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Les enfants, premières victimes de nouvelles maladies étranges et méconnues

Les enfants sont très vulnérables aux agents pathogènes. Depuis quelques années, de nouvelles pathologies étranges sont rapportées dans de nombreux pays, souvent des pays pauvres ou en développement et la science tarde à expliciter ces nouvelles affections souvent mortelles.

En Afrique, une pathologie que les observateurs ont appelée syndrome du hochement de tête frappe les enfants. Celle-ci n’est pas récente mais reste à ce jour inexpliquée. Selon le CDC américain qui a décidé récemment d’envoyer des spécialistes sur place, les premières descriptions ont été faites en Tanzanie dans les années 1960.  Mais depuis 2003, elle sévit au Soudan et en Ouganda. Plusieurs milliers de cas ont été recensés dans le district de Kitgum situé au nord de l’Ouganda. La maladie frappe les enfants, le plus souvent entre 5 à 15 ans. 3000 seraient déjà atteints, des centaines en seraient déjà morts. Au début de la maladie, les enfants débutent un comportement étrange, reconnaissable par un mouvement de la tête de bas en haut, puis de haut en bas, dans une sorte de hochements successifs, d’où le nom donné à la pathologie. Chez certains enfants, ces «crises» de hochements de tête se succèdent à quelques minutes d’intervalle, rendant l’alimentation et l’hydratation difficile. Chez d’autres, ils ne surviennent que quelques fois par semaine. Les enfants apparaissent désorientés, absents, ce qui a pu faire évoquer des crises d’épilepsies (des traitements antiépileptiques comme la carbamazépine ont été essayés). Toujours selon le CDC américain, cette pathologie est 40 à 100 plus fréquente que l’épilepsie mais reste pour l’instant concentré dans cette partie de l’Afrique.

Des hypothèses infectieuses ont été évoquées telles qu’une encéphalite virale ou une maladie à prions, comme la maladie de Creutzfeldt Jakob, ou le kuru qui touchait les populations de Nouvelle-Guinée s’adonnant au cannibalisme, mais ces hypothèses ont été actuellement écartées. Le CDC américain se rapproche peut-être d’une solution. Au cours de trois investigations, ils ont mis en évidence un lien entre le syndrome du hochement de tête et une autre pathologie, l’onchocercose ou cécité des rivières, une parasitose déclenchée par la pénétration dans le corps humain d’un vers, un nématode (Onchocerca volvulus) qui peut vivre jusqu’à quinze années dans le corps humain. L’infection est provoquée par une piqûre de la simulie, un diptère, vivant à proximité des rivières et se nourrissant de sang. Le principal foyer de la maladie est l’Afrique centrale. 37 millions d’êtres humains seraient contaminés par l’onchocercose.

Les scientifiques ont montré que les enfants souffrant du syndrome de hochement de tête avaient plus souvent des anticorps dirigés contre l’onchocercose. Ils restent pourtant actuellement incapable d’expliquer comment l’onchocercose provoquerait le syndrome du hochement de tête. Et la maladie a une évolution dramatique. Aucun petit patient n’en réchappe. En s’aggravant, la maladie devient débilitante : les enfants sont incapables de se nourrir dépérissent, souffrent de problèmes cognitifs, et deviennent totalement dépendant.

Les implications pour le reste du monde reste totalement inconnues. Cette pathologie a t-elle le potentiel de se répandre ? La maladie a ravagé le village de Tumangu, à 450 kilomètres au nord de la capitale, Kampala. Sur 780 personnes vivant dans le village, la maladie n’a épargné aucune famille, touchant 97 enfants.

C’est aussi une pathologie inconnue qui frappe des enfants cambodgiens. L’OMS et le ministère de la santé cambodgiens tentent de déterminer la cause des décès de plus de 60 enfants, presque tous âgés de moins de 3 ans, et décédés de complications respiratoires et neurologiques dont l’origine reste mystérieuse. C’est le Dr. Beat Richner de l’hôpital pour enfants de Kantha Bopha qui a donné l’alerte après avoir recensé au moins 64 cas dont seulement deux survivent encore.

Ce que l’on sait pour l’instant de la pathologie tient en peu de mots. Les enfants présentent d’abord un syndrome fébrile avec une fièvre élevée, des troubles respiratoires et des manifestations neurologiques. Chez les enfants étant arrivés à l’hôpital, les médecins ont pu constater que la maladie avait entrainé une destruction des alvéoles pulmonaires et une encéphalite cérébrale, une inflammation majeure du cerveau.

Une infection par entérovirus est évoquée, ainsi qu’une intoxication médicamenteuse. La plupart des petits patients vivaient dans la partie sud du pays. Un cas a cependant été détecté au nord, près de la ville d’Ankor.

Mais une découverte importante aurait été réalisée il y a quelques jours. L’Institut Pasteur du Cambodge a examiné des prélèvements de 24 enfants et a recherché un entérovirus spécifique, l’entérovirus de type 71. Cet entérovirus est responsable d’un syndrome particulier, le syndrome pieds-mains-bouche, une pathologie souvent bénigne mais dont quelques cas graves ont été décrit, avec justement une atteinte pulmonaire et neurologique. Quinze des 24 prélèvements étaient positifs à cet entérovirus, un début de piste qui n’explique cependant pas la gravité de la maladie rencontrée au Cambodge. De nouveaux résultats sont attendus pour le mercredi 11 juillet. Cet entérovirus avait précédemment causé deux épidémies en Asie. Mais identifier la maladie ne fait pas tout. Il n’existe à ce jour aucun traitement ni aucun vaccin contre cet entérovirus.

Un courrier publié cette semaine dans la revue médicale The New England journal of Medicine, par une équipe chinoise, retrace le travail des scientifiques confrontés à ce type d’épidémies inconnues. De mai 2008 à juillet 2010, une épidémie de syndrome pieds-mains-bouche était survenue  dans la province du Guangxi en Chine. Plusieurs enfants sont décédés d’insuffisance cardio-respiratoire.

Les enfants avaient présenté une fièvre, un rash cutané ainsi que des troubles neurologiques, des contractions musculaires et des tremblements des membres. Onze patients ont ensuite développé un œdème et des hémorragies pulmonaires et treize, une insuffisance cardiaque. Tous les décès sont survenus rapidement entre 1 et 5 jours après l’hospitalisation.

Des autopsies ont été réalisées chez 14 enfants et des recherches d’entérovirus 71, de coxsackie virus A17 ont été réalisées. 12 tests étaient positifs pour l’entérovirus 71 et un test au coxsackie virus A17. Un entérovirus différent a été retrouvé chez le 14 ème patient.

Tous ces signes sont consistants avec le tropisme neurologique d’une infection à entérovirus 71. Est-ce à même pathologie qui émerge depuis peu au Cambodge ?

Source

Nodding Syndrome — South Sudan, 2011
CDC, mise à jour 2012

Autopsy Findings in Children with Hand, Foot, and Mouth Disease
Min Jiang,
Dan Wei, Wei-Lin Ou, Kun-Xiong Li,
Dian-Zhong Luo, Yun-Qian Li, E Chen, Guang-Min Nong
N Engl J Med 2012; 367:91-92 July 5, 2012

Update on investigation of unknown disease in Cambodia – 8 July 2012

Crédit Photo Creative Commons by  Commander, U.S. 7th Fleet 

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