samedi 3 décembre 2016

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Il y a trop de bruits dans les hôpitaux pour que les patients dorment correctement

Toute personne qui a passé un peu de temps dans une clinique ou un hôpital peut en témoigner, ce n’est pas un endroit où l’on arrive à se reposer, et souvent à cause du bruit. Pourtant le sommeil est essentiel à une amélioration du bien-être et à la guérison. Dans une étude nationale menée aux Etats-Unis et publiée dans le New England Journal of Medicine, le niveau de bruit autour et dans les chambres des hôpitaux, surtout la nuit, était désigné par les patients, comme le facteur principal à modifier pour améliorer la qualité de l’hospitalisation. Des mesures acoustiques réalisées dans un hôpital situé en ville montraient encore que le niveau de bruit avait augmenté au cours des 45 dernières années, passant de 45 dB à 55 dB en 2005. Les hôpitaux sont bien sûr soumis aux bruits extérieurs créés par le trafic automobile, le ramassage des ordures, les livraisons, les ambulances, ou encore les avions qui peuvent le survoler. Mais nombreux sont aussi les bruits existant à l’intérieur de l’hôpital, liés par exemple au monitoring cardiaques, aux perfusions, aux chariots roulant dans le couloir, etc.

Le but de cette nouvelle étude était de de déterminer les effets du bruit sur le sommeil des patients afin d’en tirer les informations nécessaires à une correction du bruit hospitalier. Les effets des différents bruits sur le sommeil, en fonction des différents cycles de sommeil ont été enregistrés grâce à des polysomnographies (électro-encéphalogramme combiné à un électro oculogramme et à un électromyogramme). Les bruits intempestifs, sans même provoquer de réveil, provoquent une accélération du rythme cardiaque et expose les patients à risque, à un accident cardiaque ; un électrocardiogramme était donc également enregistré chez les participants.

La première nuit était la nuit référence avec très peu de bruits et les participants étaient exposés à différents bruits au cours des deux nuits suivantes. L’expérimentation a eu lieu dans un laboratoire de l’hôpital général du Massachusetts. Les 14 bruits diffusés aux patients pendant leur sommeil avaient été enregistrés dans un service médical de l’hôpital de Somerville. Ils duraient 10 secondes : on y trouvait une conversation entre deux médecins qui évoquaient un patient, une autre évoquant un patient gravement atteint, l’appel d’un médecin par le haut-parleur de l’hôpital, des portes qui se ferment, des téléphones qui sonnent, des chasses d’eau, des bruits de distributeur d’essuie-mains, un décollage d’hélicoptère, la chute des glaçons d’une machine à glace, une alarme de perfusion intraveineuse, un passage d’avion, et le bruit extérieur créé par le trafic.

Comme attendu, les bruits les plus forts étaient ceux qui avaient le plus la capacité de réveiller les patients endormis mais le cycle de sommeil jouait également un rôle. L’alarme de la perfusion intraveineuse était le bruit le plus capable de réveiller les patients. Une conversation entre deux personne et atteignant un niveau de 50 dB réveillait les patients plus d’une fois sur deux.

Les scientifiques retrouvent également un effet permanent du bruit, même bref ou répétitif sur l’élévation de la fréquence cardiaque. Un réveil brutal causé par un bruit s’accompagne d’une élévation de la fréquence cardiaque de 10 battements par minute, une élévation considérable. Il serait important selon les auteurs de repenser le design et la construction des appareils utilisés en soins intensifs où les multiples alarmes et leurs sonorités peuvent provoquer des effets cardiaques négatifs chez des patients qui justement souffrent souvent du cœur. La perturbation du sommeil s’associe à un risque d’hypertension, de maladies cardiaques, de troubles immunitaires, d’élévation des hormones du stress, de déficits de la mémoire et de l’attention ainsi que de dépression.

La préservation du sommeil des patients, rarement prise en considération de nos jours, serait donc une priorité pour améliorer la guérison des patients hospitalisés. Une récente étude du bruit dans une unité de soin intensif montrait que le niveau sonore dans la salle ou étaient alités les patients dépassait 60 dB plus de 50% de la nuit. Il faut également y penser dans les unités de soins intensifs pour nourrissons.

Il a été constaté que chez les patients âgés une hospitalisation provoque souvent un délire ayant des conséquences immédiates et à long terme et s’associant à un taux de mortalité plus élevé. L’incapacité à se reposer correctement du fait des bruits nombreux et multiples au sein des hôpitaux est une des explications de la genèse de ces troubles psychiques : une étude ayant expérimenté l’effet d’une réduction de tous les bruits environnants a permis de réduire considérablement le risque de délire des patients âgés hospitalisés.

Les hôpitaux doivent rapidement mettre en place une stratégie de réduction des bruits et agir auprès des autorités pour obtenir une réduction des nuisances environnantes, en particulier la nuit (trafic, avions..). Il est important de déterminer une « période de calme »pendant laquelle le sommeil des patients sera respecté par tous, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hôpital. Les appareils destinés au traitement des patients doivent s’insonoriser et une réflexion être menée sur des alarmes silencieuses (en tout cas au niveau des chambres). Chaque personnel de l’hôpital doit également prendre conscience du rôle important qu’il a à jouer dans cette stratégie de « période de calme ». Le devenir des patients peut en dépendre : un sommeil de qualité doit fait partie intégrante des soins dispensés à une personne souffrante.

Source

 Sleep Disruption Due to Hospital Noises: A Prospective Evaluatio
Orfeu M. Buxton, PhD; Jeffrey M. Ellenbogen, MD; Wei Wang, PhD; Andy Carballeira, BM; Shawn O’Connor, BS; Dan Cooper, BS; Ankit J. Gordhandas, SB; Scott M. McKinney, BA; and Jo M. Solet
Annals of Internal Medicine 2012, 156

Crédit Photo Creative Commons by sirexkat

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