée est la ligature des trompes de Fallope au cours d’une césarienne. Des femmes avouent n’avoir découvert ce qu’elles avaient subi que des mois plus tard.

Cependant, selon l’article, la nature répressive du régime Ouzbek rend impossible actuellement la vérification de ces dires. L’ensemble de l’information est totalement sous le contrôle du gouvernement qui a fermement rejeté ces accusations. Toutefois, Sukhrobjon Ismoilov qui est à la tête d’une des rares organisations non gouvernementale du pays confirme que son organisation a, pendant 7 mois, mené une étude sur ces pratiques de stérilisations en 2010, apportant les preuves que 80 000 stérilisations avaient été menées sans pouvoir affirmer combien d’entre elles l’avaient été sans consentement : “Alors que le décret gouvernemental sur la stérilisation précise qu’elle doit être réalisée sur la base d’un consentement…dans la plupart des cas, les femmes subissent une pression, sont piégées, ou même menacées pour la subir” témoigne t-il. “Les gynécologues travaillant dans les villes sont régulièrement envoyés en mission dans les campagnes à travers tout l’Ouzbékistan pour mener des campagnes de stérilisations forcées dan les hôpitaux locaux ou les cliniques”, ajoute t-il, “La procédure est souvent réalisée sans aucun consentement au cours d’une opération chirurgicale, comme une appendicite, une cholécystectomie, etc.”.

Selon lui, deux raisons peuvent expliquer cette campagne décidée par le gouvernement : augmenter le contrôle démographique dans un pays où la population croit rapidement avec en toile de fond une pression socio-économique importante et un échec de toutes les réformes gouvernementales, ou bien pour améliorer les dramatiques chiffres de la mortalité infantile et maternelle du pays, depuis longtemps dénoncés par les organisations internationales. Selon les Nations Unis, la mortalité maternelle a en effet augmenté de 40% entre 1990 (date de prise du pouvoir par Islom Karimov soutenu par la Russie) et 2008, atteignant 30 décès pour 100 000 naissances. La mortalité infantile reste également élevée à 48 décès pour 100 000 naissances. Il a été demandé à l’OMS et à la secrétaire d’état Américain, Hillary Clinton, d’agir auprès du gouvernement pour mettre fin à cette campagne. Les autres organisations travaillant en Ouzbékistan craignent de devoir interrompre leurs actions en prenant position contre le gouvernement.

Source

Uzbekistan accused of forced sterilization campaign
Ed Holt
The Lancet, Volume 379, Issue 9835, Page 2415, 30 June 2012

Crédit Photo Creative Commons by  Stefan Munder

 

Articles sur le même sujet