dimanche 25 septembre 2016

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A l’hôpital, la mort est programmée pour le week-end

De nombreuses études réalisées dans différents pays ont identifié une mortalité plus élevée chez les patients hospitalisés au cours d’un week-end en comparaison aux autres jours de la semaine : ce phénomène étrange mais mortel est tout simplement appelé dans la profession « l’effet week-end ».Ce phénomène remet bien évidemment en question l’idée que la qualité des soins est toujours optimale au sein des hôpitaux. Les patients faisant un accident cardiovasculaire aigue comme un accident vasculaire cérébral nécessite des soins immédiats et importants qui vont conditionner la survie des patients mais aussi leur qualité de leur vie postérieure s’ils survivent à l’accident vasculaire.

Suivre ces patients est donc un bon indicateur de « l’effet week-end». C’est ce qu’ont fait des médecins Londoniens qui publient leurs résultats dans la revue médicale Archives of Neurology. Ils ont évalué 6 points majeurs permettant de cerner la qualité des soins apportés aux patients en particulier lors de leur admission. Immédiatement après un diagnostic d’accident vasculaire cérébral, le patient a besoin d’un scanner cérébral (1) pour évaluer l’étendue des lésions, rechercher une hémorragie cérébrale, etc  ; Le traitement peut nécessiter l’injection d’un thrombolytique (2), un médicament qui va fluidifier le sang (dans les cas où il n’y a pas d’hémorragie). Dans les suites il est important de bien surveiller un patient pour éviter une infection pulmonaire (3) qui peut être une complication grave. Les médecins anglais ont également évalué la survie des patients à 7 jours (4), la destination à la sortie de l’hôpital (5), les patients allant bien rentrant chez eux, les autres allant en centre de long séjour, ainsi que le risque de réadmission dans les 30 jours (6).

Les résultats se sont basés sur 93 621 hospitalisations pour accident vasculaire cérébral dont 23 2967 (25%) ont été réalisées pendant un week-end. Les résultats sont pathétiques. Les patients hospitalisés le week-end ont moins souvent un scanner cérébral (différence significative) et sont moins souvent traité par thrombolytique (différence significative). Les conséquences sont logiques, ils ont plus souvent une infection pulmonaires, meurent plus rapidement (mortalité à 7 jours 10,3% vs 9%) sont plus souvent placés en soin de suite et sont plus souvent réadmis à l’hôpital dans les 30 jours. Au cours du week-end, le dimanche, avec un taux de mortalité culminant à 11%, est le meilleur jour pour mourir. Les patients âgés ou très âgés ne sont pas les seules victimes. Les patients de moins de 44 ans hospitalisés pour un accident vasculaire cérébral ont le pire taux de mortalité le week-end, augmenté de 61% en comparaison à celui des autres jours, alors qu’il n’est augmenté «que» de 13% pour les plus de 85 ans. Tous ces résultats, obtenus en tenant compte de tous les biais possibles, suggèrent très clairement que les soins dispensés le week-end sont clairement inférieurs à ceux délivrés au cours de la semaine : même faire un simple scanner semble compliqué pendant un week-end.

On pourra se rassurer en se disant que cette étude n’a pas été réalisée en France, mais il est très probable que les résultats auraient été similaires sinon pires. Les accidents vasculaires cérébraux (la pathologie qui a frappé à deux reprises l’acteur Mouss Diouf) est la plus grande cause de handicap chez l’adulte. Elle représente un coût majeur pour la société, estimé par exemple à 3 milliards de livres sterling en Angleterre, un pays moins peuplé que la France. Les raison expliquant ces résultats sont, le manque de médecins dans les hôpitaux le week-end, et/ou le manque d’expérience des médecins présents (médecins non spécialistes, non ou mal formé), une réduction des accès aux examens, parfois lié au manque de radiologues et/ou d’opérateurs en radiologie pour faire fonctionner les scanners et pourquoi pas, des accidents vasculaires cérébraux plus graves le week-end.

Les solutions sont simples si le souhait de ceux qui dirigent la santé souhaite les mettre en œuvre : gommer les disparités entre jours de semaines et week-end afin de permettre un accès aux soins identique pour tous. La création de centres spécialisés dans l’accueil de ces patients est une évidence. Londres vient de mettre en place des Stroke Units, des unités de soins pour les patients faisant un accident vasculaire cérébral, ouverts 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Dans ces centres, 100% des patients bénéficient immédiatement d’un scanner et d’une thrombolyse quand elle est nécessaire et possible : le taux de thrombolyses a été multiplié par 4 à Londres en 2 ans.

Les patients souffrant d’un AVC sont un exemple révélateur de l’état des hôpitaux et de notre médecine. A quand des améliorations ?

Source

Dying for the week-end
William L. Palmer, MA, MSc; Alex Bottle, BSc, MSc, PhD; Charlie Davie, MD; Charles A. Vincent, PhD; Paul Aylin, MB, ChB, FFPH
Arch Neurol. 2012;():1-7. doi:10.1001/archneurol.2012.1030

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